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CHAPITRE V

pagne jusqu’à l’exlrémité de rAUemagne. A la même époque, les membres do la famille de Gordon se succédaient presque sans interruption sur le siège de Caliors. Quant aux barons eux-mêmes, deux d'entre eux Jouirent successivement de la charge de prévôt ducha[dtre, et un acte curieux cité par M. Limayrac constate comment le baron dut s’engager à observer la continence pendant l’exercice de sa charge. A la lin du xii« siècle, les Eglises de France, plus heureuses (jue celles d'Allemagne, virent disparaître ces charges d’avoués et de défeusrurs, (pii avaient si gravement compromis leur indépeiutance.

Plus tard les rôles furent tellement renversés que les évêques de Cahors, devenus comtes de leur ville épiscopale, prétendirent soumettre la baronnie à leur suzeraineté. Mais le plein affranchissement de l’Eglise n’en fut pas moins le gage du développement des libertés civiles parmi les populations placées dans le cadre des relations féodales de la baronnie.

3® Vers 12.30, un des barons de Castelnau établit, à côté de l’ancienne ville romaine, une ville franche, un caslellum noviirn, qui s’appelle de son nom Castelnau de Montratier, et où les habitants sont attirés à la fois, par la protection matérielle dont ils jouissent, et par la large reconnaissance de leurs libertés civiles. Quiconque s’y établit est, de plein droit, considéré désormais comme un homme libre. La Iondation des villes neuves est une des formes les plus répandues du mouvement communal. Dans la Guyenne et le Languedoc, on en trouve d’autant plus d’exemples que ce mouvement a été exclusivement pacifique et s’est produit par un commun acjord entre les seigneurs et le peuple, sous la médiation de l’Eglise.

On ne doit pas l'oublier, les grandes ligues populaires pour la i»aix, d’oii (‘sl sorti le mouvement communal, ont pris naissance dans cette région, dans les diocèses de Limoges, de Aarbonne et de Lodève, en 990 et 994 (1). C'est dans l’Aquitaine que se produisit encore, en 1182,1a grande manifestation populaire qui aboutit à la formation des con-

(1) V. Semichon, la Paix et la Trêve de Dieu, p. 7 et .suiv. Cpr. l’article de M. de Castelnau dans la Réforme sociale dn le*' août 1881, qui montre combien au xie siècle le mouvement pour la paix fut profond dans le Itouergue.

UNE BAROXNIE ET UNE MUNICIPALITÉ DU QUEliCY

fréries de (1 ). Son influence s’est étendue cer-

tainement sur le Quercy comme sur le Rouergue. Encore au XIII® siècle, nous voyons le seigneur de Sainte-Eulalie d'Ot percevoir sur tous les chefs de maison tenant feu, avec la qiieste, sorte de cote personnelle recognitive de sa seigneurie, un autre impôt appelé le commun de la paix 12), et qui n’est autre (jiie la cotisation acceptée jadis volontairement par les populations après avoir juré la paix.

Les habitants de Castelnau de Montratier jouirent certainement, dès la fondation de la ville franche, de libertésfort étendues et d'un self fjovernment municipal; caria charte de 1291, qui les règle contradictoirement avec le seigneur et dont nous donnerons l’analyse, ne prétend nullement inaugurer un régime nouveau créé de toutes pièces; elle réglemente un état de choses ancien et détermine des droits indiscutables et immémoriaux. Il importait de constater que la constitution territoriale de la baronnie et l’action de l’Eglise dans le mouvement pour la paix ont précédé de plusieurs générations l’épanouissement de la vie municipale proprement dite.

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