‹ Les gouttelettes: sonnetsChapitre 98 sur 154 · LE BROYAGE · texte numérisé non relu

LE BROYAGE

Ls rouissage est bon. Au fond de la coudraie, Sur un grand chariot, transportez chanvre et lin. Dans l'alcôve, tout près du ruisseau cristallin, L'échafaud s'étendra comme une sombre raie.

Que l'on entende au loin les échos de la braie. Le chanvre a son arôme et l'œil, son feu malin. Prenez garde. Le bœuf tombe sous le merlin, Et, sous un doux regard, l'homme que rien n'effraie.

La coupe du ruisseau vous offre sa liqueur ;

Le vent murmure doux comme un chant de f élibres ;

Un sourire, un baiser attendent le vainqueur.

Broyez, filles, garçons, de vos mains de gens libres, Pour voiler votre épa aie, un lin aux blanches fibres, Un chanvre parfumé pour lier votre cœur.

LE FOSSOYAGE

Jusque sous les chevrons les grains sont entassés, Les rudes paysans se courbent sur la bêche, Car ils ne chôment pas. Il faut qu'on se dépêche, L'automne, les beaux jours sont si vite passés.

Et tous, poitrine à nu, jusqu'aux genoux chaussés, Ceux-ci d'un front soumis, ceux-là d'un air revêche, Pour voir sécher en mai la terre humide et fraîche, Ils creusent, maintenant, rigoles et fossés.

Et dans un autre champ que la mort fertilise, Un champ planté de croix, tout auprès de l'église, Il est en même temps, un autre fossoyeur.

Fixant le sol bénit de ses regards funèbres, Il creuse lentement ces chemins de ténèbres Par où tous — eux et lui — s'en iront au Seigneur.

SONNETS BUSTIQUES 149

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