‹ Les gouttelettes, sonnets [par] Pamphile LeMayChapitre 86 sur 149 · LE MANNEQUIN · texte numérisé non relu

LE MANNEQUIN

U N oiseau vient. Il plane. Agite un peu ta loque ; Fais croire que tu vis, mon petit mannequin. Cet oiseau-là, vois-tu, c'est peut-être un coquin Qui cherche quelqu 'endroit où l'on bat la breloque.

Ecoute, je suis sûr qu'il fait un soliloque En regardant mon champ. Je ne suis pas mesquin, Mais je ne puis nourrir, tout l'été, ce faquin, Si je veux qu'à l'hiver la faim ne mq disloque.

S'il vient un maraudeur, il est bien entendu Que tu ne bouges pas. Tu seras un pendu. Peut-être oubliera-t-il de mordre dans mes pommes.

Pour qui trame le mal tout devient alarmant. Les bêtes à l'afïût ont peur d'un mouvement, Et l'immobilité déconcerte les hommes.

LA LAITIERE

Le sarrasin fleuri verse un parfum de miel, Et le moineau, gorgé des blés miirs qu'il saccage, Vole à son nid. L'érable et le pin du bocage Dentellent, au ponant, les champs pourpres du ciel.

C'est le soir. Dans l'air pur monte un vibrant appel. Et soudain le troupeau qu'on a mis au pacage. Par la sente connue ou par le marécage, Accourt lécher la main d'où s'égraine le sel.

La génisse rumine auprès de la barrière.

Avec un bruit de source, au fond d'une chaudière.

De sa lourde mamelle il tombe un flot de lait.

La laitière caresse un rêve. EUe présume Qu'avec deux fois le prix de cette blanche écume Elle peut étrenner un joli mantelet.

Page 1