AVANT-PROPOS
L'ouvrage que nous présentons au public a été rédigé pour répondre à une question mise au concours par lAcadémie des sciences morales et politiques en 1880. Les Grandes Compagnies de commerce, tel était l’objet de ce concours. Cinq mémoires fureut déposés au secrétariat de l’Institut. Deux d’entre eux, parmi lesquels se tronrait le nôtre, sans satisfaire complètement l'Académie. furent jugés dignes de partager le montant du prix’.
Aujourd'hui que l'attention publique est de tous côtés attirée vers les questions de colonisation, par les débats du Parlement et de la presse, par les livres des historiens ou des économistes comme par les cours des professeurs, il nous a semblé que la précieuse récompense dont avait été honoré notre travail nous faisait un devoir de le publier. Dans la revision que cette publication exigeait, nous avons cherché à profiter des judicieuses observations consignées par M. Courcelle-Seneuil dans son rapport sur le concours des grandes compagnies de commerce*. Nous
1. V. le discours de M. Nourrisson, président de l’Académie, prononcé à la séance publique annuelle du 8 novembre 1884 (Séances et travaux de l'Académie des sciences morales et politiques, 44° année, nouvelle série, t. XXIT, 2e semestre, p. 820-836).
2. V. le rapport de M. Courcelle-Sencuil sur le concours en question. (Séances et travaux d- l'Académie des sciences morales et politiques, t. XXII, 1884, 2e sem., p. 475-483).
il AVANT-PROPIS
avons également suivi de notre mieux les bienveillants conseils que l’un de nos juges, M. Levasseur, voulut bien nous donner en 1885 sur l’ordre qu'il conviendrait d'établir, au cas d’une future impression, entre les diverses parties de notre ouvrage. Nous avons aussi fait tous nos efforts pour tenir cette étude au courant des principaux travaux dont les grandes compagnies de commerce ont été l’objet depuis 1884 jusqu’au commencement de 1892.
On nous avait vivement reproché l’ordre alphabétique suivant lequel nous avions disposé les compagnies de chaque État’. Nous les avons groupées, dans le présent livre, d'abord par pays; puis, dans chaque pays, par ordre géographique, les classant ensuite par ordre chronologique. Ainsi, pour les compagnies françaises, nous avons groupé en un premier chapitre celles qui ont été fondées en vue de favoriser le commerce avec l'Europe et le Levant, et nous les avons classées ensuite suivant l’ordre chronologique de leur création ; ie second chapitre concerne l’Afrique ; le troisième l'Asie; le quatrième enfin se rapporte au Nouveau Monde.
Nous avons réuni à l'historique de chaque compagnie les considérations économiques spéciales dont chacune d'elles était l’objet à la fin de notre mémoire, évitant ainsi de fâcheuses redites.
Quant aux parties relatives à la Hollande et à l’Angleterre”, nous aurions voulu pouvoir les compléter par des recherches poursuivies dansles bibliothèques etles archives de ces deux pays. Il ne nous a pas été permis de le faire.
1. Nous avions adopté cet ordre parce qu'il nous paraissait mieux que tout autre faciliter les renvois. Plusieurs compagnies ayant porté divers noms, ces divers noms figuraient chacun à leur ordre alphabétique, avec renvoi au nom le plus connu. À ce dernier article, se trouvait le paragraphe consacré à la compagnie. Mais nous avons reconnu depuis la justesse des critiques élevées contre l'ordre alphabétique et la supériorité, en la présente matière, de l'ordre géographique combiné avec l'ordre chronologique.
2. Le programme académique recommandait aux concurrents l'étude des compagnies privilégiées fondées depuis le xvie siècle en vue du commerce extérieur
AVANT-PROPOS. nt Nous le regrettons vivement, malgré l'éloge que M. Courcelle-Seneuil a bien voulu faire dans son rapport de cette partie de notre mémoire.
Sauf les modifications de plan qui viennent d’être indiquées et la mise de notre étude au courant du mouvement scientifique de ces dernières années, sauf aussi l’enlèvement d’un certain nombre de documents inédits dont la présence alourdissait le texte de notre travail', ce livre reproduit exactement notre ancien mémoire. Nous avons cru devoir y ajouter quelques pages sur les compagnies de commerce et de colonisation qui ont été récemment fondées en Europe et une analyse critique du projet de loi actuellement déposé sur le bureau du Sénat et qui conclut à létablissement de semblables compagnies.
En dépit de tous nos efforts, nous ne nous dissimulons aucunement les trop nombreuses imperfections du présent livre. Mieux que personne, nous savons tout ce qui manque à notre étude. L'objet en était, à vrai dire, singulièrement vaste: sous un titre modeste en apparence, il ne s'agissait guère moins que de l’histoire du commerce extérieur du monde, du moyen âge aux temps modernes. Ce commerce se trouvait, en eflet, presque tout entier aux mains des grandes compagnies, seules assez puissantes pour conduire de si grandes affaires et des entreprises tellement « audessus de la portée des particuliers »°.
Si nous avions différé l'impression de ce mémoire jusqu’au moment où il nous eût semblé vraiment achevé, il n'aurait jamais vu le jour. Nous croyons cependant que
dans les principaux états de l'Europe, et notamment en Hollande, en Angleterre et en France. Ces trois pays étaient marqués d'avance pour une étude approfondie, faisant, dit Montesquieu (De l'esprit des lois, 1. XXE, ch. xx1), la navigation et le commerce de l'Europe à peu près comme l'Europe fait le commerce et la navigation des trois autres parties du monde.
1. Nous avons même dù renoncer à les insérer en appendice, pour ne pas grossir démesurément notre ouvrage.