COUCHER DE SOLEIL
Le ciel semble, au ponant, un océan vermeil.
Les pins bercent les nids et chantent à voix basse. Le soleil ne luit plus ; sur l'eau la rame est lasse. Le travail reprendra son grand hymne au réveil.
Moi je sais cependant un coucher de soleil Dont les fauves clartés ne rosent point l'espace. Il ne rayonne pas au ciel. Rien ne surpasse Sa navrante tiédeur. Nul n'en sait un pareil.
Il est comme un foyer qu'aucun souffle n'embrase.
Il tire sans pitié l'âme de son extase,
Et l'ombre qui le suit fait craindre son retour.
Ce coucher que je hais jusques à la démence,
Ce coucher noir, c'est l'œil qui se ferme à l'amour
Et refuse une étoile à la nuit qui commence.
178 SOUFFLE d'AMOUB
A DBS JEUNES MARIES
Malheur à qui vit seul L disent d'anciens écrits. Pour le cœur sans pitié que l'ennui soit sans trêves ! La vie à deux est bonne et ses heures sont brèves, La force et la beauté, ce matin, l'ont compris.
Votre jeunesse expire, et vos calmes esprits Ne seront plus troublés par d'inutiles rêves. Comme des flots mourant sur le sable des grèves, Vos doux espoirs comblés feront taire leurs cris.
Une porte se ferme, une autre porte s'ouvre, Une terre promise à vos yeux se découvre, Où votre amour béni va tracer un sillon.
Et votre liberté, craignez qu'on vous la rende ;
Vous croyez fermer l'aile et vous l'ouvrez plus grande.
La chrysalide meurt quand naît le papillon.