IV AVANT-PROPOS
sa publication pourra rendre des services, ne füt-ce qu’en traçant le cadre d’une étude ultérieure, ou en résumant dès maintenant, en un certain ensemble, de nombreux renseignements restés jusque-là épars ou inédits.
En soumettant ces pages au public, qu'il nous soit permis d'exprimer le souhait qu’il veuille bien se montrer aussi indulgent pour nous que l'ont été nos premiers juges.
PIERRE BONNASSIEUX.
Premières associations commerciales. — Ghildes et hanses allemandes, Ligue hanséatique.— Compagnies anglaises des Aventuriers ou confrères de Thomas Becket et de l’Etape. — Compagnies françaises des Marchands de Veau, des marchands fréquentant la rivière de Loire, etc. — Compagnies italiennes, « uflizio di Gazzaria », banque de Saint- Georges, etc. — Corporations et corps de métiers.
Les ouvrages de jurisprudence distinguaient, au siècle dernier, deux sortes de compagnies de commerce. Les unes, disaient-ils, sont formées par l’association de plusieu:s personnes qui se réunissent pour entreprendre une espèce de commerce : ce sont les Sociétés de commerce.
Les autres sont des associations établies par lettres patentes ou autres actes publics avec privilège exclusif pour entreprendre des branches de commerce dans les pays éloignés. Ce sont là, à vrai dire, les grandes Compagnies de commerce, seules compagnies dont nous ayons à nous occuper ici.
Si loin qu’on remonte dans l’histoire du commerce", histoire si intimement lite à celle du progrès social et cependant si peu en honneur, on trouve des sociétés de commerce. Le même instinct, la même nécessité qui formèrent les premières tribus formèrent aussi, sans doute, les pre-
1. Sur l'Histoire du commerce du monde, voir l'ouvrage de M. O. Noël, paru sous ce titre, à Paris, en 1891 (librairie Plon), 1 vol. gr. in-8°, t. 1. Temps anciens. — Moyen âge. Ce volume résume à peu près l'ensemble des connaissances actuelles sur ce vaste sujet,
mières associations de négoce ou d'industrie. Mais on ne peut songer à constater, à la même époque, l'existence de vraies compagnies de commerce ; et ce n’est qu'avec les civilisations plus récentes qu’on en voit apparaître quelques germes.
Les colonies phéniciennes nous offrent un premier essai de compagnies de commerce que répètent et continuent après elles les colonies grecaues et carthaginoises. Formées sous la tutelle et avec le concours de l'État, ces colonies obtiennent à de certaines conditions, le plus fréquemment moyennant un tribut à payer à la mère-patrie, la concession de vastes territoires ou de particulières facilités pour l’exploitation de lointains produiis. Mais il manque à ces associations l’unité de vues et d’action; et elles ne ressemblent que par bien peu de côtés aux compagnies de commerce des temps modernes.
Les grandes sociétés vectigaliennes qui existaient à Rome pour la perception des impôts, des dimes, des droits de ports et pour lexploitation du domaine public, ne peuvent être considérées davantage comme des compagnies de commerce. Ce sont plutôt des sociétés financières comparables, on l’a dit assez justement, à celles que formaient entre eux les fermiers généraux de notre ancienne monarchie et aux associations de capitalistes, qui soumissionnent encore de nos jours la perception et l'exploitation des impôts dans certains états d'organisation inférieure.
Nous ne saurions également voir des compagnies de commerce dans les agents de transport des troupes et du matériel des armées de Rome pendant les guerres puniques.
Les corporations industrielles que les Romains connurent semblent aussi se rattacher plutôt aux corporations
1. E, Frignet, Æistoire de l'association commerciale. Paris, 1863, in-8o, p. 53-54. :