‹ Les grandes époques de l'histoire économique [microform]Chapitre 128 sur 161 · L.\ CUISE DU XVI“ SIÈCLE · texte numérisé non relu

L.\ CUISE DU XVI“ SIÈCLE

vagabondage étaient interdits, et chaque ville était autorisée à fermer ses portes aux pauvres étrangers.

Tandis qu’en Allemagne et en Angleterre ces lois étaient appliquées, avec une rigueur impitoyable, et qu’llenri A III a lui seul faisait pendre soixante-douze mille mendiants, dans les pays catholiques, les lois n’autorisèrent jamais la peine de mort contre eux, et même les ordonnances les plus comminatoires furent toujours appliquées avec une grande modération.

La Sorbonne avait été consultée, en 1531, sur la légitimité du règlement des pauvres d’A près. Elle l’avait approuvé, à titre d’expédient temporaire, mais en entourant cette approbation de tant de restrictions, qu’on voit, par sa consultation même, combien de pareilles mesures répugnaient à la fois au sentiment catholique et au génie national. Elle s’élevait expressément contre la disposition qui autorisait les villes à repousser absolument les mendiants de la campagne. En Espagne, le grand théologien \asquez disait, a la lin du siècle, que foutes ces mesures étaient inspirées plutôt par la haine des pauvres, que par une saine économie politique, et il constatait, à l’honneur de sou pays, que les édits de Philippe Il étaient absolument restés lettre morte.

En France, il en fut à peu près de même. L’assistance paroissiale ne fut jamais organisée régulièrement dans les campagnes. Tout se borna à l’établissement, à Paris et dans un certain nombre de villes, de bureaux des pauvres et d’ateliers de travaux publics. Encore, la plupart n’eurent-ils qu’une existence éphémère. Uuant aux taxes des pauvres, elles ne furent guère levées que dans des circonstances exceptionnelles, quand on se trouvait en présence d’une calamité subite. Le clergé y contribuait sans se prévaloir de ses privilèges.

L’insistance avec laquelle les légistes réclament, pendant tout le seizième siècle et encore aux Etats généraux de 1614, rétablissementd’un système général d’assistance publique, ne fut sans doute qu’une manœuvre pour pousser à la conliscation,par l’Etat, des biens de l’Eglise et des confréries. Les légistes gallicans et à demi-jirotestants de ces temps, n’ont que trop souvent préparé les armes législatives dont la Révolution devait faire un si désastreux usage.

Les édits de Philippe II, en Espagne, avaient soulevé les vives protestations de l’illustre dominicain de Soto, l’ane des

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lumières du concile de Trente. Dans sa Deliberatio de causa pauperuut (Salamanque 1543j, il signalait le caractère socialiste d’une taxedes pauvres, si elle était considérable, et son inefficacité absolue, si elle était faible. Elle devait être non moins funeste aux travailleurs.

En ellet, le corrélatif du dvoit au secoui's reconnu au prolétaire, c’est l’obligation légale pour lui de travailler aux condiDons et au prix fixés par les autorités. La législation du seizième et du dix-septième siècle entra dans cette voie avec une rigueur inconnue au moyen âge, et fut très dure jiour les travailleurs des villes et des campagnes, surtout dans les pays protestants.

En Angleterre, on a vu l’espece de servitude légale qui leur fut imposée parla législation d’Elisabeth. En Ecosse, en 1606, les mineurs, qu au moyen âge on comblait de privilèges, furent attachés héréditairement et perpétuellement à la mine comme de vrais serfs.

En Allemagne, les lois de l’empire, poursuivirent sans meici le compagnonnage, et sanctionnèrent durement l’autorité^ des maîtres des corporations sur leur ouvriers. Les confréries religieuses, qui protégeaient ces dernières, avaient disparu j)artout où le protestantisme avait pris pied, pour faire place à des .sortes de sociétés de secours mutuels, placées sous l’autorité des maîtres et surtout de la police municipale.

Les lameuses Lois d’ Etablissement qui, en Allemagne, empêchaient tout homme du peuple de quitter sa paroisse d’origine et de se fixer ailleurs sans la permi.ssion des autorités locales, furent la conséquence logique du droit au secours et de l’organisation administrative de l’assistance communale. On alla même, dès le commencement du seizième siècle, jusqu’à interdire le mariage aux compagnons et aux pauvres gens des campagnes, s’ils ne justifiaient pas d’une permission des autorités civiles !

Les théologiens catholiques du seizième siècle, Soto, Vasquez. Tanner, proclamaient tous comme un droit naturel la liberté jmur chaque homme de vivre et de s’établir là où il lui convient. Ces lois odieuses n’eu sont pas moins restées en vigueur, en Autriche, jusqu’en 1859, en Bavière, jusqu’en 1868, dans certaines parties de l’Allemagne du Nord, jusqu en 1870. Et c est a ce régime que certains conservateurs

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allemands, même catholiques, rêvent aujom-d’hui de revenir.

En France, on trouve, dans certains actes législatifs, des prescriptions administratives qui ont une analogie lointaine avec les lois d’Etahlissement. Mais ils n’entrèrent ni dans les mœurs, ni dans la législation générale. Olivier de Serres, dans son Théâtre d' agriculture (1600), constatait la facilité avec laquelle les ou-vriers rompaient leurs engagements, sans qu’il y eut d’autres moyens pour les maîtres de les retenir, que de bons traitements et de gros salaires.

C’est ainsi que, malgré l’intluence des théories répandues chez les légistes de toute l’Europe, le vigoureux tempérament catholique de la France maintenait les principes de la liberté civile et de l’égalité juridique, ce qui permettait aux classes inférieures de continuer leur mouvement ascensionnel, et d’arriver, sur bien des points, à la possession du sol, tandis que l’inlluence funeste des lois allemandes et protestantes, oppressives du peuple, s’étendait en Danemark, dans les provinces baltiques et même jusqu’en Pologne et en Russie, où les paysans furent, à la fin du siècle, réduits en servage contrairement aux principes de l’ancienne égalité slave.

La ruine de l’industrie, après les guerres de religion, amena les princes à s’occuper de relever les forces économiques de leurs peuples. Le développement de la production de la soie, la création d’un conseil du commerce, là protection douanière accordée à un petit nombre d’industries bien choisies pour les introduire dans le pays, restent parmi les meilleurs titres de gloire de Henri IV'.

Malheureusement, à cette époque, l’esprit réglementaire avait pris dans toute l’Europe un crédit fâcheux. Machiavel avait développé l’idée que l’activité économique des particuliers doit être sacrifiée au bien général de l’Etat. De là, l’établissement systématique du régime corporatif, au détriment de la liberté de l’industrie.

En France, sur beaucoup de points, la lilierté conserva ses droits, et le maintien des confréries surtout, empêcha les abus du monopole d’aller trop loin. Mais, dans les pays protestants, la corporation sans la confrérie dex'miww redoutable

instrument d’oppression. En Allemagne notamment où ce régime a duré jus(pi'au dix-neuvième siècle, les villes détruisirent systématiquement les métiers des campagnes dans un but égoïste. Ce fut la moiT de l’industrie nationale, si prospère au quinzième siècle, alors que les corporations n’étaient

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