II. — LA FORMATION HISTORIQUE
Le Haut-Quercy, aussi bien que le Rouergue (3), est formé par les contre-forts méridionaux du massif central de ia France. La civilisation gallo- romaine s’était puissamment léveloppée dans toute cette région, dont l’Arvernie était le
(1) Le nom éc commune doit être l’éservé aux villes, qui avaient obtenu la seigneurie sur elles-mêmes, caractérisée par 1 exercice de la haute justice, et qid relevaient directement du roi on étaient indépendantes. En Italie et dans le midi de la trance, les villes dans cette situation prenaient le litre de Rcspublica. Il est en réalité l’équivalent de celui de commune employé surtout dans le Nord. Ce n’était pas le cas de Castelnau de Montratier qui avait un seigneur.
(2) Etude sur le moyen âge. Histoire d’une commune et d'une baronnie du Quercy, par Léopold Lim.xyrac. i fort vol. in-8'^ avec planches et plans. Cahors. L. Girma, 1885.
(3) Une châtellenie du Rouergue au XIIH siècle, par le M* deCurières de Castelnau, in-12. Toulouse, 18T9. ^ . dans la sociale du 1er août 1881 et du 1er août 1882, deux études du même auteur.
20 i CHAPITRE V
centre. De nombreuses ruines, un système complet de;;rœsidia ou postes fortifiés, de larf'es voies pavées se coupant les unes les autres et qui ont servi aux communications jusqu’au xvm'' siècle, en conservent la trace et nous expliquent commentées populations se relevèrent de bonne heure après les invasions des barbares. Elle conservèrent toujours le droit romain, le droit écrit, comme on l’appelait au moyen âge, à titre de droit commun, et avec lui la liberté personnelle, ce statut d'homme libre (jui était acquis 'même au colon attaché héréditairement au sol. Le Cartulairc de Jirioude, publié par M.Doniol, l’atteste pour l’Auvergne proprement dite : mais les mêmes causes ont produit les mêmes effets dans la région dont nous nous occupons. Si haut ({ue remontent les documents analysés par M. Liinayrac, on n’y rencontre aucune trace du servage personnel proprement dit (1). A peine trouve-t-on, dans les coutumes de Castelnau de 1291, une redevance en cas de mariage des jeunes filles de la ville et de la baronnie (art. 2bj, qui n’a absolument rien de commun avec le prétendu droit du seiffueur, mais doit se rattacher à l’ancienne obligation de résidence qu’avaient les tenanciers (v. iu/’ra, |V). Le souvenir, déjà au moyen âge, s'cii perdait dans la nuit des temps. Il faut en effet soigneusement distinguer, comme le fait M. Liinayrac après Littré, trois grandes périodes dans les siècles qui nous séparent de la ebute de l’Empire romain. La première, qui va de 1 invasion des Barbares à l’avènement des Capétiens, ou mieux au mouvement pour la paix de Dieu et à laquelle s’applique l’expression d’âge de la féodalité, est un temps d anarchie et de violences, mais aussi de groupement, de coagulation des éléments sociaux. La deuxième, qui lui succède et va jusqu au xvi® siècle, est une époque agitée sans doute, mais ordonnée cependant, et où règne à tous les degrés une grande somme de liberté, sous la forme de
(1) Nous ne prétendons mdlemenf que le servage personnel n’ait pas existé dans le midi de la France pendant les jiremiers siècles du moyen. Age. On en trouve un certain nombre d’e.xemples, et il était imi)ossible «pi’il en fût aulrcmcnl, car les prisonniers de guerre •pii ne pouvaient se racbeler. furent réituils en servitude jusqu’au triomphe délinitif de l’institulion de la Paix de Dieu. Mais ce (jne nous soutenons, c’est (jue la masse «les populations rurales ne fut pas soumise, comme dans le Nord, au servage personnel.
droits spéciaux ou privilèges acquis à chaque classe, à chaque localité ; c’est à elle que doit s’appliquer le nom du moyen âge. Enfin la troisième période, qui comprend le XVII® et le xviii® siècle, constitue Vancien régime proprement dit.
Trois faits, ou plutiH trois séries de faits, considérables par leurs conséquences sur la formation des institutions, marquent le début de la deuxième période pour le pays que nous étudions.
1® Au commencement du x® siècle, un vaillant guerrier, üdolric Gordon de Castelnau, s’allie à l’évêque de Cahors pour purger le pays des bandes pillardes, qui le ravageaient. 11 fonde la première dynastie des seigneurs de Castelnau et constitue le territoire de la baronnie. Au milieu des récits un peu légendaires de cet évènement, nous voyons Gordon obtenir, par un procédé quelconque, l’inféodation d'une partie considérable des dîmes des paroisses de la baronnie. L’Eglise devait, au siècle suivant, dans divers conciles provinciaux et notamment dans un concile tenu à Toulouse, amnistier partiellement ces usurpations très fréquentes dans ces temps (Ij, sauf à faire appel à la conscience des héritiers des spoliateurs pour les réparer dans la mesure du possible.
2® Il était d’autres usurpations que l’Eglise ne pouvait pas tolérer. Les seigneurs de Castelnau, au x® et au xi® siècle, étaient les avoués, les défenseurs du siège épiscopal de Cahors et de l’abbaye de Moissac, qui renfermait de si.x à sept cents religieux. Cette charge était fort lucrative ; car, outre maintes redevances, elle leur donnait le droit de conduire â la guerre les nombreux vassaux de l’Eglise et de 1 abbaye. Ils cherchèrent â transformer en un véritable domaine leur droit à'avouerie. Au début du xi® siècle, les Gordon de Castelnau se qualifiaient d’abbés de Moissac et se transmettaient l’abbaye de l’un à l’autre comme une seigneurie. En 1009 ils s’en désistèrent en faveur de l’abbé de Ciuny, qui prit le monastère sous son gouvernement. Cluny fut, d ailleurs, à ce moment le foyer d’une grande réforme monastique, qui rendit possible le pontificat de Grégoire VIL On retrouve sou action bienfaisante depuis l’Es-
(1) ^ . Raizinger, Geschichte der Kirchlichen Armenpfieqe (Ireiburg, 1884, 2® édit.) p. 246-247.