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LA BARONNE DE POIIJ.Y

Ici, d'un côté, le mur disparaît sous les toiles de maîtres : un vrai Livre d'or de la peinture, où resplendissent les noms des Breughel, Téniers, Wermans, Watteau, etc. ; de l'autre, un immense vitrage cloisonne la galerie tout entière, envoyant tout Téclat du jardin ensoleillé, dont les verdures amortissent le regard et le reposent. Des divans turcs, des meubles sculptés, un plafond cloisonné d'azur et d'or, tel est l'ensemble de cette pièce, qui est un musée. Un étroit salon, dont les panneaux sont de grands miroirs â trumeaux, unit cette galerie au grand salon, le temple où resplendit

le beau buste de Franceschi, qui apparaît en sa sculpturale beauté en pleine lumière, sous le vélum grenat rehaussé d'or.

Nul maître n'a rendu si bien les traits superbes de M"' de Poilly; quel que soit leur talent, les peintres y ont échoué, impuissants à reproduire ces lignes admirables que le marbre seul a pu traduire avec quelque vérité.

Dans les beaux tableaux d'Heilbuth et de Ricard, on retrouve bien quelque chose de cette physionomie charmante, mais ce n'est pas l'art magistral, la reproduction splendide que rendent seules les lignes marmoréennes de cette tète superbe, détachée en sa blancheur de neige sur le fond sombre du velours.

Des draperies, des tentures, des rideaux en soie

GRANDES DIXM V'AIMOURB'BUI

de Chine toute brodée, se marient ici aux meubles Louis XV on un r-ococo charmant. Les tableaux resplendissent, rcHôtés dans les encoignures par des miroirs dont les trumeaux sont tous des chefs-d'œuvre de délicatesse et de coloris.

Mais ce premier étage, quelle que soit sa réelle magnificence, s'efface aux yeux de l'artiste, lorsqu'il pénétre aux appartements intimes qui lui sont superposés. Ici la maîtresse de maison a donné cours à sa fantaisie, et c'est le charme piquant et original de cet intérieur qui ne ressemble à rien de ce que l'on connaît.

Un petit escalier flamand, tout sculpté, et qui sert de refuge à une masse de tableautins et de tentures, pai't mystérieusement du premier palier pour aboutir à une seconde antichambre. A gauche, l'atelier, c'est-à-dire une galerie étrange, dont le coin est un fumoir, — la baie vitrée, une serre immensequi jette dans les airs, au-dessus du jardin, un gigantesque bouquet..

Au fond, une cheminée monumentale on bois sculpté sert de support à un très curieux tableau qui, suivant l'usage familier au xvin' siècle, réunit en un sujet de genre — un pique-nique à un rendez-vous de chasse — tous les du Hallay- Coëtquen vivants à cette époque.

En face, une immense .bibliothèque bourrée de trésors ; le long des panneaux, — que soutient un

soubassemuQt peint en rouge sur lequel se déroulent d'antiques manuscrits, tracés d'or sur parchemin, — des tableaux, des livres, des tapisseries, des objets d'art et des objets précieux. Pour ciel un plafond à poutrelles; dans un angle, un grand piano; dans l'autre, une harpe ancienne, très curieuse. Puis tout au fond, sur le retour, le mignon fumoir, caché dans la crevasse d'une baie, dont les trois pans sont des miroirs, au milieu desquels, droite sur sa colonne et idéalement voluptueuse eu sa nudité triomphante, se dresse la ^'énu^5 de d'Épinay,' — belle comme l'antique et délicate comme le moderne, — reflétée de toutes parts et admirée de tous tes côtés à la fois. Des sophas turcs, très bas et chargés de coussins, courent le long des glaces, et c'est tout l'ameublement. Le moindre bibelot nuirait à l'harmonie de cette simplicité.

En face de la galerie, de l'autre côté du palier, un boudoir conduit à la chambre et au cabinet de toilette. Un vrai musée, ce boudoir, fait de japonaiseries et d'épaves du win" siècle. De petits bureaux en vernis Martin peints par Boucher, des glaces à trumeaux, un dessus de porte signé de Watteau, des meubles coquets aux soieries un peu fanées, des tableaux encore, de jolis saxes, des sèvres de la bonne époque et mille bibelots curieux s'amoncellent autour de la harpe

BHAtcms DAMES D AUMDIID HCI

<i'or qui, toute vibrante des sons enchanteurs I qu'en ai'rachent les plus jolies mains du monde, «st le poème de ce i-éduit gracieux. Trois marches, ■derrière le panneau mouvant d'un grand mii^ir, ■conduisent au cabinet de toilette, où le bruit des ■ pas s'éteint sur d'immenses peaux d'ours noirs. Au milieu, tout en faïence cloisonnée, une gigantesque baignoire s'élève, pareille à un bassin ; et , sous le treillis do pampres qui l'entoure d'une sorte de berceau, un arbre se dresse, au tronc duquel s'appuie une '\''énus antique — arbre magique dont, sous la pression d'un ressort, chaque feuille jette Tabondaiite rosée d'une eau cristalline qui semble la source infatigable et l'aérienne fraîcheur où s'alimente l'eau des robinets.

Tout est oriental dans ce réduit étrange. Au fond le lit de repos. Dans un angle une pagode, dans un autre un paravent de Yeddo. Ici une mosquée lilliputienne, là une faïence colossale; tout, aménagé pour un confort original et paisible, sans heurt et sans discordance en ses notes toujours heureuses.

Sur ia chambre lï coucher, je ne m'étendrai guère; qu'il me suffise d'indiquer là comme partout l'élégant mélange du Louis XV' et de la japonaiserie, les soies de Chine rehaussées d'or qui revêtent le grand lit d'un dais élincelant, et tout à cote, comme planant sur cette exquise magnifl-

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