INTRODUCTION. IX
de Jean, duc de Berry. Plus tard, il fit retour à la Bibliothèque royale sans qu'on puisse déterminer l'époque, ni les circonstances de cette réintégration. Nous savons seulement qu'elle était effectuée au début du règne de Louis XIV, puisque cet exemplaire des Grandes Chroniques figure dans l'inventaire de Dupuy, dressé en 1645^ C'est du xviii^ siècle que date la reliure actuelle de maroquin rouge, aux armes de France sur les plats et aux fleurs de lis sans nombre sur le dos. Le volume qu'elle protège se compose de 543 feuillets, dont les 52 derniers sont blancs, mais réglés à la pointe sèche et préparés pour recevoir la suite de la chronique. A l'origine, il formait bien, semble-t-il, deux volumes, reliés d'abord séparément, mais réunis de très bonne heure, comme le prouvent les fleurs de lis d'or sur fond d'azur dont sont semées les tranches du volume 2. Le premier de ces deux tomes s'arrêtait à la mort de Louis VIII ; c'est ce qui résulte de divers indices, et notamment de la grande miniature initiale, placée en tête de la
\. N» 471 de l'inventaire : « Chroniques de France selon ce qu'elles ont été composées en l'église de Saint-Denys en France jusques au roi Charles V inclusivement. »
2. L. Delisle, Recherches sur la bibliothèque de Charles V. Paris, Champion, 1907, 2 vol. in-8°, l''« partie, p. 312 : « Il (le manuscrit) se composait d'abord de deux volumes très élégamment calligraphiés et très richement illustrés de miniatures... Les deux volumes ont été réunis de très bonne heure, comme l'atteste l'état des tranches fleurdelisées. » Mais à quelle époque ont-ils été réunis? Il est impossible de le préciser. Faut-il croire que les fleurs de lis des tranches et le fond d'azur sur lequel elles sont semées « appartiennent à la reliure du quatorzième siècle », comme l'a écrit Léon Lacabane, dans un mémoire qui sera bientôt analysé? Mais alors on serait conduit à supposer que la chronique n'a jamais formé qu'un seul volume, et ceci irait à l'encontre de l'opinion courante, que Lacabane a surtout contribué à accréditer.
X INTUODUCTION.
vio de saint Louis et où sont reproduits plusieurs traits édifiants pris dans la vie du Roi. Ce tome I a 263 feuillets ; le deuxième devait en contenir le même nombre. Mais il a été quelque peu grossi par une intercalation, sur laquelle nous aurons l'occasion de revenir. On y a procédé après la visite de l'empereur Charles IV à Paris, pour ajouter au manuscrit la relation officielle du voyage de Charles IV.
Ceci nous conduit à examiner comment s'est constitué un très bel exemplaire des Chroniques de France proprement dites, finissant par une clironique des règnes de Jean II et de Charles V, dont le texte est celui des manuscrits de la continuation de Nangis.
Une première partie de la transcription, — la majeure partie en réalité, — serait et paraît bien être de la main d'Henri du Trévou, le célèbre copiste de Charles V ; elle va jusqu'à la mort de Philippe de Valois. Le mot amen, qui sert de conclusion à l'éloge du Roi, indiquerait qu'une coupure a dû exister, plus ou moins longtemps, en cet endroit. C'est là que se seraient terminées les Grandes Chroniques avant leur continuation par les soins de Charles V. Avec le règne de Jean II, l'écriture change peut-être, mais bien plus sûrement l'allure générale du récit, surtout à partir du moment où, en raison de la captivité du Roi, son fils aîné entre en scène et tient la première place dans le royaume. Une nouvelle chronique commence manifestement à l'avènement de Jean le Bon, dont
i. « L'identification (avec H. du Trévou) est admissible, écrit L. Delisle, quoiqu'il soit difficile de reconnaître des caractères d'individualité aux chefs-d'œuvre dus à la plume de calligraphes aussi habiles que Henri du Trévou et Raoul d'Orléans, tous deux écrivains attitrés de Charles V » (op. cit., i" partit^ p. 3H).