CHAPITRE VI
<l’oii elle s’est retirée, après leur destruction par les protestants.
Les dîmes étaient payées volontiers par les cultivateurs ; il en fut ainsi pendant lonteinps encore, comme le constatait en 1700, l’illustre maréchal Vauban. Les dîmes et redevances des cures et autres bénélices étaient souvent atïermées à des jiaysans de la localité, car ce genre de spéculation était interdit aux seigneurs. C’est ainsi (pie se formait dans les campagnes une classe moyenne riche, (pii, au bout d’une ou deux générations, pénétrait dans la bourgeoisie. Les immunités linancières, dont le clergé jouissait, étaient largement justitiées par les services d’assistance, d’instruction publi(jue d’hospitalité, qu’il remplissait gratuitement. Il supportait d’ailleurs généralement, sans aucun privilège, les charges municipales et locales. Il supportait aussi, sans aucune exemption, les gabelles, la traite foraine et tous les impôts généraux de consommation. Comme impôts directs, il payait sur toutes ses nouvelles acquisitions immobilières, le droit d'amortissement, à titre de compensation pour le trésor royal des droits éventuels de mutation et de confiscation, auxquelles étaient soumises les tcnures féodales. Le montant en était considérable : sous Charles VI il était du quart de la valeur des biens acquis ! Mais ce droit était purement fiscal et ne supposait nullement une autorisation préalabledu pouvoir pour l’acquisition des biens de l'Eglise. C’est sous Louis XIV, en Kibl, que Colbert introduisit ce principe funeste.
En outre, le clergé accordait régulièrement au roi, de-' puis Erani^ois I”’’, un ou plusieurs décimes sur ses revenus. Sous une autre forme c’était l’équivalent de la taille.
Enfin chaque abbaye nourrissait un certain nombre de soldats invalides ou leur payait des jiensions. La commande, qui depuis les papes d’Avignon avait pris un grand dévelop- |)ement, servait au roi à récompenser une foule de services publics, notamment scs services diplomatiques. Les évêques et les abbés, envoyés en ambassade, ne recevaient généralement pas d’appointements ni de frais de représentation.
Eut-il un peu plus ménagé en temps ordinaire, ce ne fut (pie justice ; car le clergé, dans les temps de crise, subvenait largement aux besoins extraordinaires du jiays. Pendant la guerre de Cent ans, il avait donné des subsides considérables
LA CRISE DU XVI* SIÈCLE
à Charles VIL En lo"23 il avait contribué pour un fort contingenta larau(;on de François I«''. Cbiand survinrent les guerres de religion, il lit des sacrifices sans compter et vendit, avec l’autorisation du pape, des portions considérables do ses biens, le quart dans certains diocèses, pour soutenir l’autorité royale. Un de ses adversaires, Froumenteau, évaluait le chiffre total de ses contributions, dans les trente-six ans écoulés depuis l’avènement d'Henri II jusqu’en 1580, a deux cents millions de livres tournois, soit 628 millions de francs, v^aleur intrinsèque : somme énorme pour l’epoque et qui aujourd’hui ferait près de deux milliards. Encore dans ce chiffre ne sont pas compris les subsides et les aliénations considérables de biens ecclésiastiques qui eurent lieu de 1581 à 1598 ; non plus que les rançons et contributions de toute sorte que le clergé paya dans les villes et les sénéchaussées.
Cbioique fort important encore, le patrimoine de l’Eglise de France était bien loin d’être aussi considérable qu’il l’avait été jadis. Il éprouva, à trois époques différentes, d’énormes réductions.
Au XI® et au xii® siècle les évêques et les abbés, pour échapper à l’oppression des seigneurs voisins et de leurs acoiiés, avaient dû concéder en fiefs une grande partie du patrimoine de leurs f^glises. Or, les fiefs, quand le service militaire féodal fut tombé en désuétude, ne rendaient plus rien que des cérémonies honorifiques à leur suzerain ; comme, (l’autre part, au xv® siècle la possession des fiefs avait été pratiquement presque complètement assimilée;! la propriété allodiale, toute cette partie du patrimoine de l’Eglise lui avait échappé en f;iit.
Pendant la guerre de Cent ans, l’Eglise perdit encore lamoitié de ses revenus, {lar suite des dévastations des grandes compagnies, des subsides qu’elle donna au roi, et surtout par le fait de la diminuation des unités monétaires, qui fit tomber la livre tournois de 20 fr. 26 cent, sous saint Louis, à 5 fr. 17 cent, sous Louis Xll. Cette baisse énorme réduisit d’autant les rentes constituées ou foncières en argent, qui formaient une grande part de ses revenus. M. d’Arbois de Jubainville a démontré que l’évêché de Troyes rendait la moitié moins au commencement du seizième siècle qu’en 1467. Il en était de même à Ueims, à Chartres, etc.
Enfin, dans la crise du seizième siècle, les altérations mo-