A Vincennes, d'après L. Mirot [op. cit., p
de Paris, Aubert de Dampierre et Guillaume Rousseau, drapiers, et Henriet de Pons, orfèvre, lesquelx avoient esté emprisonnez en Chastellet, de par le prevost de Paris, deux jours avant que le Roy entrast à Paris, pour ce qu'ilz avoient esté des plus principaulx faisans et conseillans les maulx, rebellions et désobéissances, qui avoient esté faites en la dite ville de Paris, dont dessus est faite mencion, et fut crié à Paris, de par le Roy, que toutes manières de gens habitans de la dite ville apportassent leurs armeureset harnois, c'est assavoir ceulx de oultre Grant-Pont au Louvre, et ceulx de la Cité et d'oultre Petit-Pont au Palais*, exepté seulement leurs espèces, sur paine d'estre tenuz et reputez pour traistres, et ainsi fut fait de la plus grant partie de tous les habitans de la dite ville. Et aussi fut ordené, de par le Roy, que toutes les chayennes d'icelle ville fussent ostées et portées ou chastel du Bois de Vincennes, et toutes les barrières, qui estoient par la dite ville, abatues et arses sur les lieux où elles estoient faites, pour ce qu'elles avoient esté faites, ou une grant partie d'icelles, en enforcissant* la ville contre le Roy et contre ses gens. Et ainsi fut fait, et ne demoura en la ville chaienne ne barrière, dont il ne fust ordené par la manière dessus dite. Fut aussi ordené, de par le Roy, que la porte ancienne Saint-Anthoine, et toute la muraille en travers de la rue, seroit abatue et arrasée, et que en la bastide neuve, qui avoit esté faite, seroit fait un chas-
1. Cette division de Paris en trois grandes régions est courante au XIV® siècle.
2. Var. : « en fortifiant ou fortiffiant » (Bibl. nat., mss. fr. 10134, fol. 302 v°; fr. 17267, fol. 15 v°).
tel pour le Roy, pour avoir entrée et yssue en la ville toutes les fois qu'il lui plairoit, pour ce que ceulx de la ville avoient tenu les portes closes contre le Roy et ses gens, et enipeschié pluseurs fois le charroy et sommage du Roy et du duc de Bourgoigne, et de pluseurs des officiers du Roy * . Et aussi fut ordené que devers le Louvre, au bout des murs qui sont sur la rivière, sur les fossez de la ville, seroit faite une bastide, et une tour, qui y estoit, enforcée, affîn que le Roy et ses gens eussent l'entrée et l'issue de ceste ville, toutesfoiz qu'il leur plairoit, et furent mis gens d'armes et arbalestriers en garnison, tant en ladite bastide Saint-Anthoine comme à celle devers le Louvre.
Item, fut crié que tout homme, qui s'estoit parti de Paris trois jours avant la venue du Roy et depuis que le Roy estoit venu à Paris, retournast dedens le dimenche ensuivant et se monstrast devers le prevost de Paris, sur paine d'estre bany et de confiscations de ses biens. Et dès lors tenoit le Roy pour baniz tous ceulx qui ne retour n croient dedens le dimenche. Si fut la ville de Paris mise en telle subjection, comme onques ville fut ou royaume de France, et bien estoit raison par les faultes qu'ilz avoient faites contre leur seigneur. Et, jà soit ce que par l'example que les autres villes du royaume de France avoient eu de la dite ville de Paris, elles fussent presque toutes en voie de rébellion et de désobéissance envers le Roy, leur droit seigneur, par la justice, qui fut faite en la dite ville de Paris, elles retournèrent toutes en l'obéissance.
1. Au mois de mars 1382. — La bastide de Charles V fut renforcée et transformée en un fort et solide château.
Item, toute celle sepmaine, de jour en jour, on prist pluseurs des habitans de Paris et furent emprisonnez en pluseurs prisons par Paris. Et aussi en vérité pluseurs des gens d'armes qui y estoient y firent pluseurs excès, tant de prendre des biens de ladite ville comme des personnes mesmes.
Item, le lundi xix^ jour du dit mois de janvier, un bourgois drappier de la ville de Paris, des plus notables qui y fussent, appelle Nicolas le Flamenc, fut décapité es halles de Paris, et, pour ce que austresfois, et par especial l'an mil CGC LVII*, dont mencion est faite en ce livre^, il avoit esté présent, aidant et faisant de meurdrir, en la présence du Roy derrain trespassé, lors régent le royaume de France, ou Palais à Paris, messire Robert de Clermont, lors mareschal de Normandie, et le mareschal de Ghampaigne, il fut trayné et y ot v autres decappitez aveques le dit Nicolas.
1, Vieux style; il s'agit d'événements qui se passèrent le 22 février 1358.
2. Ceci prouve bien que nous avons affaire dans ce supplément à une continuation de la chronique des règnes de Jean II et de Charles V. Le chroniqueur ne renvoie pas, comme il semblerait au premier abord, à un passage de son œuvre où il serait question de Nicolas le Flamenc, mais seulement au récit des événements qui se déroulèrent au Palais-Royal, le 22 février 1358. Nicolas le Flamenc n'est mentionné qu'une seule fois, — sous le nom de « Colin le Flament », — dans la chronique du règne de Jean II. Il fut emprisonné le 25 octobre 1358, en même temps que de très nombreux Parisiens, contre lesquels ne pouvaient être articulées que des accusations assez vagues. En tout cas, ces arrestations en masse causèrent dans Paris une émotion assez vive et le B.égent dut faire relâcher, peu de temps après, tous les détenus [Chroniques des règnes de Jean II et de Charles V, t. I, p. 220-224).
Item, le mardi ensuivant, furent criées les aides mises sus de nouvel, c'est assavoir imposicion de xn deniers pour livre de toutes denrées, gabelle de xx frans par muy de sel et le viii* pour le vin vendu à détail*.
Item, le samedi ensuivant xxiiii* jour dudit mois, furent decappitez es halles de Paris vm autres de ceulx de Paris, que on appelloit trestouz maillez, pour cause des maillez qu'ilz avoient pris en la maison de la ville, le premier jour du mois de mars précèdent l'an mil CGC IIII" et un, dont dessus est faite mencion.
Item, le mardi xvh* jour du dit mois de janvier mil GCC IlIP'' et deux dessus dit, le Roy, par deliberacion de son Grant Conseil, fîst prononcier en sa présence^, en la grant sale du Palais sur la rivière^, qu'il prenoit et mettoit en sa main, comme à lui confisquez et acquis pour les rebellions, désobéissances, monopoles et autres choses dessus dites, qui estoient toutes notoires au Roy et à tout le peuple, la prevosté des marchans, l'eschevinage et tout le fait, auctorité et juridicion et revenues qui leur appartenoient, et voult et ordena le Roy, et ainsi le fist prononcier, que son pre-
1. Pour le vin vendu au détail, un denier sur huit ou le huitième du prix. La chronique omet une quatrième imposition : celle de douze sous par queue de vin vendue en gros [Chronographia regum Francorum, t. III, p. 49). « C'étaient les impositions de 1382, contre lesquelles on s'était insurgé, et qui avaient provoqué les émeutes et les conspirations » {op. cit., p. 189).
2. Par Pierre d'Orgeraont, jadis chancelier de France et présentement chancelier de Dauphiné [Chronographia , t. III, p. 49).