MERCIER
Comment es-tu tombé, meneur d'hommes puissant? Notre peuple t'aimait et tu l'aimais de même. Hardi jusqu'à l'audace et froid sous l'anathème, Tu voulais notre sol pour ceux de notre sang.
Tu parlais à l'Eglise en fils obéissant.
Tes ennemis ont dit, nouveaux Juifs : — Il blasphème !
La trahison t'a pris d'un bras de Polyphème,
Et tu fus terrassé comme un bœuf mugissant.
La haine triomphait. Souvent le patriote A senti le baiser mordant d'Iscariote, Et l'envie a voilé de beaux soleils levants.
Mais ta gloire a grandi de toute ta défaite, Et ta vengeance enfin doit être satisfaite. . . La vengeance des morts, c'est l'amour des vivants!
FRECHETTE
Depuis le feu sacré qu'un premier rêve allume, Et les frêles épis d'un premier messidor ; Depuis le vieux collège et le long corridor Où nous scandions ensemble un idéal volume,
Combien, noble ouvrier, sur ta vaillante enclume, As-tu, sombre ou joyeux, forgé de rimes d'or? Combien de vers, hardis comme un vol de condor, Se sont jusqu'à la nue élancés de ta plume?
Qu'importe la morsure et qu'importe un lambeau? Ta main sait promener la verge ou le flambeau, Et ton nom retentit comme un buccin sonore.
Par l'éclat des honneurs beaucoup sont éblouis, Reste simple en ta force, et les Muses, Louis, Diront qu'en t'acclàmant notre peuple s'honore.