‹ Les grandes compagnies de commerce [microforme]Chapitre 21 sur 28 · HOLLANDE · texte numérisé non relu

HOLLANDE

par la mer Rouge et l'Egypte. La découverte du cap de Bonre-Espérance, en ouvrant une route plus longue, mais plus directe, détourna le courant commercial et fit la fortune de la Hollande et de l'Angleterre. Les Hollandais, possesseurs de la première flotte marchande de l'Europe, s’élancent avec audace dans la voie qui vient de s'ouvrir, celle des grandes navigations interocéaniques. Ils devancent au xvii° siècle les Anglais « dans lPempire des mers et le commerce du monde’ ». C’est alors qu'ils fondent leurs compagnies de commerce, la compagnie des Indes orientales en 1602, la première en date, le modèle et le type des futures compagnies européennes, puis la compagnie du Nord (161%, la compagnie des Indes occidentales (1617), la compagnie de Surinam (1634), ete. Elles n’eurent pas toutes, on le sait, la même fortune. On verra, dans les pages qui vont suivre, quelles furent les destinées des unes et des autres.

C’est surtout en Asie que les efforts des Hollandais sont suivis de succès. Leurs comptoirs s’y élèvent, sans rivaux, sur les ruines des établissements portugais et espagnols. Mais à la fin du xvrr° siècle, et surtout au xvint°, la compagnie hollandaise se heurte à son tour contre les compagnies française et anglaise des Indes orientales. Dans la lutie qui s'engage ainsi, elle l'emporte d’abord sur les Français, mais succombe après une longue lutte sous les coups des Anglais, qui lui arrachent peu à peu ses principales possessions. L’ascendant pris par l'Angleterre sur les Pays-Bas, à l’époque des guerres soutenues en Europe par les deux puissances contre Louis XIV, exerce certainement une grande influence sur l'issue de la lutte qui se poursuit en Asie entre les compagnies hollandaise et anglaise.

Si l’on recherche maintenant quels caractères principaux distinguent dans leur ensemble les compagnies hollan-

1. Michelet, Précis d'histoire moderne, Paris, 1829, in-8°, p. 129.

APERÇU HISTORIQUE. 33 daises, on trouve les suivants: 1° elles créent des comptoirs plutôt que des colonies; il ne s’y fait point d’émigrations nationales comparables à celles qui doivent un jour peuplerles possessions des compagnies anglaises de l'Amérique du Nord ; ?° les compagnies hollandaises sont soutenues par la population tout entière etrecoivent de la nation même l'impulsion et la vie, à l’opposé des compagnies françaises qui naissent de l’action du Gouvernement et ont rarement reçu du pays un appui sérieux ; 3° elles offrent encore cette intéressante particularité d’avoir été, en dépit de leur cortège de monopoles et de privilèges exclusifs, établies par une république, et d'avoir servi de type aux compagnies que les monarchies anglaise, française et autres ont ultérieurement constituées.

(Juant aux résultats généraux que ces compagnies ont procurés à la Hollande, ils se réduisent à peu de choses, s’il est vrai que le peuple batave n’a réussi, avant le xix° siècle, « à rien fonder de grand et de durable », ayant eu « recours, d’une façon permanente, à une forme écono- « mique que l'intérêt et la justice se réunissent pour con- « damner, le monopole. »

1. P. Leroy-Beaulieu, De La colonisation chez les peuples modernes. Paris, 4e édit., 1891, in-8o, p. 85.

Page 1