DB DOUVRES AU CHÂTEAU DE MONT1GNY
L'expérience que le colonel Brine a tentée avec tant de sang-froid, vient d'être réussie de la façon la plus complète, la plus heureuse par un autre intrépide officier de l'armée anglaise, le colonel Burnaby, commandant un des régiments de la garde à cheval de la reine d'Angleterre. Ainsi que l'infortuné Powell, le colonel Burnaby appartient au parti conservateur, qui a donné tant de précieuses sympathies pour la France pendant la guerre franco-allemande, ainsi que nous aurons prochainement l'occasion de le raconter.
Lors des dernières élections générales, il s'était présenté comme candidat à Birmingham, ville où les libéraux n'étaient même plus habitués à avoir des concurrents.
Le colonel Burnaby est un homme dont le nom est très populaire de l'autre côté du détroit. Il est auteur d'i/h Voyage à Khiva, qui lui a valu une réputation méritée dans le monde littéraire, et qui, publié par HM. Peters, Cassel, obtint en peu de temps quatre éditions. Une excellente traduction française, par M. Hephell, a été publiée en 1877 par la maison Pion, de Paris. %
Quelques citations de cet intéressant ouvrage feront comprendre le caractère avantageux, l'esprit observa-
teur et la froide détermination de Fauteur, car Ton n'a jamais eu plus raison de dire que le style c'est l'homme, que quand l'homme est non-seulement un écrivain original, mais encore un homme d'action :
« Des bandes de travailleurs, noirs comme l'ébène, nus jusqu'à la ceinture, déchargeaient une cargaison d'ivoire, destinée au Caire. Une énorme lakkee, auquel le mouvement de rotation était imprimé par un bœuf aidé d'un âne, tournait sur son axe. Les cris lentement sauvages d'un nègre chargé de relever ces animaux du péché de paresse, se mêlaient d'une façon étrange aux grincements que produisait la roue pesante et sonore comme le bois qui avait servi à sa construction.
« — Je me demande où nous serons l'année prochaine, à pareille époque, me dit mon compagnon.
« — Dieu le sait, lui répondis-je ; mais quant à moi, je ne me propose pas de refaire jamais une visite au Nil Blanc.
« A ce moment, mes yeux tombèrent sur certain paragraphe du journal anglais que je tenais à la main; il y était question d'un décret émanant du gouvernement russe, lequel interdisait à tout étranger de pénétrer dans la Russie d'Asie. De plus, ce journal racontait qu'un Anglais ayant récemment entrepris un voyage dans cette direction avait été brutalement expulsé par les autorités.
« Je suis malheureusement affligé depuis ma naissance, au dire même de ma nourrice, d un esprit de contradiction irrésistible, très-fâcheuse disposition pour mes intérêts privés. La résolution instantanée qui jaillit de mon cerveau, à la lecture de ce paragraphe, en est bien la preuve irrécusable.
« — Eh bien! dis-je, j'essayerai d'y aller.
« — où cela? reprit mon ami, à Tombouctou peutêtre ?
« — Non pas, repris-je, mais bien dans le centre de l'Asie.
« Je lui donnai alors à lire mon journal anglais.
« — Vous n'irez jamais là, s'écria-t-il, on vous arrêtera.
« — On le peut si on le veut; on ne le voudra pas. »
Poursuivi par cette idée, le colonel Burnaby partit de Kartoum, revint à Londres, obtint une lettre de recommandation du comte Schouvaloff pour le général Hiloutine, ministre de la guerre; un passeport du général Miloutine arriva à Khiva avant l'invasion russe et revint à Londres où il publia son œuvre, dont le but est dé finir par ces paroles empreintes d'un profond patriotisme dans la bouche d'un Anglais.
, « Il y avait évidemment derrière le rideau quelque chose qu'il importait de voiler aux yeux de l'Europe.
a Quel était ce système ?
« Était-ce pour éviter qu'il ne revînt quelque chose aux oreilles du tzar, par l'intermédiaire de la presse étrangère, d^s cruautés exercées par les généraux de l'Asie centrale sur les habitants des provinces conquises? Était-ce pour dissimuler non pas les cruautés, mais la corruption de ses agents? Était-ce enfin pour cacher à l'Europe que les autorités du Turkestan (l'énorme territoire annexé depuis peu à la Russie), au lieu d'élever le moral des habitants de l'Asie centrale à leur niveau, abaissent le leur à celui des populations dépravées et vicieuses de l'Orient?
« Les récits et les renseignements fournis par les quelques voyageurs qui ont réussi à se frayer un chemin dans ces régions presque inconnues n'admettaient aucune de ces hypothèses. Je n'en persistai pas moins à croire que cette dissimulation cachait quelque chose de plus qu'un simple désir d'imposer à l'Europe un acte autoritaire , allégué sans doute par la presse russe pour conserver le droit d'annexion que son gouvernement s'arroge si libéralement.
« Oui, j'étais persuadé qu'il y avait quelque chose de plus encore, et que ce quelque chose importait sérieu-
sèment aux intérêts de l'Angleterre. Les dernières volontés, ou plutôt les dernières aspirations de Pierre le Grand, sont toujours la règle de conduite de ses successeurs. Il suffit pour s'en convaincre de jeter les yeux sur une carte de la Russie, et de voir ce qu'elle était alors et ce qu'elle est aujourd'hui. Sur la carte du Turkestan, dressée par Tétat-major russe en 1875, le géographe s'est bien donné de garde d'indiquer la frontière, afin de montrer que dans son opinion cette ligne n'est pas encore définie. Quand donc les limites de l'empire russe seront-elles atteintes? Où seront-elles fixées? Sera-ce par l'Himalaïa ou par l'océan Indien?
« C'est une question qui ne s'adresse ni à nos petitsenfants, ni à nos enfants ; mais à nous-mêmes. »
Amateur passionné de la navigation aérienne, il a pris part à un grand nombre d'ascensions mémorables qu'il a généralement décrites dans les colonnes du Times, dont il fut le correspondant à différentes reprises. C'est dans les airs que nous avons eu l'honpeur de faire sa connaissance. Il avait pris part comme nous à là grande ascension exécutée au palais de Cristal par l'aéronaute Barker en l'honneur de Duruof, dont le sauvetage venait d'être exécuté.
Nous étions loin de nous douter alors que, huit ans plus tard, notre aimable compagnon aérien viendrait rendre visite à notre chère patrie, et rappeler aux aéronautes français qu'il y a sur leurs côtes une île que leurs ballons n'ont point encore visitée sans l'aide de vaisseaux !
Le colonel Burnaby a eu le bon esprit de ne point faire retentir les journaux des projets qu'il avait formés, ce que font trop souvent des gens n'ayant aucune idée sérieuse de mettre leurs gasconnades aéronautiques à exécution. Mais, sans mettre le public au courant de ses projets, il loua à l'aéronaute Wright son ballon Y Éclipse, qui cube environ huit cents mètres, et qui est d'une construction très soignée. C'est dans ce
bel aérostat que l'infortuné Powell avait fait une ascension au mois de juillet dernier.
C'est ce ballon dans lequel l'aéronaute Wright avait lutté contre le ballon n° 1 de l'Académie d'aérostalion dans l'ascension que nous décrivons plus haut.
Avec quelle joie Wright a dû apprendre le beau succès de son navire aérien ; mais avec quel dépit il doit songer qu'il n'y était pas !
Douvres n'est qu'une petite ville dans laquelle il n'y a pas d'usine à gaz suffisamment bien montée pour pouvoir improviser un gonflement. Le branchement que la compagnie pouvait mettre à la disposition du colonel n'ayant que 4 pcfuces anglais (76 millimètres), il fallait commencer le gonflement de bonne heure. C'est à six heures que l'on étendait le ballon, à sept heures et demie le colonel Burnaby lançait un petit ballon-pilote constatant que le vent poussait dans la direction de Paris.
A peine s'il était besoin d'avoir recours à cet indice, car la direction boréale du vent se manifestait parla présence d'une couche de glace qui couvrait le ballon.
D'après le calcul des distances, il fallait environ une heure pour franchir le détroit et l'atterrissage devait avoir lieu entre Calais et Boulogne, ce qui est une circonstance très favorable, eu égard à la configuration géographique des côtes françaises et à la tendance qu'ont les vents de prendre dans le pas de Calais une direction parallèle à l'axe du détroit,
En effet, il pouvait descendre vers le sud d'un certain nombre de degrés sans que le ballon cessât d'atterrir en France ou en Belgique; d'autre part,' il pouvait monter vers le nord sans que Y Eclipse perdit la chance de rencontrer la péninsule du Cotentin ou celle plus lointaine de Bretagne. Toutes ces opérations sont faciles lorsqu'elles sont exécutées par un aéronaute expérimenté, habitué au péril, familier avec toutes les res-
sources de l'art aérien, et conservant assez de sang froid pour en tirer parti.
C'est seulement â dix heures dix minutes que le colonel Burnaby put donner ordre à Wright, qui avait dirigé le gonflement et l'équilibrage, de laisser monter le ballon.
S'élevant d'un bond à l'altitude de 800 mètres, Y Eclipse prit la direction de la France au moment où le paquebot le Foam, commandé par le brave capitaine Jutelet, arrivait et se rangeait au quai de l'Amirauté. En même temps, la malle anglaise se détachait de la digue de pierre où tant de voyageurs français ont, pour la première fois, foulé le sol de la vieille Albion.
Des applaudissements frénétiques vinrent atteindre l'intrépide voyageur à l'altitude déjà notable où il planait.
Malgré les supplications de Wright, le colonel Burnaby avait refusé de le prendre; il s'était décidé à partir seul, et, malgré l'inconvénient évident de se trouver seul pour veiller à tant de choses, l'intrépide colonel a eu raison de préférer du lest à un compagnon. C'est sans doute la môme raison qui lui a fait négliger de prendre une bouée de sauvetage et qui l'a décidé à se borner à prendre une couverture de voyage, quelques sandwiches, et quelques bouteilles d'eau de seltz. C'est seulement lorsque l'on a à sa disposition un grand cube, que l'on a le droit de se préoccuper de ce qui arrivera si l'on est obligé de descendre à la mer. Avec un petit cube, l'aéronaute doit, comme le colonel Burnaby, se dire que les vagues.ne le mouilleront point.
U Eclipse continua sa route dans la direction primitive pendant quelque temps. Il ne lui fallut qu'une demiheure pour arriver au milieu de ce détroit si célèbre ; mais en ce moment le vent tomba tout d'un coup. Le colonel Burnaby s'aperçut qu'il était au-dessus du banc du Touquet qui se trouve au large de Boulogne. En ce moment on le voyait très bien de terre, et l'on envoya à
Londres un télégramme qui produisit une singulière erreur tant dans les journaux anglais que dans ceux de France. On s'imagina aussi bien à Londres qu'à Paris que le colonel se trouvait au-dessus d'un village de Normandie.
Cette erreur grossière montre combien sont profondes les connaissances géographiques des hommes qui veulent réunir des comités pour diriger scientifiquement les plus périlleuses ascensions. Au lieu d'être sauvé, le colonel se trouvait compromis, car le vent, quoique faible, le faisait dériver dans l'axe du canal. Il ne lui restait que la ressource de demander l'hospitalité à quelque navire rencontré par hasard.
Mais ce n'était pas pour rencontrer en mer un autre capitaine, Jutelet, que le colonel Burnaby avait tenté son expérience, c'était au contraire pour établir un fait physique de la plus haute importance.
Comme tout aéronaute, à la lecture du récit de la tentative de son vaillant collègue, il avait compris que l'expédition avait manqué uniquement parce qu'il ne s'était pas lancé en pleine atmosphère, afin de rejoindre le courant traîtreux qui l'abandonnait. Il jeta donc tout le lest qui encombrait sa nacelle pour aller trouver des cumulus qui planaient au-dessus de sa tête. L'Éclipsé bondit donc comme une flèche et ne s'arrêta que lorsqu'elle eut dépassé la hauteur du mont Blanc. C'est à cinq mille mètres que Y Éclipse s'arrêta; mais le colonel des Bleus avait vaincu. Il naviguait au milieu d'une couche horriblement froide qui le conduisait vers les côtes hospitalières de France qu'il n'avait pas perdues une seule fois pendant toute la durée de sa traversée.
C'est au-dessus du Tréport qu'il les aborda, et comme ildescendait de haut et qu'il lui restait peu de lest, il dut s'approcher du soHivec une sage lenteur. Il parcourut ainsi plus de quarante kilomètres avant de jeter son ancle. Six heures sonnaient quand le colonel Burnaby se décida à prendre terreau château deMontigny, à dix-
huit kilomètres de Dieppe. V Éclipse avait été aperçue sur la côte et un grand nombre de personnes se trouvèrent réunies sur la pelouse où le colonel Burnaby exécuta sa descente sans aucune difficulté. V Éclipse n'avait pas reçu une égratignure, et, sans avoir besoin d'avoir recours à une couturière, pouvait recommencer immédiatement une ascension.
C'est aux applaudissements d'une foule enthousiaste que le capitaine Burnaby sortit de la nacelle dans laquelle il se trouvait depuis huit heures. En ligne droite il avait fait près de trois cent cinquante kilomètres; mais la moyenne réelle avait été sensiblement plus grande à cause des zigzags qu'avait faits l'aérostat.
Après avoir reçu l'hospitalité au château de Montigny, le colonel Burnaby prit la ligne de Normandie pour se rendre à Dieppe, et de là en Angleterre.
On n'était pas sans inquiétude à Paris sur le sort du colonel Burnaby, car l'on savait que le ballon avait été lancé en pleine Manche, et l'on ignorait si YÊclipse aurait la chance de trouver un courant le ramenant vers les côtes françaises. La recherche des courants aériens favorables, quoique facile à exécuter, quand l'aérostat est en bon état, offre toujours des difficultés quand l'aéronaute est seul et qu'il plane au-dessus d'une surface mobile comme celle de l'Océan.
A Londres l'anxiété fut de moindre durée, le public prenant le Touquet pour un village de France, fut rassuré avant la publication du télégramme adressé à Douvres et du résumé de la séance de la Société des ballons, où M. Le Fèvre donna lecture des nouvelles reçues du Continent.
Nous trouvons dans Vlmpariial que dirige notre frère Ulricun récit du passage du colonel Burnaby dans cette ville. Nous en extrayons quelques passages intéressants.
« L'intrépide aéronaute a déjeuné vendredi matin à l'hôtel de Londres en compagnie du capitaine Lepaul-
tel, et nous a raconté en détail les émouvantes péripéties de son aventureuse expédition.
«. Le colonel est un homme de haute taille, de forte carrure, brun, à l'œil d'une douceur infinie, à l'attitude simple et modeste, à l'abord affable; mais tout en lui respire une nature d'élite, pleine de franchise et de résolution.
« Quand il est arrivé à l'hôtel, personne n'a pu se douter que cet homme, qui avait l'apparence d'un simple touriste, venait de faire ce que personne autre que lui n'a encore fait depuis près d'un demi-siècle, depuis que Green l'a exécuté pour la seconde fois avec le duc de Brunswich.
« On ne s'est aperçu que l'on avait affaire au colonel Burnaby que lorsqu'une petite charrette e»t amené, dans la cour de l'hôtel, VÊclipse, soigneusement emballée dans sa légère et souple nacelle d'osier.
« Le colonel nous a raconté, avec une simplicité charmante, l'acte qu'il venait d'accomplir et dont le monde civilisé tout entier s'occupera demain, comme s'il s'agissait d'une simple course de chevaux ou de yachts. Il est prêt à recommencer quand on voudra, car les ballons il les connaît et les aime passionnément, ayant maintes fois déjà fait des ascensions pour son plaisir.
« Il est regrettable que les autorités de notre ville n'aient pas été informées de l'arrivée du colonel aéronaute ; elles se seraient empressées certainement de lui faire la réception officielle qu'il méritait à coup sûr.
« La population dieppoise se fût associée de grand cœur à une manifestation quelconque, organisée en vue d'honorer, dans la personne d'un homme aussi courageux que le colonel Burnaby, la grande nation amie dont tant de membres résident parmi nous.
« Le colonel Burnaby est parti hier au soir pour Newhaven, vers onze heures et demie, sur le steamer
Bordeaux, laissant à quelques-uns de ses admirateurs seulement le plaisir de lui serrer la main.
« — A bientôt! nous a-t-\l crié de sa belle voix sonore, du haut de la passerelle.
« Ce diable d'homme, évidemment médite déjà une nouvelle excursion aérienne. »
Il ne serait point étonnant, en effet, que le colonel Burnaby ait reconnu l'excellente position de Dieppe, qui semble destinée par la nature à servir de port d'air pour le passage du détroit de France en Angleterre et qu'il n'ait l'idée de venir y tenter dans la belle saison le passage en sens inverse.
Nous ne sommes pas du nombre de ceux qui seraient froissés qu'un étranger vînt nous donner cet exemple. Pourvu que le passage s'accomplisse, nous serons satisfaits.
Comme la science ne connaît point de patrie, nous applaudirons sans arrière-pensée de jalousie au succès d'un brave militaire et nous le féliciterons aussi chaleureusement que s'il portait l'uniforme français.
Loin de nous la pensée de méconnaître, la pensée nationale et humanitaire qui a inspiré le libérateur du territoire, lorsque l'honorable M. de Cissey a créé l'école aéronautique de Meudon; mais nous manquerions à notre devoir d'aéronautesi nous ne faisions remarquer, que l'on attend quelque haut fait aérien de la part de nos ballons militaires, et que le devoir qui incombe aux aéronautes français est plus impérieux encore, s'il est possible, quand ils ont l'honneur de porter l'épaulette.
Nous espérons, qu'en présence de ces faits, le ministre de la guerre permettra à nos vaillants capitaines français d'aller promener dans les airs notre pavillon national.
Nous formons le vœu pour que nos hommes riches et influents viennent en aide aux volontaires de la science aéronautique si intrépides au travail.
Nous formons le vœu sincère que le beau succès du
colonel Burna,by, forme le commencement d'une période nouvelle dans Thistoire des ballons, et que Ton commence enfin à destiner les aéronautes non d'après les naufrages auxquels ils ont échappé par miracle, mais d'après les succès véritables qu'ils ont obtenus. Alors on ne deviendra pas célèbre en se défonçant les côtes dans une chute trop précipitée et en prenant un bain forcé dans l'Océan ou la Méditerranée, mais en réussissant dans des entreprises sagement méditées et soigueusement préparées.
On n'assistera plus à ce scandale, de l'aéronaute Duruof oublié, malgré le service éminent qu'il avait rendu à la patrie, en montrant aux aéronautes du siège comment l'on bravait les balles prussiennes avec un ballon déjà troué, délaissé, malgré l'art avec lequel il avait appris à se servir des courants aériens, et végétant en dépit du sang-froid avec lequel il a arraché aux flots, déjà glacés de la mer du Nord, la femme intrépide qui l'avait suivi dans un bond désespéré.
On ne verra pas les Godard obligés d'aller montrer dans les pays lointains l'art avec lequel ils savent exécuter leurs magnifiques voyages aériens.
Cette grande ascension, exécutée à la veille de l'année 1882, rappellera peut-être à notre aristocratie financière et scientifique qu'il y a 1-an prochain à célébrer le centenaire de la première étape de la conquête de l'air, et que nous mériterions d'être relégués à la queue des nations civilisées, si nous négligions cette occasion suprême de rendre hommage à la gloire des Montgolfier 1
Elle fera songer aux splendides constructions aériennes de M. Henry Giflard, qui n'a point encore trouvé de rival, quoiqu'on ait tenté de créer des captifs à Bruxelles, à New-York, à Saint-Pétersbourg, à Milan. Aucune des grandes expositions que l'on a voulu créer à l'instar de celle de Paris, n'a pu avoir la seule merveille dont les ministres qui ont récompensé les expo-
sants de 1878, ne se sont point aperçus que Paris avait été pourvu !
Aussi ne craignons-nous pas de dire que dans ce triomphe si opportun nous voyons le doigt de la Providence, de celui qui dirige à la fois le cours des astres et les caprices des vents ; de ce Dieu qui dans le ciel où courent les aréonautes, a écrit sa gloire à* l'aide des étoiles et dont l'existence est aussi nécessaire au philosophe que léPosiulalum d'Euclide est au géomètre, de sorte que les incrédules ne peuvent franchir, sans accepter sa puissance,, le pont aux ânes, ni de la morale, ni de la philosophie.