‹ Les gouttelettes: sonnetsChapitre 40 sur 154 · LA FRANCE DE CARTIER · texte numérisé non relu

LA FRANCE DE CARTIER

(A Botrel, le barde Breton)

C'est l'ombre de Cartier qui plane encor sur nous. Notre langage antique a l'air un peu farouche, Mais, quand il a passé par une fraîche bouche, Il dégage un parfum qui semble de chez vous.

Ton nom sonne l'appel et nous accourons tous.

Ici la liberté n'a pas un regard louche,

Et la loi nous protège, homme et Dieu. Nul me touche

Aux humbles croix de bois que nous pendons aux clous.

Barde, sur tes; couplets à l'allure si franche, Quand tu chantes, l'on voit voltiger l'âme blanche Que donne à son enfant la mère d'un Breton.

Dans ton; vol glorieux, chante donc, pieux barde, La France de Cartier ! Demande que Dieu garde Et fasse épanouir cette fleur en bouton !

Entends-tu les vivats de tes heureux rivaux?

Leur front est couronné, leur âme est en délire. Ils chantent un poème où tu ne sais pas lire, Et nul ne descend plus aux ïambes dévots.

Or, parmi les anciens et parmi les nouveaux, Plus d'un 'n'a pas rempli sa pauvre tirelire, Plus d'un avec colère a rejeté sa lyre, Et le doute a souvent hanté de grands cerveaux.

Ton aile qui voulait mesurer les espaces, N'éveille pas de bruits dans l'azur où tu passes, Et tu pleures songeant que ton nom va périr.

Pour que le cœur s'échauffe à tes divines fièvres, Pour que ton nom muet monte à toutes les lèvres, O poète, il te manque une chose : mourir !

HOMKAGË 67

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