JULES VALLÈS
fils qu'il était aurait pu aussi ne pas écrire V Enfant et le Bachelier où ses père et mère sont malmenés d'étrange sorte. Il semble que son plus grand dt'faut ait été une vanité exaspérée et turbulente, un besoin de bruit autour de son nom qui l'ont porté aux actes fort coupables et lui faisaient lancer les paradoxes les plus grossiers. Son ami cite de lui : « Victor Hugo est l'homme le plus bête de France! » il aimait à dire : « Homère aux Quinze-Vingts! » Voilà la note. L'homme simple et timide n'y allait pas de main morte!
Mais tout ceci n'a rien à faire avec sa valeur littéraire qui est réelle. H a été un artiste très personnel, très puissant , frappant toujours fort et quelquefois juste, d'une originalité sinistre et dantesque, L'âprelé habituelle de sa pensée donnait à ses images une vigueur brutale. Ce paria semblait écrire avec de l'eauforte. n fouettait ses indignations d'une verve ardente et sombre et d'une palpitante énergie.
Je crois que ce fut encore le besoin de bruit et l'envie lancinante de se singulariser qui fit de lui, un soir, le défenseur de Henriette Maréchal. Quand le quartier latin se rendit en foule au Théâtre Français pour faire tomber la pièce des protégés de la princesse Mathilde, Jules Vallès dut se dire que ses coups de silflets ne seraient pas plus stridents que ceux des autres et qu'il serait plus original de se mettre du parti des auteurs. Croire qu'il avait cure de la liberté du théâtre ou que le bon sens le faisait agir serait lui faire beaucoup d'honneur. H trouva une veine heureuse ce jour-là et il écrivit trois ou quatre fort bons articles dont nous avons cité quelques extraits.
Les Concourt, qui ne le connaissaient pas, lui furent reconnaissants de son coup d'épaule. Hs furent séduits
par l'étrangeté de son talent. Eux qu'attiraient toutes les formes du l'are et de l'exception, s'entendirent sur quelques points avec lui et il leur arriva de chasser ensemble — dans le domaine littéraire, — au temps où Jules Vallès était le rédacteur en chef d'un journal appelé la Rue dans lequel il a publié la partie la plus solide de son œuvre.
Jules de Concourt mourut. Edmond perdit de vue Vallès au temps du siège.; la Commune n'était pas faite pour les rapprocher. Vallès qui s'était improvisé le porte-voix de la sinistré aventure, réussit à échapper au châtiment et se réfugia à Bruxelles. Les terribles événements qu'il avait traversés, qu'il avait provoqués pour une large part, n'amenèrent pas, dans son esprit, des réflexions salutaires. Il n'aspirait qu'à recommencer la lutte, mais il se rendait bien compte qu'il n'y avait plus en France, après 1871, un public pour entendre exalter, sansprotestations,lesdoctrinesdela Commune. Vallèsse contenta donc de relever un drapeau littéraire et il voulut faire renaître la Rue, son ancien journal. Il écrivit alors à M. Edmond de Concourt une lettre qui, sensiblement modifiée dans le sens de la modération, parut, avec la réponse, dans le numéro du 21 décembre 1879. INous reconstituons quelques passages tronqués du texte, d'après la lettre originale :
Adresse : M. Vallès (sans accent), 69, rue Saint-Lazare, bruxelles.
Mon cher confrère.
Quand, le 28 mai i8H, je me trouvai en pleine mûre de sang, au coin d'une rue déserte, menacé de tous côtés par la mort, je cherchai dans ma tête lasse les noms de ceux qui avaient été, avec moi, des insurgés dans le champ de bataille des lettres. Je songeai à vous et pensai à aller vous demander asile. Cette idée traversa mon cerveau brisé.