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LES BIENS ECCLÉSIASTIQUES ET LEUR EMPLOI

Claude de Seyssel, l’ami de Louis XII, disait avec grande raison que « l’Etat de l’Eglise était commun aux trois autres ».

Les fils du peuple et de la bourgeoisie s’élevaient journellement par la vertu et la science aux plus liantes dignités ecclésiastiques préférablement à ceux de la noblesse, « ce ipii était un grand moyen pour contenter lesdits Etats. » La nomination exclusive par le roi, après 1316, aux évêchés et auxabbayes, altéra malheureusement cet excellent trait de la constitution française. Il en résultait que le clergé séculier et les ordres religieux avaient une solidarité étroite de vie et d’intérêts avec les diverses classes de la nation, et maintenaient l’harmonie sociale entre elles, en les fusionnant constamment dans leur sein.

Si, dans les anciens monastères bénédictins, le nombre des moines diminuait,- les ordres du treizième siècle. Franciscains, Dominicains, Carmes, Augustins,établisdansles villes,

LA CRISE DU XV1« SIÈCLE ' 329

se recrutant largement dans la bourgeoisie et le peuple, exerçaient une grande influence. On put le constater en voyant la part qu’ils prirent au soulèvement national contre les Anglais sous Charles VII ; on le sentit encore au temps de la Ligue. Les prêtres séculiers étaient fort nombreux dans les campagnes : ils vivaient des fondations ^ohit et des chapellenies que la piété des classes moyennes avait multipliées considérablement depuis le treizième siècle, ainsi que du service des confréries qui, à la veille de la Réforme, se répandaient de plus en plus dans la classe rurale. Leur genre de vie matérielle se rapprochait parfois beaucoup de celle des paysans au milieu desquels ils vivaient, au moins dans la Normandie. Ailleurs, dans le fjoercy notamment, ils formaient, dans chaque petite ville, des communautés locales, comme l’a montré le savant abbé Galabert.

On comprenait à cette époque dans le clergé un fort grand nombre de simples tonsurés, ainsi que lesétudiants des collèges et les suppôts de tout ordiNî des universités. Ce personnel, à la suite du clergé, vivait sur le patrimoine de l’Eglise et était parfois fort peu moral. Quant aux prêtres, malgré bien des abus, l’ambassadeur vénitien Jérôme Lippomano, dans un rapport confidentiel au Sénat et par conséquent absolument sincère, reconnaissait leur science et leur vertu. 11 ne craignait pas d’ajouter qu’au point de vue des mœurs proprement dites, le clergé français était supérieur à celui de tous les autres pays. Quand la discipline fut restaurée par le concile de Trente, et que l’éducation des séminaires fut substituée à la vie trop libre des universités, le corps des curés français s’éleva à une hauteur morale qui faisait dire à Frédéric de Prusse que c’était, avec les grenadiers et les Parlements, l’institution qu’il avait le plus admirée dans notre pays.

Les chapitres et les grands monastères avaient conservé dans l’administration de leurs terres une partie des pratiques du moyen iVge, si favorables aux cultivateurs. Les réserves de blés qu’ils faisaient dans leurs vastes greniers, avec le produit des dîmes et des redevances en nature, étaient une précieuse ressource pour les populations dans les années de disette. Répandus dans les parties les plus reculées du territoire, les monastères, les prieurés dépensaient autour d’eux le capital et entretenaient la vie économique dans des régions

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