‹ Les gouttelettes, sonnets [par] Pamphile LeMayChapitre 91 sur 149 · LES BLES · texte numérisé non relu

LES BLES

Une fraîche rosée a mouillé vos épis, Et sous leurs cils luisants, rudes comme des armes, Les grains drus sont pareils à ces brûlantes larmes Que gardent bien souvent nos chagrins assoupis.

Parfois le vent se joue en vos mouvants tapis, Et vous semblez la mer d'où montent tant d'alarmes ; Parfois, enveloppés d'un calme plein de charmes, Vous semblez le sommeil des grands fauves tapis.

Quand la brise s'élève, en flexions profondes, Inclinez devant moi, blés miirs, vos têtes blondes, Avec le bruit troublant des longs baisers d'adieu.

Et moi, la moisson faite, en habits du dimanche, J'irai, vieux paysan, pencher ma tête blanche Devant rostensoir d'or où vous serez, mon Dieu.

Page 1