L'AVENIR
J'érais bien jeune alors... Par les seigles jaunis
Je descendis, un soir, jusqu'au bois de la rive, Et je révais de lutte et de chaine qu’on ri
ve, De chemins escarpés et de se
ntiers unis.
L'heureux temps! Tout à coup, dans les cieux rembrunis,
Comme une voile blanche allant à Ja dérive, Glisse un ange. Le bruit de son aile m'arrive
Plus suave, je crois, que la chanson des nids.
Et je le vis passer sous les rameaux sans nombre, Aussi pur qu’un rayon, aussi lége
r Qu'une ombre, Et la mousse et les
fleurs semblaient Je soutenir.
Il me parla. Jamais un accent aussi tendre
Ne s’est, depuis ce jour, à mon cœur fait entendre : — Viens à moi, me
dit-il, viens, je suis l'avenir.
———— me
Faricué de l'espoir qui m'avait tant leurré,
J'errais au champ des morts. Pour toute äme dolente Le cimetière est hon, la croix est consolante,
Car les morts ont aimé comme nous, et pleuré.
Jamais le sol bénit n'avait ainsi tieuré.
Je prolongeai longtemps ma promenade lente.
Dans les muets sentiers, de son aile opulente Un brillant papillon m'a soudain effleuré.
Je cours, je veux le prendre et voilà que je tombe. I1 s'éloigne toujours, volant de tombe en tombe Comme l’esprit errant de quelque trépassé.
— En vain par ma splendeur ta pauvre âme est séduite, Me dit-il, le regard peut me suivre en ma fuite, Mais nul ne me saisit, car je suis le passé.
PANTAISIE 196 M