INTRODUCTION
Le régime concessionnaire généralisé au Congo français en 1899, a déjà fait l’objet de maintes études; malheureusement, il en est peu qui soient impartiales: la plupart de leurs auteurs, partisans ou adversaires du régime, ont, dans la discussion suscitée autour de son opportunité elle-même, déployé une ardeur souvent excessive, faisant plutôt œuvre de polémistes que d’économistes envisageant la situation dans sa réalité et dans les faits. Les Sociétés concessionnaires constituées, il fallait les soutenir : mais les pouvoirs publics, gagnés eux aussi à leurs adversaires les abandonnèrent à leur fortune bonne ou mauvaise; d'immenses territoires ne furent l’objet d'aucune occupation effective: ceci, des documents officiels le reconnaissent, attestant ainsi de
graves symptômes d’insouciance ou d'incapacité (1). D’autre part, aux termes de l’art. 13 des instructions ministérielles du 24 mai 1899, « la concession n’a reçu aucune délégation de souveraineté; d’une manière générale, ses agents devront éviter toute ingérance administrative et politique ». Donc, la métropole et le gouvernement local négligeant de faire acte de souveraineté et n’occupant pas les territoires soumis à notre domination, les Sociétés .concessionnaires ne le pouvant pas elles-mêmes, il arriva que d’autres, nos voisins du Cameroum, les Allemands, le firent, causant aux intérêts des compagnies françaises un préjudice « indéniable ».
Pendant ce temps, en Angleterre, s’organisait une campagne vigoureuse contre le régime concessionnaire, Adroitement menée par M. Morel, secrétaire de la section africaine à la Chambre de commerce de Liverpool, cette campagne de presse et de réunions publiques trouva en France un écho retentissant sous la plume de plusieurs publicistes, au Parlement et dans deux ligues de protection des indi-
(1) 1908. Rapport à la Chambre des Députés, à propos du projet de loi autorisant le Gouvernement général à contracter un emprunt de 19 millions. Au Congo proprement dit, 25 0/0 du territoire était occupé effectivement; 15 0/0 subissait l’influence administrative; le surplus, 58 0/0, nous ignoraient totalement, Au Gabon, 64 0/0 du territoire n’avait fait l’objet d’aucune occupation,