CHAPITRE X
Malheureusement, la Commission des Affaires extérieures apporta une lenteur regrettable à l’examen des projets de statuts, mécontentant les intéressés allemands qui exprimèrent Le désir de se retirer de l'affaire. A la suite de l'avis qu’elle formula seulement le 22 novembre, le texte des statuts fut adopté sans modifications importantes par la convention intervenue le 21 décembre 1910 entre le Ministre des Affaires étrangères et l'ambassadeur d'Allemagne.
Tout semblait fini et le consortium définitivement constitué lorsque, le 25 janvier 1911, MM. Briand, Président du Conseil, Pichon, Ministre des Affaires étrangères, Klotz, des Finances, et Morel, des Colonies, informaient la Commission du budget que la sentence arbitrale fixant à 2.393.000 francs l’indemnité à verser à la N'Goko Sangha était nulle, l'Etat et les colonies ne pouvant recourir à l’arbitrage en vertu des articles 83 et 1004 du Code de procédure; ils ajoutaient que, toutefois, le consortium demeurait le but du Gouvernement; aussi M. Pichon engageait avec j’Allemagne des négociations tendant à créer en territoire allemand (Cameroun) un second consortium contre-partie du premier, avec des capitaux français; pour cela il était de toute nécessité que le premier consortium fût constitué, seulement le paiement de l’indemnité tombant, l’engagement de la N'Goko Sangha tombait aussi. Le 30 mars 1911
M. Messimy, Ministre des Colonies du cabinet Monis, déclarait à la Commission du budget que, non seulement l'indemnité ne serait pas payée, mais encore que le consortium ne serait pas constitué.
Au commencement d'avril, M. Caillaux s’expliquait de cette décision devant la Chambre; à la suite des transformations récentes subies par le régime concessionnaire et la constitution du consortium équivalant à l’octroi d’une grande concession, « le Gouvernement était dans l’impossibilité de consentir le consortium français ».
C'était témoigner beaucoup d’insouciance pour les autres participants au consortium, la N’Goko et l'Allemagne; celle-ci, qui attachait beaucoup d’importance à son extension économique en Afrique, n’allait pas laisser fuir ses espérances sans réclamer quelques compensations, aussi, le 7 juillet 1911, M. de Schœn, Ministre des Affaires étrangères, engageait des négociations avec M. de Selves, Ministre français des Affaires étrangères, qui, dès le 14 juillet, acceptait le principe de cessions congolaises.
Tout d’abord, l'Allemagne demanda le Congo, de la Sangha à la mer, plus un accès au Congo (fleuve), elle proposait en échange le Haut-Cameroun et le Togo; la France offrait la région de l’Oubangui- Chari augmentée soit des îles de la Polynésie, soit de cessions plus étendues dans le territoire de l’Oubangui, mais elle refusait toujours l'accès au Congo.