CHAPITRE VI
du sel, des fruits secs, des laines. En fait de produits fabriqués, on ne relève guère que de la papeterie, des toiles et des fers communs. Par contre, on importait, ()our une somme si considérable, des étoffes de soie, des draps tins, des draps d’or et d’argent, que les Etats généraux se plaignaient à bon droit de l’appauvrissement du pays causé par ce luxe excessif. De Louis XI à Henri I\’, nos rois s’elforcèrent, par une intelligente protection douanière, d’imj)ortcr dans le pays ces industries auxquelles le génie national était si bien préparé.
Le régime ])rotectionniste n’est pas l’idéal auquel doivent tendre des peuples riches et industrieux ; il ne peut pas s’ap- }>liquer, d’une manière générale et piTinanente, à toutes les productions, [/exagération de ce système ferait perdre les bénélices de la variété des aptitudes et des productions qui existent parmi les diverses régions du globe.
La question se posait déjà au seizième siècle, avec cette dilférence que l’on s’clTrayait alors des grands excédents d’exportations. Dodin répondait à cette préoccupation en démontrant que les exportations provoquaient, par la force des choses, un contre-courant d’importations. Se plaçant à un point de vue plus élevé, il disait : « Dieu, par sa prudence « admirable, a tellement déjiarti scs grâces, qu’il n’y a pays « au monde si plantureux, qu’il n’aye faute de beaucoup de « choses. Ce (pie Dieu semble avoir fait pour entretenir tous « les sujets de sa république en amitié ou, |)0ur le moins « empescher ipi’ils ne se fassent longtemps la guerre, ayant « toujours alfaire les uns des autres. »
Ne croirait-on pas entendre déj.à la grande voix de Joseph de Maistre, montrant la réalisation d’un plan mystérieux de la Providence dans cet entremêlement des peuples par le commerce, qui parfois sacrifie tant d’intérêts acquis...
Il n’en esti»as moins vrai que les forces industrielles n’étant pas égales à toutes les époipies et dans tous les pays, une protection temporaii-e et limitée judicieusement à certaines branches du travail, est le meilleur moyen de les développer. C’est ce qu’ont reconnu tous les économistes qui ne sont pas aveuglés j)ar l’idéologie. 11 faut aussi reconnaitre que, quand une nation est en décadence, comme c’est le cas de l’Europe occidentale en ce moment, une certaine protection a sa raison d’ètrc : elle empi’cbe l’émigration des bras et des capitaux, et elle retient les forces productrices sur le territoire national, modéi’ant ainsi, dans la mesun; du possible, les cou-
la CRISE DE XVI SIÈCLE
séquences redoutables des grands changements dans la répartition des populations et des industries qu’entrainent le développement des nouveaux continents et la diminution i-apide des frais et des obstacles résultant des distances. Telles sont, sur cette grave et brûlante question, les données que la science dégage de l’observation (les faits historiques.
Les fabriques de soie de Tours et de Lyon, l’industrie des futailles et des savons, durent leur naissance aux judicieuses mesures de Louis XI et (le François P*’. Malheureusement des droits élevés perçus sur les exportations nous lirent perdre des débouchés considérables. Puis les autres |)euplcs réjiondirent par des représailles aux mesures protectrices.
Les nombreux traités de commerce conclus depuis Charles VU ne faisaient guère qu’assurer la liberté réciproque de commercer, ils ne comportaient pas habituellement de tarifs conventionnels. D’ailleurs, dit Dodin, ils étaient généralement mal observés ^lar les étrangers. Henri h' eût une vue très nette des avantages de la liberté commerciale, et dans les traités qu’il conclut, il mit lin aux luttes de tarifs douaniers et aux représailles par de justes conditionsde réciprocité ; tant il est vrai (pi’un peuple ne peut conclure avec avantage des traités de commerce, qu’autant qu’il a une forte position internationale et (pi’il jouità l’intérieur d’un sage régime politique.
C’est grâce à celte double force, que nos i'ois parvinrent à créer les foires de Lyon, malgré la concurrence de celles de Francfort et de (îenève, qui avaient pris la place des foires de Champagne. Ils réussirent ainsi à ramener sur notre ler^' ritoire un des grands enlrep(jtsdu commerce du monde. La liberté économique la plus com[dète régnait dans les foires, et c’est à Lyon que l’on voit naître, au seizième siècle, les institutions linancières propres aux temps modernes.
Les libres mouvements du grand commerce à l’intérieur furent assurés à la fois par l’abolition des privilèges corporatifs et par la guerre que les rois firent sans relâche aux péages abusifs et aux monopoles locaux. Les routes de terre étant encore peu sûres, la Loire était la grande artère commerciale. La réduction et l’établissement d’un tarif uniforme de transit du 9,6 0/0 ad valorem eurent, pour résultat, de tripler le tonnage du fleuve en un siècle.
A coté de ces mesures si intelligentes, la force de résistance des anciennes iilées s'accust* par les nombreuses lixa-