‹ Les gouttelettes, sonnets [par] Pamphile LeMayChapitre 85 sur 149 · LE RUISSEAU · texte numérisé non relu

LE RUISSEAU

Ou vas-tu, ruisseau clair sorti du noir rocher? Où vas-tu quand tu cours avec un gai murmure? Quand tu passes muet sous la sombre ramure, Où vas-tu, clair ruisseau? Moi, je vais chevaucher.

Par les bois odorants que le temps va faucher, Par le bourg qui surgit, la ville qui se mure. Par la lande déserte ou la campagne mûre. Tu vas loin de ta source et moi, loin du clocher.

L'orage, quelquefois, te grossit et te souille; Quelquefois Dieu me frappe, et mon regard se mouille Retrouve ton flot pur, j'ai ma sérénité.

Hâtons-nous. Moi, je peine; arrose les vallées... Nos âmes, à tous deux, seront bien vite allées. L'une au fleuve profond, l'autre à l'éternité.

SONNETS RUSTtQUES 133

LA JEUNE JARDINIERE

Elle a, tout en chantant, planté de nombreux choux. Un merle, beau jaseur, avec plaisir l'accueille. En des cornets légers sa main poudreuse cueille Des graines qui, parfois, ont l'air de vrais bijoux.

Puis elle sème alors, avec un soin jaloux, Rave pourpre et persil à l'odorante feuille. Voici qu'elle s'arrête et longtemps se recueille Devant une poussière aux reflets noirs et doux.

Et puis, elle murmure, en des poses lascives.

Mais sans songer à mal : — L'oignon, l'ail et les cives,

Cela donne la faim au lieu de l'apaiser.

Je n'en goiiterai pas, leur odeur empoisonne. . . Or, quand on est jolie et que l'amour foisonne, On ne saurait toujours refuser un baiser.

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