L.V BARONNIfi DE POILLY
années, du Ramier^ pièce chinoise composée tout exprès par M°'* Judith Gautier, fut Tune des plus mémorables dans les annales artistiques des salons. Décoration, costumes, musique, paroles, tout était à T unisson en ce poème extra-oriental que la fille du grand Gautier semblait avoir emprunté à Técrin paternel. Rien n'était plus étrange et rien n'était plus gracieux. Tout, depuis le poème exotique jusqu'au décors, fut admiré. Mais le dernier mot fut au compositeur Bénédictus, lorsque Torchestre, agrémenté de bassons, de clarinettes, de cymbales, de chapeaux chinois et japonais, etc., commença une ouverture devant laquelle fussent tombés les murs de Pékin ! La lumière électrique, mettant en pleine clarté le théâtre tandis que la salle demeurait sombre, fit sensation : et, quand j'aurai dit que les acteurs do cette adorable saynète s'appelaient M™° Pasca, M"' Baretta et M. Volny, j'aurai rappelé tout le succès de cette soirée triomphale.
Un parterre d'élite, trié sur le volet du monde et des lettres, avait été invité à cette « première » — on pourrait dire à cette t unique » !
Il y a deux ans, toujours en cherche de divertissement nouveau, M"* de Poilly inaugum les matinées dansantes du Pré-Catelan. Elle loua le Guignol un peu abandonné qu'enchevêtraient les lierres et les glycines, et elle en fit cette délicieuse
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« Villa des Ramiers » qui dut son baptême à la comédie chinoise dont j'ai parlé. Tout Paris y défila, et ce fut le t clou » de la saison.
L'année dernière, les représentations de Follembray transportèrent à la campagne l'attrait des réceptions de la baronne. Don Pasquale^ monté avec la prima donna Renjtkiens et le ténor Brigode, — fils aîné de la baronne, — eut un succès fou. Avec cela le Vieux Temps^ de Guy de Maupassant, et la pièce, un peu surannée mais si jolie toujours, deRegnard : Attendez-moi sous forme ; puis le Passant^ cette gloire de Coppée, — qui est non seulement le poète préféré, mais l'ami de la maison, — interprété par M"*" de Poilly et le comte de Montesquiou, avec un art incomparable.
La baronne de Poilly partage son temps entre Paris, la villa Camélia et Follembray.
Follembray est la résidence d'automne, qui se prolonge fort avant dans l'hiver. Les chasses y sont un attrait tout-puissant, et, mené par MM. de Brigode, l'équipage aux couleurs gros vert et grenat de Poilly est l'un des plus fringants qui existent.
Follembray, légué à sa femme par M. de Poilly, qui était lui-môme un veneur de premier ordre, est un château moderne ; sa très grande séduction pour une femme comme la baronne est celle de l'hospitalité. Il semble qu'il soit élastique, tant les chambres.
LA BAROHIfK DE FOILtV
habilement ménagées, se multiplient lorsque abondent les invités. D'ailleurs, pour augmenter encore le nombre do ses hôtes, — j'allais dire de sa cour, — M""" de Poilly a fait construire dans le beau parc qui enserre le château de ses verdures mei-veilleuses plusieui-s petits pavillons, pour les mettre à la disposition des amis. L'un d'eux, plus grand que les autres, est le théâtre, et c'est un théâtre si coquet, si bien aménagé, qu'on s'y croirait à Versailles, les jours de gala. Même le Paradis, réservé aux gens et tenanciers de la maison, porte le cachet d'élégance que la baronne appose à tout ce qui l'entoure.
L'un des plus vifs attraits de Follembray est la vue admirable des salons, par les fenêtres desquels on aperçoit, perché sur la hauteur, le vieux et magnifique donjon démantelé du château de Coucy.
Durant l'été, la villa Camélia, k Deauville, est lo séjour enchanteur où la baronne transporte ses pénates, c'est-â-dire ses fidèles. Une villa tout orientale, qui est encore le temple de l'art, comme sa voisine, la villa Persane, est le temple de ce Chic dont la main fine de la princesse de Sagan tient le sceptre léger.
Pour l'hôtel parisien, l'hiver et le printemps, la saison du foyer et celle du plaisir. Ici la baronne se retrouve tout entière avec ses goûts, ses ins-
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tincts, son cercle et sa personnalité : à ce tableau charmant, c'est le cadre harmonieux. Car, plus encore que la toilette, le horne c'est la femme. Et dans les bizarreries même de celui-ci on retrouve la physionomie étrange, originale, attirante et charmeuse dont j'ai voulu tracer le croquis rapide.
Dès l'entrée, le jardin, que l'on aperçoit dans les lointains de la voûte, repose le regard et isole du tohu-bohu parisien. L'escalier, à gauche, tout tendu d'anciennes tapisseries, a servi de modèle à M. Emile Perrin pour l'un des plus jolis décors de l'Étrangère. Deux glaces sans tain, se substituant à la muraille, permettent d'apercevoir au passage le grand salon et la galerie du premier étage, le rez-de-chaussée étant tout à fait consacré au service.
Ce premier étage, c'est-à-dire les appartements de réception, à l'antichambre desquels semble s'arrêter net l'escalier comme à sa fin, se compose d'une salle à manger, d'une galerie, d'un petit salon et d'un grand salon.
La salle à manger, que double une étroite galerie vitrée dans laquelle, pareils à d'énormes fleurs vivantes, s'ébattent de gros perroquets au plumage multicolore, est de style Henri II, toute tendue de velours rouge sombre; l'ameublement sévère^ en bois sculpté, s'oppose aux grâces coquettes de la galerie, qui appartient au pur xviii* siècle.