A JEANNE-MARCELLE ST-JORRE
(Ma potiU-ftlU)
Que ta main rose joue avec ma barbe blanche, Je te tiens sur mon cœur, tu n'échapperas pas. Et puis, ferais-tu bien toute seule deux pas ? Reste comme une fleur sur une vieille branche.
Menace si tu veux ; mets le poing sur la hanche ; On ne peut effrayer un grand-père. En tout cas Je puis lutter encore, et je ne suis point las De voir luire en tes 'yeux ta petite âme franche.
Tu veux toucher à tout. — N'est-ce pas vrai, voyons? Même à l'étoile vive, à l'éclat des rayons.
Serais-tu curieuse autant que grand'mère Eve?
Ce sont là des jouets d'anges ; voici les tiens. Mais tu cherches ailleurs depuis que tu les tiens. . . En commençant la vie on commence le rêve.
AU FOYBB 87
EPANGHEMENT
Frappe donc, ô douleur I frappe donc sans merci I Je suis comme un métal soumis au martelage.
J'ai traîné mes regrets loin de mon cher village, Et j'ai vu chez les grands plus d'un cœur endurci.
Peut-être qu'on va rire en entendant ceci, Et croire que je fais de mes maux étalage.
En se communiquant la peine se soulage ; Dites-moi, cœurs broyés, s'il n'en est pas ainsi ?
L'illusion s'envole et nul mal ne m'étonne.
De cheveux blancs déjà ma tête se festonne; Les nœuds les plus étroits doivent se délier.
Je ne jetterai plus ni plaintes ni sarcasmes.
Je veux sourire encor. La terre a des miasmes,
Mais elle a des parfums qui les font oublier.
88 AIT FOYEB