‹ Les gouttelettes, sonnets [par] Pamphile LeMayChapitre 143 sur 149 · LE DEPART · texte numérisé non relu

LE DEPART

L'ancre monte du fond. Les anneaux de la chaîne, D'où ruissellent les eaux, apparaissent flambants. Dans le ciel, des rayons qui semblent des rubans Annoncent aux marins la bourrasque prochaine.

La voile se déroule au mât grand comme un chêne; Un sifflement subit s'exhale des haubans ; L'écume met sa neige au tuf sombre des bancs ; Comme un nid au rameeau se berce la carène.

Sur le sable mouvant, les jeunes et les vieux, A genoux ou debout, suivent la nef des yeux, Et lancent des jurons ou font une prière.

Ils ont le parler dur, ces rudes matelots ; Mais ils savent aussi que l'onde est meurtrière, Et que bien des marins ont pour tombe les flots.

2l6 SUE LES EATJX

AU IvARGE

L'ancre est levée. Il vente. Au large le chaland Qui dormait sur les eaux depuis une huitaine ! La voile qui se gonfle et fait plier l'antenne Semble, dans sa blancheur, l'aile d'un goéland.

Le vaisseau tangue et berce, et son essor est lent. Le port est éloigné, l'arrivée, incertaine. La mer a ses secrets ; mais le vieux capitaine Sait la scruter encor de son œil vigilant.

Tout là-bas, sur l'écueil qui geint comme une enclume. Avec la vague sombre et les flocons d'écume, On entend se briser la chanson des marins.

La vie est une mer souvent bouleversée,

Et les hommes s'en vont — éternels pèlerins —

Chantant avec les vents pendant la traversée.

SUR LES EAi}:x: 2 1 7

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