Les grandes Antilles
Après avoir touché pour la première fois terre à Guanahani, une des îles Bahama, Christophe Colomb fit voile vers l'ouest, et la côte qu'il reconnut d'abord, fut la côte septentrionale de Cuba qu'il longea du 28 octobre au 5 décembre 1592, depuis la baie de Nuevita jusqu'au cap Maysi. Il donna à cette terre le nom de Juana. Ce ne fut que seize ans après (1&08) qu'Ovampo, ayant fait le tour de cette terre, constata avec certitude que c'était une île, et les Espagnols qui y avaient formé un premier établissement dès 1501, résolurent alors de la coloniser. La première expédition partit de Saint-Domingue en 1511 sous Vélasquez, qui fit la conquête de l'île. Santiago de Cuba, capitale jusqu'en 1589, fut fondée en 1514; San-Cristobai de la Havane le fut en 1515, sur la côte sud-ouest de la baie, et fut transférée en 1519 au lieu où elle est aujourd'hui. En 1524 commença l'importation des nègres d'Afrique, l'extermination des indigènes ayant été telle qu'on ne pouvait plus recruter parmi eux assez de travailleurs.
Le 6 décembre 1492, Christophe Colomb, venant de
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Cuba, aborda à la pointe nord-ouest de Haïti qu'il nomma Hispaniola. Dans la suite le nom de Saint-Domingue, qui était celui de la capitale, prévalut. Avant de retourner en Europe Christophe Colomb fonda au nord de l'île, dans la baie de Caracol, un établissement, la Nativitad, dont il confia la garde à une quarantaine d'hommes de son équipage. Après son départ, les colons qui avaient maltraité les indigènes furent massacrés par eux. Il fallut qu'à son second voyage (novembre 1493), Colomb rétablît sa colonie sous le nom d'Ysabela près du cap Cristi. Il y laissa pour gouverneur son frère, qui trois ans après transféra sa résidence au sud de l'île, et fonda la nouvelle capitale de Santo-Domingo. Les indigènes, exténués par les travaux excessifs que les Espagnols leur imposaient et par les massacres qui suivirent leurs révoltes, furent décimés et remplacés par l'importation de nègres d'Afrique; les premiers nègres furent amenés en 1505, et dès 1517 un édit royal autorisa ce genre d'importation en réglementant l'esclavage. Haïti, où dans les premiers temps les Espagnols s'étaient appliqués surtout à l'exploitation des mines, devint après la découverte du Mexique une colonie purement agricole.
L'île ne resta pas tout entière à l'Espagne. En 1630, quelques flibustiers français s'établirent dans la petite île rocheuse de la Tortue, au nord de Haïti ; ils y furent attaqués et furent en partie massacrés par les Espagnols. Mais le gouverneur français de l'île de Saint-Christophe, Poincy, envoya Levasseur avec une quarantaine d'hommes reprendre la Tortue où commençaient à s'établir des Anglais (1640), L'île fut prise et reprise par les Espagnols et les Français. Ces derniers passèrent dans la grande île, d'abord pour chasser les bœufs sauvages puis pour fonder des établissements au Petit-Grave (1654), au cap Haïtien (1670), etc. La France nomma un gouverneur
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(1661), qui eut, ainsi que ses successeurs, à batailler contre les Espagnols ; par le traité de Ryswick l'Espagne reconnut la colonie française (1697).
Christophe Colomb aborda dans la baie Aguadilla de Porto-Rico au début de son second voyage (15 novembre 1493). Il donna à l'île le nom de San-Juan-Baptista, qui devint San-Juan-Baptista de Puerto-Rico. En 1509, Ponce de Léon y ayant trouvé de l'or, les Espagnols commencèrent à s'y établir, et ils ne tardèrent pas à faire périr, là comme dans la plupart des autres îles, la population indigène.
La Jamaïque a été découverte par Christophe Colomb dans son second voyage (3 mai 1494). Il lui donna le nom de Santiago. L'île fut colonisée par ordre du fils de Colomb, gouverneur de Saint-Domingue, qui fonda en 1509 la ville de Sevilla-Nueva sur remplacement où son père avait fait naufrage dans son quatrième voyage. Ses descendants possédèrent l'île jusqu'en 1545 dans la ligne masculine et jusqu'en 1640 dans la ligne féminine. Comme à Haïti les Espagnols détruisirent la population indigène en l'employant à l'exploitation des mines aurifères ; des nègres furent amenés d'Afrique pour les remplacer. La Jamaïque, plusieurs fois saccagée par des flibustiers et des corsaires français et anglais, fut conquise par une Hotte qu'envoya Cromwell (1655) ; l'Espagne céda en 1670 l'île à l'Angleterre; mais les noirs, réfugiés dans la montagne, résistèrent jusqu'en 1738.
Voilà les origines de l'occupation par la race européenne de cette grande région insulaire, nommée tout d'abord d'un nom qui est encore en usage « Indes Occidentales », parce que Christophe Colomb et ses contemporains croyaient, en naviguant vers l'Occident, atteindre l'extrémité des Indes asiatiques. Cette Méditerranée américaine, suivant l'expression d'Élisée Reclus, qui comprend
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le golfe du Mexique, la mer des Antilles, les Grandes Antilles (avec l'archipel de Bahama), et les Petites Antilles, a été le théâtre de grands événements ethnographiques, politiques et commerciaux : anéantissement de la race américaine, repeuplement par la race blanche et la race noire, restauration de l'esclavage, contrebande et pi. raterie, luttes maritimes renouvelées pendant deux siècles à l'occasion de chaque conflit entre Européens, Espagnols, Français, Anglais, Hollandais, finalement domination coloniale de l'Espagne à Cuba, Saint-Domingue et Puerto- Rico, de l'Angleterre à la Jamaïque, de la France à Haïti (pour ne parler que des Grandes Antilles), prospérité commerciale de ces colonies au xvui e siècle par la culture du sucre.
L'Angleterre a conservé la Jamaïque ; elle y a supprimé l'esclavage. La France a perdu pendant la Révolution Haïti qui s'est érigé en Etat indépendant et elle n'y a conservé que Taïlinité résultant de la communauté de langue. L'Espagne, qui avait maintenu, tout en l'atténuant, l'institution servile à Cuba, a, par suite de la guerre avec les Etats-Unis en 1898, perdu ses deux îles ; la petite, Porto-Rico, est devenue une colonie des Etats-Unis, la grande, Cuba, s'est constituée en république sous l'égide des Etats-Unis, et est momentanément placée sous sa tutelle effective.
Il n'entrait pas dans le plan de M. Daniel Bellet de faire l'histoire des Grandes Antilles. C'est une description de l'état actuel des quatre îles, envisagée au quadruple point de vue de l'économie générale, de l'agriculture, de l'industrie et du commerce qu'il s'est proposé de présenter à ses lecteurs. Nous n'avons pas eu de notre côté l'intention de faire en quelques pages un historique; nous avons voulu seulement rappeler le lien qui unit le présent au passé.
PREFACE
L'intérêt du volume de M. Daniel Bellet est tout entier dans l'actualité . L'auteur, secrétaire perpétuel de la Société d'économie politique, professeur à l'Ecole libre des sciences politiques, dont les connaissances en matière d'économie politique appliquée sont pour ainsi dire universelles, a voulu faire un tableau aussi complet et aussi précis que les documents le permettaient ; sol, culture, mines, races et population, voies de communication intérieures, services maritimes, commerce, il a tout exposé et expliqué avec clarté et méthode, en s'appuyant partout où il le pouvait sur un fonds de statistique. Il a fait un livre instructif sur un important sujet de géographie économique.
On parle beaucoup des Antilles ; on ne les connaît pas assez en France. Elles méritent pourtant de l'être, bien qu'elles n'aient plus un rôle aussi brillant que celui qu'elles ont eu dans le commerce européen durant la seconde moitié du xvni e siècle. La population des quatre Grandes Antilles dépasse 5 millions d'urnes, et on peut évaluer approximativement à plus d'un milliard et demi de francs leur commerce extérieur en 1906. Le sucre y est encore l'article principal de ce commerce, il en a été exporté pour jilus de 450 millions de francs en 1906, surtout de Cuba et de Porto-Rico ; le café, que produisent principalement Haïti et la Jamaïque, et le tabac de Cuba, de Porto Rico, de Saint-Domingue, viennent au second rang; au troisième viennent les bananes, dont les Etats-Unis sont le marché ; le cacao, le coton, les bois, le henequen. Dans ce commerce les Etats-Unis se sont taillé la part du lion depuis la guerre hispano-américaine ; les quatre cinquièmes de l'exportation de Porto-Rico, leur colonie, plus de la moitié du commerce total de Cuba ont été leur lot en 1906. Naturellement l'Angleterre domine à la Jamaïque. La France ne vient qu'après ces deux Etats, à une grande
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distance, et môme à Cuba, la première des Antilles par le chiffre de son commerce, elle se range derrière l'Espagne et l'Allemagne.
En 190(>, la France a acheté à Cuba surtout des éponges et du tabac, à Porto-Rico du café ; et elle a vendu des médicaments, des vêtements et lingerie, des machines et outils; mais le total du commerce spécial a atteint à peine 28 millions de francs pour ces deux îles. Le chiffre de son commerce spécial avec les deux Républiques de l'île de Haïti est un peu plus élevé, supérieur à 37 millions; il consiste principalement en achat de café, de bois et de cacao,, et en vente de tissus de coton et de tabletterie.
Dans les colonies anglaises, Petites et Grandes Antilles, la France n'a expédié en 1906 qu'une valeur de 1.272.000 francs.
Eu somme, environ 07 millions sur un commerce que nous avons évalué à un milliard et demi. C'est trop peu. La France ne peut pas espérer s'élever dans ces parages au-dessus des États-Unis qui y ont maintenant une position prépondérante, et qui attirent de plus en plus à eux la clientèle, ni au-dessus de l'Angleterre qui reste maîtresse de la Jamaïque, mais elle doit tenir à ne céder à aucune nation la troisième place. Puisse le savant travail de M. Daniel Bellet éclairer les commerçants français sur les ressources de cette contrée, et les inviter à y développer leurs opérations dans leur intérêt personnel et dans Fintéret de la France !