‹ Les grandes époques de l'histoire économique [microform]Chapitre 57 sur 161 · CHAPITRE V · texte numérisé non relu

CHAPITRE V

devait seulement l’hommage et le service militaire au souverain, qui fut d'abord le comte de Toulouse, puis le roi de France. Les barons avaient la plénitude des droits de justice et, dans la jouissance de leur baronnie comme dans sa disposition, n’étaient soumis à aucune des nombreuses limitations et résolutions éventuelles de leur droit, qui caractérisaient la possession des fiefs.

La baronnie, indépendamment du domaine propre du baron dont la ville de Castelnau faisait partie, comprenait quatre-vingts fiefs, qui relevaient du baron comme de leur suzerain, et lui devaient la foi et Fbommage, ainsi que le service d’ost.

Le baron jouissait do certaines redevances directes ou indirectes, péages, tailles, aides aux quatre cas qu’il pouvait lever sur ses sujets, nobles ou non nobles. Mais il ne pouvait établir aucune imposition nouvelle. 11 lui eût fallu pour cela le consentement de ses sujets. On peut à la rigueur trouver l’exemple d’un consentement de ce genre dans le subside extraordinaire qu’en 1343, en vertu de l’arbitrage du cardinal du Pouget, la ville de Castelnau dut payer au baron. Mais, à mesure qu’on avança dans les temps, ces faits ne se renouvelèrent plus. La royauté, qui avait été primitivement soumise aux mêmes limitations, fut seule à pouvoir exiger des impôts au nom des besoins publics qu’elle satisfaisait, tandis que les services publics rendus par les barons allaient toujours en jjcrdant de leur importance M).

La première dynastie des barons de Castelnau, qui dura du x« à la fin du xiv^ siècle, était la tige d’une parenté très nombreuse, qui non seulement possédait nombre de fiefs dépendant de la baronnie, mais occupait encore maintes seigneuries dans les Etats du duc d’Aquitaine et du comte de Toulouse. M. Limayrac énumère jusqu’à vingt-six des plus anciennes familles de la noblesse du Midi qui étaient alliées aux Gordon de Castelnau.

Plus tard, au xiii« siècle, apparaît une autre couche de

(1) V. p. 182 le récit d’une députation des communes de Oaercy auprès de Philippe le fiel pour protester contre les taxes qu’il leur avait imposées. Des députés de Castelnau assistaient aux Etats généraux de 13ü8.

UNE BARONNIE ET UNE MUNICIPALITE DU pUERCV

noblesse, si l’on peut ainsi parler : ce sont les hommes d’armes, à (jui les barons ont concédé des fiefs, tels que ces saielliles, hommes de l’église de Cabors, que mentionne la charte de 1103 déjà citée. Cette expression rappelle tout à fait les minisleriales des églises épiscopales d’Allemagne et d’Italie, qui à l’époque dçs croisades comblèrent les vides faits par ces héroïques expéditions dans les rangs de la première noblesse. Nous verrons plus bas VU) le rôle très important qu’elle remplit dans la vio municipale de Castelnau et l’on peut dire de toute la région.

Quelques feudataires des barons étaient assujettis à des services symboliques, qui nous paraissent bizarres, mais qui avaient évidemment un sens aux yeux des contemporains. M. Limayrac le fait remar([uer avec grande raison ces services, ces cérémonies étaient parfaitement acceptés à tous les degrés derécbclle sociale. Si un chevalier tenait, une jambe nue, la bride du cheval de son suzerain le jour de son entrée solennelle à Castelnau, sans être le moins du monde déshonoré, dans d'autres pays des tenanciers rustiques pouvaient, sans humiliation, être obligés à certains jours, par des raisons de symbolisme du même genre, de battre les fossés du château pour faire taire les grenouilles (1).

A la fin du xiV’ siècle, la dernière héritière des Gordon de Castelnau porta la baronnie dans la maison de lîoiiuefeuil, qui la garda [lendant deux siècles. A partir de 1301 nous voyons les memlircs de celte famille réglcrsouverainement par leur testament 'a dévolution de la baronnie de mâle en mâle, et un demi-siècle après instituer de véritables substitutions fidéicommissaires. Ces actes fixent ainsi l’époque à laquelle a commencé la pratique des sulistitutions dansle

(1) En principe les vassaux nobles ne doivent que l’hommage, •le service militaire et le service <le cour ; toute redevance en argent est la caraclcrisli(]ue de la lenure non noble. M. L. Limayrac cite, des concessions <le ficf au xiii« siècle, moyennani à la fois l’hommage et les redevances en nature. N’ayanI jtas le texte de ces actes sous les yeux, nous ne pouvons nous [U’ononcer d’une manière absolue sur leur véritable siguilication . ^Maisnous ne serions pas étonné que la règle générale formulée par les feudistes n’ait en Quercy, comme sur bien d’autres points, rencontré, des exceptions dans la pratique. (V. t.cmayrac, loc. cil., p. 11]).

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