dé pétfonnf
isolait les intérêts avec une si habile tactique et pratiquait si bien son art de séduire et de corrompre.
C’est qu’il était retenu dans ses États par la révolte des Liégeois dont la diversion nous fut plus d’une fois utile; mais quand il apprit le traité d’Ancenis, il renoua des négociations avec tous ses? alliés de la ligue du Bien public , se mit de nouveau en campagne et marcha contre Dammartin qui campait avec une armée bien équipée sur la frontière bourguignonne (1468).
Une bataille semblait inévitable, mais Louis, se souvenant de Montlhéry, ne voulut pas remettre sa cause au sort des armes; il aima mieux aller trouver lui-même son ennemi à Péronne, afin de le circonvenir par l’habileté de sa parole et de le désarmer par dé fausses assurances d’amitié. Mais, au milieu des con-
férences où il employait toutes les ressources de son éloquence insinuante, on apprit tout à coup que les Liégeois *, pratiqués par des émissaires du roi de France, s’étaient de nouveau soulevés, avaient arboré les fleurs de lis, chassé leur évêque et massacré les chanoines. La colère de Charles fut inexprimable, et Louis XI se crut perdu. Le renard, qui s’était ainsi jeté sous les griffes du lion, sut cependant s’en tirer à force d’adresse et avec l’aide de Commynes. Commynes, en sa qualité de chambellan, couchait dans la chambre du duc. Il l’avait vu toute la nuit, cédant à sa fureur, marcher k grands pas dans sa chambre et l’avait entendu proférer des menaces. Il fit aussitôt passer au roi l’avis de se soumettre à toutes les conditions qu’allait exiger de lui son terrible vassal. Louis XI, très-capable d’écouter un bon conseil, était donc bien averti quand Charles le Téméraire se présenta devant lui dans la tour du château de Péronne. Le duc tremblait de colère en dictant ses conditions. 11 voulait que Charles, frère du roi, dépouillé de la Normandie, reçût en apanage la Champagne et la Brie, voisines de la Bourgogne;. — que lui-même fût pendant sa vie dégagé de tout devoir de vassalité et autorisé k faire alliance avec les seigneurs et les princes étrangers ; — que Louis XI, enfin, marchât k la suite de l’armée de Bourgogne contre les Liégeois qu’il avait soulevés. Le roi, d’un air doux et sans effort, répondit oui k tout et fit si bien qu’en
* Liège, sur la Meuse, aujourd'hui ville du royaume de Bel gique, était alors gouvernée par uu évêque, allié et protégé du doc de Bourgogne.
no instant son brusque adversaire passa du courroux à la joie et presque à la confiance, tant le roi avait reçu en partage le don de mantet les esprits.
Après que Louis XI, obligé d’exécuter sur l’heure la condition qui lui avait été impt^jée de marcher contre . Liège, eut vu froidement livrer à toutes les horreurs de la guerre cette malheureuse ville, son alliée, dont les défenseurs criaient : Vive France! il put enfin rentrer dans son royaume, assez honteux de sa mésaventure. Mais, comme il n’entendait pas raillerie, il fit prendre toutes les pies auxquelles les Parisiens avaient appris le nom de Pérotine , et enfermer dans une cage de fer le cardinal la Balue qui lui avait donné ce funeste conseil d’aller trouver Charles le Téméraire.
Il avait fort à faire pour éluder les clauses du traité de Péronne, bien plus onéreuses que celles stipulées a Conflans et h Saint-Maur; mais il s’embarrassait peu d’avoir donné sa foi, et sa mésaventure n’avait fait que le rendre plus avisé et plus habile.
Le premier point, e’était de ne pas se dessaisir de la Champagne, trop voisine de la Bourgogne. Louis XI représenta affectueusement à son jeune frère qu’il était l’héritier d’un malade qui ne devait pas le faire longtemps attendre, et qu’il travaillait contre lui-même en démembrant le royaume. Il fit si bien qu’il le persuada et lui fit accepter la Guyenne en échange de la Champagne. Après ce coup de partie, il désarma les d’Armagnac et contint le duc de Bretagne qui recommençait à remuer.
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P d<e*dV- Mais Charles de Gu§enne (e’est ainsi qu’il a été dé* mèMes s jg n é depuis), ayant, par la naissance d’un dau- . »«o. phin (1470), perdu toute espérance d’arriver au trône, éeprit ses intrigues avec le ducde Bourgogne. Celui-mi, qui n’attendait que l’occasion de se venger de l’inexé- „ cution du traité de Péronne, s’empressa de répondre à l’invitation du frère du roi, entraîna dans une nouvelle ligne les ducs de Bretagne et d’Alençon, le comte de Poix, le connétable de Saint-Pol, et négocia avec l'Angleterre et l’Aragon. La ligue ne se proposa rien moins que de substituer Charles de Guyenne à Louis XI et de démembrer le royaume de France. « J’aime tantie bien du royaume, disait par raillerie Charles le Téméraire, qu’au lieu d’un roi, j’ett voudrais six. » Louis se remit à négocier sans relâche pour gagner du temps, renforcer ses troupes et intéresser à sa cause les populations. Néanmoins la partie était difficile à gagner, à moins que Charles de Guyenne, malade depuis huit mois delà fièvre quarté, ne vînt à mourir Mort do Charles de Guyenne mourut juste à paint (1472). Moyenne ° Les conjurés accusèrentle roi de fratricide, mais il ne ire^du rot p ara j t p as q ue xi ait été coupable de ce crime.
Son frère, loin de Pen soupçonner, le nomma son héri- * tier le jour même de sa mort et lui demanda pardon des ennuis qu’il lui avait causés. \ w ... ; , ciuBfio»- io La coalition était déconcertée; Louis XI échappait
encore une fois aux mains de ses ennemis. Charles le Téméraire, ne se possédant plus, se mit seul en campagne; il se ma sur la Picardie et saccagea la ville de ISPêsle. C’est là que poussant son cheval dans l’église inondée de sang, il laissa échapper cette parole sauvage : « Par saint Georges, voilà une belle boucherie; j&i de bons bouchers ! » Cette cruauté, qui était un Crime contre les lois mêmes de la guerre, fut de plus tfne faute : elle encouragea les villes à se défendre à outrance.
Aussi Beauvais ferma ses portes, et, bien que sans garnison, sans défenses suffisantes, résolut de tenir contre son redoutable adversaire. Sa résistance, qui est une de nos gloires populaires, lui fait assez d’honneur pour être racontée. Charles, croyant emporter la place en un coup de main, dédaigna de faire des travaux d’approche et marcha droit à l’escalade ; mais les soldats, accablés à petite portée d’une grêle de (lèches, se virent, quand ils approchèrent du rempart, arrêtés par les pavés, l’huile bouillante et, le plomb fondu qu’on leur jetait des murailles où la population tout entière s’était portée. Les enfants eux-mêmes et les femmes, qui savaient par l’exemple de Nesle qu’il y allait de leur vie, se pressaient aux créneaux, apportaient des armes, des traits, des pierres, et prenaient part au combat. Une jeune fille, Jeanne Fourquet, dite Hachette, se distingua entre toutes et s’illustra par son héroïsme. Voyant un porte-étendard bourguignon planter sa bannière sur la muraille, elle s’élança seule sur lui, le précipita, dans le fossé et enleva l’enseigne
Téméraife enVicàrd^r, Résistance* de BeauvSU ■* 47 »
Desseins de
(lliavles le Téméraire.
Nouvelle coalition.
qu'on déposa solennellement dans une des églises de la ville. Cet exemple enflamma les courages, et bien qu’une porte eût été brisée à coups de coulevrine en contint les colonnes d’assaut jusqu’au soir. À la tombée de la nuit, quand les bourgeois commençaient à se sentir épuisés par douze heures de combat, les denx compagnies d’ordonnance de la garnison de Noyon, qui avaient fait quinze lieues sans débrider, -entraient dans la ville que Charles le Téméraire avait négligé d’investir. Dès lors Beauvais était sauvé.
En vain, Charles livra assauts sur assauts, consuma vingt-quatre jours et perdit des milliers d’hommes; .41 lui fallut déloger honteusement de nuit. Le roi récompensa la belle défense des habitants de Beauvais par de magnifiques privilèges, dota richement leanne et institua une procession où les femmes, en mémoire de leur courage, devaient avoir le pas sur les hommes.
Charles ne fut pas plus heureux devant Rouen ni devant Dieppe; dégoûté d’une campagne si désastreuse, il signa avec Louis XI la trêve de Senlis (4472).
Mais la guerre entre le roi et le duc devait durer jusqu’à la mort de l’un des deux adversaires, Charles le Téméraire, qui voulait se faire sur le flanc de la France un royaume indépendant, en réunissant la Flandre et la Bourgogne par l’acquisition de l’Alsace et la conquête de la Lorraine, voyait ses plans déjoués par Louis XÏ, dont les émissaires portaient à tous les ennemis de la Bourgogne, à l’empereur d’Allemagne, Frédéric III, aux Lorrains, aux Suisses, des conseils, des exhortations et de l’argent. Il s’était saisi
de la Lorraine et avait promis à l'empereur, en retour du titre de roi, la main de sa fille pour l’archiduc Maximilien. Mais Louis XI l’avait contraint à relâcher le jeune duc de Lorraine, René de Vaudemont, dont il s’était emparé; c’était encore Louis XI qui avait excité l’empereur à refuser ce titre de roi si convoité par son ambitieux vassal ; le matin même du jour où Charles devait recevoir la couronne royale dans la cathédrale de Trêves, Frédéric III s’enfuyait dans une barque en descendant la Moselle. Charles le Téméraire qui se croyait déjà roi de la Gaule belgique demeura duc comme devant. Dans sa fureur, il reprit les armes (1474). il s’était encore allié cette fois avec le duc de Bretagne, les princes d’Anjou, le connétable de Saint- Pol, le roi d’Aragon, le roi d’Angleterre Édouard IV, qui consentit à conduire une expédition en France. Mais Louis fit face de tous les côtés, et triompha par son habileté et par les fautes de son adversaire. Quand Charles parut au camp du roi anglais, en Picardie, il était à peine accompagné. Il avait ruiné son armée en s’opiniâtrant onze mois devant la petite ville de Neuss en Allemagne; si bien que Louis, profitant du mécontentement d’Édouard IV, n’eut pas de peine à le détacher du Bourguignon. Après avoir comblé les seigneurs anglais de présents , de pensions , et prodigué le . vin aux soldats, il obtint au traité de Pecquigny le rétablissement de la paix avec l’Angleterre (1475).
Quant à Charles, qui avait quitté le roi d’Angleterre avec des injures et des imprécations, il dut, malgré
sa furettr, traiter encore avec Louis XI, dont l'ascendant allait toujours croissant.
•châtiment Cette fois les complices de Charles portèrent la peine de leur trahison. Le duc de Bretagne en fut quitte pour signer la trêve de Senlis, mais le comte d’Armagnac fut attaqué dans Lectoure et poignardé ; le sire d'Âlbret fut exécuté; le duc d’Alençon ne dut la vie qu’à son titre de parrain du roi. Le connétable de Saint-Pol reçut enfin le châtiment qu’il avait trop mérité en trahissant à la fois et le duc de Bourgogne et le roi. Le duc soupçonnait ses trames secrètes, mais sans avoir de preuves, et hésitait à l’abandonner au roi. Il y fut déterminé par un de ces artifices où Louis XI était passé maître. Il arriva qu’un jour Louis XI reçut un
. envoyé du connétable, alors qu’il avait à sa cour un
certain seigneur de Contai, fidèle serviteur de Charles le Téméraire. Il avisa de faire cacher ce seigneur de Contai derrière un paravent, puis il donna audience au messager du connétable. Celui-ci, se croyant seul avec le roi contrefit le duc de Bourgogne dans ses fureurs, dans ses gestes et ses jurements. Louis XI, assis sur un escabeau près du paravent, se mit à rire aux éclats, lui dit de répéter, de parler haut parce qu’il commençait à devenir un peu sourd, si bien que Contai entendit tout à l’aise la façon dont le serviteur du connétable traita le duc de Bourgogne. Dès que l’entretien eut pris fin, il fit seller son cheval et alla raconter à son maître la trahison du connétable. Saint-Pol fut perdu du coup. A peine livré aux gens du roi, on lut fit son procès, et bien que très-grand seigneur, mari
de la sœur de la^reinc, revêtu de la première dignité du royaume, il fat déeapité en place de Grève (1475).
Malgré la paix signée, Charles le. Téméraire était ch«rie»i« toujours le plus dangereux des ennemis de Louis XL wunïï Celui-ci ne s'y méprenait pas. Aussi, profitant des cir- perte ' constances, jamais il ne sut mieux être « l’universelle araignée », comme disait une chanson du temps : il enferme Charles le Téméraire entre les Lorrains, les Allemands, les Suisses, » si admirahlement placés pour prendre à revers la moitié des forces du Bourguignon. Il sait,, pour l’avoir déjà rencontrée sur un champ de bataille, ce que peut la redoutable infanterie helvétique, et connaissant la pauvreté des Cantons, il achète leur précieux secours de la modique somme de 20,000 florins. Ses toiles bien ourdies, il attend sa proie. Charles cependant brûlait de se venger “des Suisses, alliés du jeune René, de l’empereur et de Louis XI, de ces Suisses insolents qui avaient décapité un de «es gouverneurs et chassé du VaJai§ son allié, le comte de Romont. Dans son impatience, il entra on campagne au milieu de l’hiver, et avec un tel appareil, que les Suisses effrayés demandèrent la paix : « Vous n’avez rien à gagner contre nous 5 disaient-ils, notre pays est pauvre et stérile, nos prisonniers n’ont pas de quoi payer de riches rançons; il y a. plus d’or et t
•d'argent dans vos, éperons et les brides de vos chevaux que vous n’en trouverez dans toute la Suisse.' » Ils. lui offrirent de renoncer à toute autre alliance que la sienne et de lui fournir un corps d’auxiliaires; Charles resta inflexible.
la guerre Bien que la guerre désastreuse oii s’engage Charles
contre' >e* . .
Suisses, le Téméraire n appartienne pas tout a fait à l’histoire de Louis XI, nous nous y arrêterons un moment, parce qu’il est intéressant de voir comment tomba cette grande maison qui avait été si funeste au royaume, et surtout parce que le triomphe du droit contre la force est un des plus beaux spectacles que nous offre l’histoire. Assistons donc avec Louis XI au grand spectacle qui se prépare : un ennemi redoutable de la France va se perdre, un brave peuple, notre allié, va se sauver.
ButniiieMie Charles envahit la Suisse avec trente mille combat-
CruosoD,
, tants et la plus belle artillerie de l’Europe. H traînait après lui toutes les mapificences de sa cour que lui enviaient les rois de l’Europe, comme pour insulter & la pauvreté de ces pâtres ,qui avaient osé se déclarer 'Contre lui. A son premier pas en, Suisse, il fut arrêté vingt jours par le château de Granson; il l’avait enfin réduit , quand les confédérés arrivèrent pour voir leurs compatriotes pendus aux créneaux ou noyés dans le lac. Le due marcha contre eux avec une téméraire fureur* ne voulant pas laissera ces vilains l’honneur d’attaquer les premiers; il quitta la forte position qu’il occupait entre le lac de Neufcbâtel et les marais, (A recommençant la faute de Poitiers, de Crécy et d’Azincourt, #' forma son ayant-garde, non d’archers, mais d’une élite
d’hommes d’armes qu’il conduisait lui-même avec la grande bannière de Bourgogne. Lorsqu’il fut à cent pas des Suisses, il les vit mettre genou en terre pour se recommander à Dieu; il crut un moment qu’ils demandaient merci, mais il ne tarda point à être détrompé. La masse de l’infanterie suisse se précipita sur les hommes d’armes comme une masse de fer, les entama malgré la courageuse résistance de la noblesse de Bourgogne et de Flandre, et les ramena vers le camp fortifié que Charles avait quitté si imprudemment. Tout à coup on entendit mugir le taureau d’Uri et la vache d’Underwald *. Trois fois le son prolongé retentit dans la montagne; c’était une nouvelle armée qui descendait pour couper la retraite aux Bourguignons ébranlés : dès lors la déroute commença. En vain le duc essaya de rallier les siens : « Les Suisses, comme grêle, se ruent dessus, dit la chronique, dépeçant de çà et de là ces beaux galants ; tant et si bien furent déconfits en val de route ces pauvres Bourguignons que semblaient-ils fumée répandue par le vent de bise. » Le camp bourguignon tomba au pouvoir des montagnards qui, dans leur simplicité, prenaient des vases d’argent pour de l’étain, des plats d’or pour du cuivre, se partageaient à l’aune les draps d’or et de soie, et jetaient avec dédain les pierreries qu’ils prenaient pour des morceaux de verre (1476).
* Louis XI, qui se tenait à Lyon/ sut vite la bonne
* C’étaient deux cornes d’une merveilleuse grandeur qui, selon la tradition des Suisses, avaient jadis été données à leur» pères par Pépia et par Charlemagne,
Attitude ib Louis '1T.
Après
Granson.
Louis Xi U près Moral.
nouvelle, grâce aux postes qu’il avait établies. Mettant à profit les circonstances, il se hâta de rompre l’alliance de René d’Anjou, de la duchesse de Savoie, du duc de Milan avec Charles le Téméraire; mais cette fois il n’alla pas au delà, et quand l’orgueilleux duc sentit qu’il lui fallait fléchir devant le rival qu’il avait * tant de fois offensé, et le fit prier « avec humbles et gracieuses paroles de lui tenir loyalement la trêve, » il répondit très-amiablement. Il n’avait que faire de mettre la main à l’œuvre, Charles saurait bien se perdre tout seul.
En effet ce prince, incapable de prendre conseil, ne l’était pas moins de s’instruire aux leçons de l’expérience, tout au contraire de Louis XI que celles de Montlhéry et de Péronne avaient rendu plus sage. Dès qu’il fut sorti du désordre d’esprit où l’avait jeté le désastre de Granson, il s’empressa de réunir une nouvelle armée et rentra en Suisse : il assiégea Morat et s’y opiniâtra comme il avait fait devant Beauvais et devant Neuss. Il donna ainsi le temps d’arriver aux confédérés et à René de Lorraine ; ce jeune prince qu’il avait dépouillé de son duché semblait une vivante image de la justice persécutée et de la bonne cause. On se prépara à combattre; les forces étaient égales, vingt-quatre mille hommes de l’un et de l’autre côté. Les Suisses, prenant bien leur temps, attendirent que la pluie eût mouillé la poudre et les arcs des Bourguignons et commencèrent l’attaque au moment où Charles faisait sonner la retraite. « Le moment est venu, s’écria Hans de Haiwyl, le chef de l*avant-garde suisse : à
genoux, mes amis, et faisons notre prière! » Sur ces entrefaites, le ciel s’éclaircit et le soleil apparut radieux au-dessus de Berne. « Braves gens, cria Hans, Dieu nousenvoie la clarté de son soleil, allons à eux. Pensez à vos femmes, à vos enfants ; et vous, jeunes gens, à vos fiancées. » Les montagnards répondirent par le cri de Granson! Granson! et se précipitèrent contre les retranchements du camp bourguignon; ils les forcèrent, s’emparèrent des canons et les tournèrent contre l’ennemi auquel la garnison de Morat coupa la retraite. Charles combattit en désespéré; sa garde se fit tuer à ses pieds, mais enfin la grande bannière de Bourgogne tomba; ce ne fut plus qu’un massacre. Les Bourguignons poussés dans le lac s’y noyèrent ou y furent tirés comme à la cible, car les Suisses ne firent point de quartier. Cruel comme à Morat, fut longtemps un dicton populaire (1476).
Morat pour Louis XI valait mieux que Granson : cette fois ce n’était pas seulement des richesses perdues et un camp pillé, c’était bien une armée détruite. Aussi s’enhardissant, il invita les États de Savoîe à se mettre sous sa protection, traita magnifiquement les ambassadeurs suisses, donna l’ordre de Saint-Michel à Bubenberg, le défenseur de Morat, et offrit au duc René sa garantie pour les levées qu’il ferait en Suisse; car il voyait en ce jeune homme l’instrument décisif de la ruine de Charles. Il ne se trompait pas.
Charles, qui après Morat avait fui douze lieues sans débrider, s’était retiré en Franche-Comté. Il s’enferma dans un château du Jura, silencieux et sombre, ne
Bataille de Moi'at.
UTO.
Bataille do Nancy; mort de Charles le Témê*
. raire.
voulant voir personne, laissant croître sa barbe, déchiré et souillé, tel que la bataille l’avait fait. C’est là qu’il apprit que René, revendiquant son héritage, était entré en Lorraine et avait repris Nancy. Il y courut; mais il n’avait plus l’armée de Granson ni celle de Morat, et les États de Bourgogne et de Flandre lui refusaient l’argent et les soldats. Il s’obstina cependant, avec les quatre mille hommes qui lui restaient, à combattre contre les vingt mille Suisses, Lorrains, Alsaciens et Français de René. « Je ne puis, disait-il, fuir devant un enfant; je combattrais seul s’il le fallait. » (C’est grand honneur, disait au contraire Commynes, de craindre ce que l’on doit et d’y bien pourvoir.) Ses gens engagèrent l’action ; mais bientôt se voyant pris en flanc, entendant résonner les cornes d’Uri et d’Underwald, au son desquelles « ils avaient été si rudement maniés à Granson et à Morat, » ils commencèrent à fuir vers les collines voisines. Quant à Charles, il ne voulait plus reculer. Comme on lui posait son armet sur la tête, le lion d’or qui en formait le cimier vint à tomber; il dit tristement : « Hoc est signum Dei » (Ceci est un signe de Dieu). Puis il chargea au plus épais de l’ennemi. Deux jours après, on trouva son corps engagé dans la glace d’un ruisseau, perçé d’outre en outre, et déjà entamé par les loups.
Leduc de Lorraine lui fit faire de somptueuses funérailles, et, prenant la main glacée du cadavre : « Beau cousin, dit-il, Dieu ait en paix votre âme! vous nous avez fait moult maux et douleurs. » Pendant longtemps on refusa de croire à la mort du grand duc de rOcci-
dent, on le disait caché; on passait des marchés à crédit, à condition d’être, payé double à son retour; mais il était bien mort, et avec lui périssait la maison de- Bourgogne (1477).
Louis XI. notait pas assez généreux pour plaindre conduite de son ennemi vaincu. Quand le messager du duc de Lor- apT. u raine luiopporta avec la nouvelle le casque brisé de chai-ie» te
Téûaéraire.
Charles, fl laissa éclater sa joie. Il recueillait enfin Je fruit de son habile politique. Cet empire nouveau» que la maison de Bourgogne issue du sang de France avait essayé de créer entre la Franceet l’Allemagne, s’écron* . lait par la mort du Téméraire qui ne laissait qu’une fille. Il ne pestait plus qu’à étendre la main pour saisir eette riche proie si longtemps- convoitée. Le roi était bien maître maintenant chez lui, et fl n’y avait plus d’aide ni de refuge à espérer en Bourgogne pour ceux qui l’avaient tant de fois trahi et qu’il avait du jusquelà ménager. Les seigneurs de France le comprirent; ils en furent consternés. « Moi et autres, dit Commynes qui fut ainsi jusqu’à la fin le témoin attentif de ce grand duel, primes garde comment ils dîneraient; pas un seul ne mangea la moitié de son saoul. » v Mais Louis, qui sut vaincre les difficultés qui lui vinrent des antres, ne sut pas se vaincre assez lui- v même pour tirer* tout le parti possible de ce moment si favorable. S’entretenant avec Commynes, huit jours ayant la mort d» duc, fl lui avait . dit qu'il tâcherait de
tnarier le dauphin à l’héritière de Bourgogne, eÿ que si la différence d’âge (Marie avait au moins douze ans de plus^ que le dauphin) rendait ce mariage impossible, il lui offrirait quelque jeune prince français d’un âge plus assorti au sien, réunirait directement à la couronne la Picardie et le duché de Bourgogne, et garantirait à Marie le reste de ce grand héritage, , qui fut demeuré français avec chance de réversion à la couronne par ' ; mariage ou par succession.
qu fn" sé je Malheureusement pour la France, il n’exécuta pas "roi; son premier dessein, ét, pour commettre Librement la plus lourde faute de son règne, il écarta son sage conseiller Commynes. Après avoir fait occuper par ses troupes la Bourgogne, la Franche-Comté, les villes de • la Somme et de l’Artois, il étendit sa convoitise jusqu’aux pays flamands. Tout lui venait à souhait : la fille de Charles s’offrait à recevoir un mari de sa main; ‘mais Louis, dans son étroite et impatiente ambition,
- voulut tout prendre, en profitant des embarras où se trouvait Marie. Il se fit secrètement autoriser par elle à occuper Arras, et remit ses lettres aux députés de Gand comme preuve qu’elle trahissait les intérêts de la-Flandre. Une effroyable sédition s’ensuivit ; les sires d’Hugouet et d’Himbercourt, conseillers de Marie, furent saisis, condamnés par le conseil des bourgeois 4e 6and et exécutés malgré les efforts de la jeune duchesse qui, se jetant sur la place du Marché, « suppliait le peuple, les larmes aux yeux et toute échevelée, ■ qu’il leur plût avoir pitié de ses deux serviteurs. » Comment s’étonner, lorsque te fils de l’empereur, Maxi-
indien, se présenta pour épouser Marie, si elle se fiança . à lui dès le soir même et l’épousa le lendemain. C’est par cette union, qui devait nous être si funeste, que furent préparées la grandeur de la maison de Habsbourg et la longue rivalité de la France et de l’Autriche. Le peu d’honnêteté de Louis XI coûtait à la France sa frontière naturelle du Nord (1478). Ce qui est vrai dans la vie privée des individus l’est aussi dans la vie politique des peuples : il y a le plus souvent une mauvaise action à l’origine de nos malheurs.
Dans son dépit, Louis XI se montrantes rigoureux envers ses ennemis du dedans; un autre eût été d’autant plus indulgent qu’il avait moins à craindre, mais Louis s’était habitué à trouver dans la vengeance un plaisir mauvais. Entre les seigneurs rebelles, il en était un qu’il haïssait surtout, c’était ce Jacques d’ Armagnac, qui avait été son an&i d’enfance et qu’il avait fait duc de Nemours. Trois fois traître et trois fois pardonné, Nemours fut encore convaincu d’avoir noué des intelligences avec le feu duc de Bourgogne. Assiégé et pris dans son château de Carlat, en Auvergne, il fut mis à la Bastille et enfermé dans une cage de fer, d’où, sur l’ordre exprès du roi, on ne le faisait sortir que pour le torturer et le faire parler clair. C’est de cette cage qu’il fut conduit aux halles sur un cheval drapé de noir et décapité.
Tout était bien changé depuis les premiers jours de ce règne. Les seigneurs terrifiés n’osaient plusse lever contre un roi qui faisait si rude justice. De quelque côté qu’ils tournassent les yeux, ils ne se voyaient plus
Dernière»
années de Louis XI.
d’alliés capables de les aider dans leurs entreprises. Le roi d’ Aragon avait assez à faire chez lui et venait de traiter avec Louis XI, Édouard se souvenait de sa dernière descente et de sa déconvenue. Au dedans, la grande féodalité ne leur offrait plus d’appui. Elle avait été vaincue avec le Téméraire; elle disparaissait avec Charles III, héritier de la maison d’Anjou, qui venait de mourir (1481) en laissant au roi la Provence, le Maine, l’Anjou et le Barrois. L’année suivante la jeune Marie de Bourgogne mourait aussi, d’une chute de cheval, et les Fjpmands signaient le traité d’Arras, qui livrait à la France l’Artois et la Franche-Comté comme dot de la petite Marguerite d’Autriche (fille de Marie) fiancée au jeune dauphin.
Les députés des Flandres qui apportaient le traité vinrent visiter Louis XI au fond de son triste et redoutable château de Plessis-lès-Tours. Après avoir franchi nombre de ponts-levis et dq herses, ils pénétrèrent dans une chambre étroite et grillée et aperçurent dans l’ombre un homme chétif, à demi caché dans une riche fourrure. C’était le terrible roi de France qui, dans un corps paralysé, avait gardé toute l’énergie de son esprit. Il s’excusa de ne pouvoir se lever ni se découvrir, puis il fit apporter l’Évangile, sur lequel il devait jurer. Ne pouvant étendre sur le livre sa main inerte, il se borna à le toucher du coude.
Ainsi la France s’achevait peu à peu dans les dernières années de ce roi mourant. Mais Louis XI ne méritait pas de goûter à la fin de sa tâche cette satisfaction légitime du bon ouvrier qui a fini sa journée. Il
eut la plus triste vieillesse, châtiment de sainéchanceté et des mauvais moyens dont il s’était servi. Chaque Jour plus sombre et plus inquiet, il voyait partout des ennemis et des complots. Des attentats répétés^ontre la vie des princes de son temps venaient comme des exemples -sinistres augmenter ses craintes. Son vieil allié Sforza, à Milan , l’un des Médicis à Florence, étaient morts assassinés; Édouard d’Angleterre succombait probablement au poison ; Charles le Téméraire lui* roèrhe était, disait-on, mort de la main d’un traître sur ie champ de bataille de Nancy. Il ne se confia plus qu’à ses archers écossais et à quelques mauvaises gens , ministres de ses cruautés ; Tristan, qu’il appelait son compère, Olivier le Daim ou le Diable, qu’il avait fait comte de Meuian, Jean du Lude, qu’il nommait Jean des habiletés. Il essayait en vain de déguiser à luimême et aux autres le rapide affaiblissement de ses forces. It se roidissait contre la mort, « car nul ne fut plus que lui convoiteux de vivre. » Aussi se laissait-il piller et tyranniser par son médecin, le rude et habile Goitier, « à qui chaque mois il donnait dix mille écus, espérant qu’il allongerait sa vie. » Au lieu de demander à Dieu, par l’aveu de ses fautes et par l’expiation, la paix de l’âme, il se livrait, pour obtenir une guérison impossible, à de superstitieuses pratiques qui ne pou- 9 vaient retarder l’heure marquée.
Enfin on lui annonça qu’il fallait se préparer à ^ortde' mourir, « Ce lui fut une grande douleur d’entendre
cette sentence; » néanmoins il en triompha, et, ressaisissant toute son énergie, il fit venir son fils qu’il avait tenu éloigné par défiance et lui adressa de sages mais bien tardifs conseils. Ce roi, qui avait été un mauvais fils, n’avait pas connu, par u,n juste châtiment, les -joies de l’amour paternel. Il mourut le 3 août 1483. . ' r : v\ .
Commynes, qui a le sentiment si profond de la’ misère des grands et des rois, était à son chevet. Il évoque à cette heure suprême les souvenirs de cette vie dans laquelle il n’a pas surpris un seul bon jour , et finit par ce triste retour sur l’ambition humaine : « Ne lui eut-il pas mieiix valu, s’écrie-t-il, à lui et à tous autres princes et hommes de moyen état, qui ont vécu sous ces grands et vivront sous ceux qui régnent, élire le moyen chemin : c’est à savoir moins Se donner et moins se travailler et entreprendre moins de choses, plus craindre à offenser Dieu et à persécuter le peuple et leurs voisins par tant de voies cruelles, et prendre des aises et plaisirs honnêtes? Leur vie en serait plus longue ; les maladies en viendraient plus tard, et leur mort en serait plus regrettée, et de plus de gens, et moins désirée. »
Il voyait la main de Dieu dans les tourments de cette sombre vieillesse. « On pourrait, dit-il, demander pourquoi la puissance de Dieu se montre plus grande contre les princes et les grands que contre les petits. C’est que les petits et les pauvres trouvent assez de gens qui les punissent, mais qui sera le juge du vice des grands princes et des grandes princesses et qui en
fera punition, si qe n’est Notre Seigneur, vrai juge qui J ne voudra attendre jusques à l’autre monde pour les punir. » /, , , s , -
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r' 1 Ce roi, que nous avons vu si âpre à la lutte et qui &*eÔui«xi acquit au royaume ses indispensables barrières, qui; fonda, pour la première fois, la paix perpétuelle pour les provinces du centre, laissait derrière loi de précieuses institutions. -Il avait organisé l’administration , provinciale, étendu l’action de la justice royale par ^l’institution des Parlements de Grenoble, de Bordeaux, de Dijon î rapproché les diverses parties du territoire, ' ' '
et rendu l’action du pouvoir plus prompte par l’établis- *
vsement des postes (1464). .
. .11 avait voulu que l'intervention du pouvoir fût partout utile aux nouveaux intérêts commerciaux et industriels du pays. On l’avait vu convoquer des négociants à son grand conseil pour aviser avec eux aux . moyens d’étendre et de faire prospérer le commerce.
* D’après leur avis les étoffes précieuses et les marchan- „■ dises apportées de l’Inde par les Vénitiens furent pro- V. j Misées, et un traité d’alliance et de commerce conclu > âvec la ligne Hanséafique favorisa l’exportation (I46&) ;
; des foires furent instituées à Bayonne et rétablies à Caen et à Lyon. Les nobles et les ecclésiastiques purent faire le commerce maritime sans déroger, et Louis, devançant la renaissance, lit venir d’Italie des ouvriers . habües à tisserjes étoffes précieuses.
II âvait fait beaucoup, lise proposait, plus encore quand il mourut. « Si je vis encore quelque temps, disait-il à Commynes, il n’y aura plus dans le royaume qu’une coutume, un poids et une mesure. Toutes les coutumes seront mises en français, dans un beau livre; cela coupera court aux ruses et pilleries des avocats; les procès en seront moins longs... Je briderai comme il faut ces gens du Parlement.., Je met- ' Irai une grande police dans le royaume. »
Il eût le pressentiment de notre civilisation moderne et se montra l’ami des choses nouvelles qui ne gênaient pas son autorité Il protégea les sciences; l’art de guérir fit des progrès sous ce roi valétudinaire, et les faveurs que Louis prodigua aux médecins profitèrent à la médecine ; la chirurgie obtint de son temps un grand résultat : la taille de la pierre fut, avec l'autorisation du foi, tentée pour la première fois sur ia personne d’un condamné à mort, qui guérit et fut graeié. Les lettres furent aussi encouragées î Louis recueillit plusieurs savants grecs, qui, de V Italie, leur premier , asile, commençaient à se répandre dans les régions de l’Occident. Il fit grâce à Villon, le premier poète de notre littérature vulgaire, que la misère avait poussé au vol fit conduit jusqu’au gibet. Il accueillit enfin l'imprimerie qui venait d’être inventée sur les bords du Rhin, entre la France et l’Allemagne : le premier atelier Rit établi dans Iè collège même de la Sorbonne • en 1469, et Un dépôt fut ouvert aux éditions de Mayence,
- sous la protection royale. ' • • -.*■ •• - • .• .
Un de nos historiens a dit : « A. tout prendre ce lut
un roi. » On n’ose pas dire un grand roi, parce que l'honnéteté et l’humanité lui ont manqué. Mais, parmi les princes qui ont constitué notre France, on ne peut refuser un des premiers rangs à celui qui mit véritablement la royauté hors de pages (c’est le mot de François I er ), refit la France démembrée et la laissa à ses successeurs assez une, assez riche, assez forte, pour être engagée sans péril dans les grandes guerres européennes et résister à Charles-Quint.
FRANÇOIS I er
a Trois actes honorables lui donnèrent le nom de Grand : la bataillo de Marignan, la résistance qu’il fit à toute l'Europe, la restauration des lettrés. »
Gaspard de Saux-Tavaknes.
1. François I er , le roi chevalier; son éducation militaire; les traditions chevaleresques'; le chevalier lîhyard ; François l« r en Italie; passage des Alpes; bataille do Marignan. — François I er résiste à Charles-Quint ; caractère et ressources des deux princes ; bataille dePavie; prison de Madrid; héroïque résistance de la France aux invasions ; Montluc et la bataille de Cérisoles. — 111. François 1er restaurateur des lettres; influence de l’Italie; fondation du Collège de France etde l’Imprimerie royale; François I er protecteur des arts; architecture, peinture et sculpture. — IV. Tristesse de ses dernières années ; sa mort.
Trois actes, dit un capitaine contemporain de François I er , méritèrent au roi le nom de Grand : la bataille de Marignan, la résistance qu’il fit à toute l’Europe, la restauration des lettres. L’histoire n’en a pas jugé autrement depuis, et malgé les fautes commises elle
fait une place honorable au roi chevalier, au rival de! Charles-Quint, au protecteur des lettres et des arts.
La bataille de Marignan appartient aux guerres d’Italie dont l’histoire occupe tout le temps écoulé entre é ^V on la mort de Louis XI et l'avénement de François I er .
« Gènes se donne à moi, moi je la donne au diable, disait Louis XI, marquant bien ainsi qu’il avait assez à faire chez lui, sans aller chercher fortune au loin.
Son (ils Charles VIII, roi' jeune et chevalereux , ne fût pas de son avis; héritier des droits de la maison d’Anjou sur le trône de Naples, il partit pour l’Italie en quête d’aventures, rêvant au delà Constantinople et Jérusalem. Après lui, le bon Louis XII, père du peuple en France, ne fut guère sage en Italie, et légua à son successeur, François F r , l’ambition des conquêtes lointaines, en même temps que ses droits sur Naples et sur Milan. Le premier des Valois-Angouême 1 alla donc chercher au delà des monts un duché qu’il ne put garder et un renom militaire très-contestable, si l’on songe à la maxime de Louis XI : « Qui a e profit de la guerre en a l’honneur ; » il en rapporta
* Chartes VIII n’ayant pas laissé d’enfants, la branche de? Valois-Orléans était montée sur le trône avec Louis XII (1398);
Louis XII, lui-même, n’ayaut laissé qu’une fille, la branche des ValoiS-Angoulême succéda à celle d’Orléans avec François I* r ." ' .? ’.-v J*'. •? •
du moins, ce qui est sa plus belle gloire, le goût des lettres et des arts ; mais ne cherchons d’abord en François I er que le dernier héros de la chevalerie, d’une chevalerie prolongée et à outrance, comme on verra.
Le bon roi Louis XII, qui se souvenait des premiers Valois et regrettait dans ses dernières années l’or et le sang versés en Italie, disait en songeant au jeune prince, son gendre et son héritier présomptif : « Ce gros garçon gâtera tout. » Le gros garçon gâta en effet bien des choses, mais il en fit de grandes, et s’il aima trop la guerre, il ne faut pas oublier que Louis XII lui laissa sur ce chapitre autant de mauvais exemples que de sages conseils.
' Il semblait d’ailleurs fait exprès pour les armes, « et jamais, dit un contemporain, n’avait été vu roi en France dont la noblesse s’esjouit tant. » François avait grandi dans les exercices d’une éducation militaire et Chevaleresque; il y avait acquis une force, une adresse et une grâce singulières. A vingt ans, il revêtait cette armure gigantesque qui nous a été conservée et il était an des cavaliers accomplis de l’Europe.
Passionné pour les joutes courtoises des tournois et des pas d'armes* il aspirait à faire ia guerre, il y voulait égaler par ses exploits les anciens preux dont les romans de chevalerie, sa lecture favorite, lui racontaient les hauts faits. 11 souhaitait être le digne roi de ces Hlnstres capitaines qui avaient brillé d’un si vit éclat dans les guerres d’Italie et dont Bayard, le chevalier sans peur et sans reproche, était comme ia fleur. Il aura leur courage, mais il laissera se perdre dans
tes mœurs fastueuses et corrompues de sa cour le caractère de simplicité antique qu’on retrouve encore dans l’esprit chevaleresque des premières guerres d’Italie. Le mieux faisant, au temps de Charles VIII et de Louis XII, n’était pas seulement ceiui qui donnait les plus rudes coups de lance ou d’épée, mais celui qui conservait encore dans la nouvelle manière de faire la guerre les vieilles maximes de vie honnête et loyale, dont Bayard est le modèle. Le chevalier sans Reproche, Bayard, pourra bien mourir au service de François I er , dans la septième année de son règne, mais il n’en appartient pas moins à l’époque précédente.
Bayard, dont le renom de bravoure et de loyauté est resté proverbial, est une de ces intéressantes ligures d’hommes de guerre bons et intrépides, sages sous leur habit de soldat, compatissants dans la plus grande ardeur des entraînements militaires, que l’histoire nous offre au second rang, et qui ont le plus souvent dédaigné le premier. Tels nous apparaissent, avec les différences que les temps ont mises entre eux, le sire de Couci, un des héros de Nicopolis, le chevalier sans Peur et sans Reproche, La Tour d’Auvergne, le premier grenadier de la République, et aussi peut-être Drouot, le Sage de la grande armée. La renommée les a bien vengés de n’avoir pas été les premiers; elle les fait briller à leur rang d’un éclat qui manque aux maréchaux et aux princes, et l’histoire s’arrête à leurs noms avec une admiration d’autant plus vive qu’ils ont voulu s’y soustraire. Que ce soit donc notre excuse, si, délaissant un instant François I er , nous nous attardons avec
I,e chetnlier Bayard
le héros qui l’armera chevalier à Marignan, mais ne lui transmettra pas ses vertus.
« Bayard appartenait à une vieille famille du Dauphiné qu’on appelait l 'Écarlate des gentilshommes. Tous les chefs de cette famille, de mémoire d’homme, étaient morts, ou h peu près, sur les champs de bataille, au service de la France : l’un à Poitiers, aux pieds du roi Jean, l’autre à Azincourt, un troisième à Montlhéry. Le dernier enfin avait été si maltraité à Guinegate qu’il ne lui resta plus que d’achever sa vie, perclus et mutilé, dans son château de Bayard. C’est lui qui fut le père du fameux chevalier sans Peur et sans Reproche. Bayard naquit donc dans une de ces familles vénérables où tout le monde a toujours fait son devoir, où tous les aïeux sont illustres, non par d’éclatantes dignités, mais par de grands services désintéressés, où régnent des traditions de loyauté et de vertu. L’enfant, dont le naturel était bon, acquit sous cette influence une sagesse et une maturité précoces. Quand il déclare à son père sa vocation belliqueuse, il parle comme un homme de trente ans. Le vieillard, ainsi qu’un palriarche, avait rassemblé tous ses enfants pour demander à chacun vers quelle carrière il se sentait porté ; le petit Pierre s’était prononcé pour les armes, et le vieillard joyeux avait consenti. « Aimez, lui dit sa ibère, craignez, servez Dieu, mon fils; soyez humble et courtois, loyal, point médisant, sobre ; soyez charitable envers les pauvres nécessiteux et secourable aux pauvres veuves et orphelins. » A ces conseils, la bonne dame ajouta six écus d’or et un en monnaie.
Comment Bayard, avec de telles impressionsd’enfance, ne fût-il pas devenu ce qu’il fut par excellence, un honnête homme 1 ?» .
Bayard débuta avec le plus brillant succès dans un tournoi à Lyon, devant Charles VIII, qui l’accepta du duc de Savoie comme un présent et le remit aux mains d’un de ses capitaines de compagnies d’ordonnance. Le jeune homme d’armes se forma vite dans les guerres d’Italie, et y devint, aussi bien par son esprit avisé que par son courage, un des meilleurs officiers d’avantgarde. Il menait les coureurs, comme on disait alors, mais il n’aimait ni l’indiscipline ni la témérité. Il était toujours bien instruit par les espions, qu’il payait libéralement, et bien servi par ses gens, qu’il égayait de •' ses saillies, et auxquels il laissait le profit des coups de main, ne gardant pour lui que l’honneur. Et son honneur, qu’on ne s’y trompe pas, n’était pas celui des chevaliers de Crécy et de Poitiers, qui compromettait^ le succès, mais bien le véritable honneur qu’il ne croyait pas entamer en allant à pied à l’assaut et en commandant les lansquenets.
Au véritable esprit de son état il joignait l’humanité et la loyauté. Quand le duc de Ferrare lui confie qu’il a le moyen de faire empoisonner le pape, le bon cheva- , lier se signe et se retire ; mais il tâchera de prendre le Saint-Père en embuscade, . et celui-ci n’échappera que par miracle. Il eût pu aisémeut s’enrichir, et il demeura toujours pauvre. « Tu seras riche d’honneur
i Liber t. Histoire de la chevalerie. ' •>' ■ *
et de vertu, autant que capitaine qui fut jamais en France, » lui disait un astronome de Carpi auquel il avait demandé s’il serait jamais grand riche homme,
« mais des biens de fortune, tu n’en auras guère ; aussi ne les cherches-tu pas. » Il le montra bien à la prise de Brescia, où le droit de la guerre lui avait livré toute une famille : une dame, ses deux jeunes filles, leur honneur, leur fortune. Il sauvegarda leur bien, les protégea contre toute insulte, et dota les jeunes filles du présent que voulut lui faire leur mère. Tout le monde connaît cette touchante histoire; elle achève notre
héros, qui est demeuré le modèle du chevalier et en a conservé le simple nom.
B *tarl'grmn° A-vee Bayard, le connétable Charles de Bourbon, les 1518. maréchaux La Palisse et Trivulce ; avec Galiot de Genouillac, grand maître de l’artillerie, laquelle comptait soixante-douze grosses pièces, avec deux mille cinq 1 cents lanees garnies, quinze cents chevau-légers albanais,. plus de vingt mille lansquenets allemands, dix raille fantassins gascons, basques, navarrais, languedociens et dauphinois, formés par le transfuge Pedro Navarro sur le pied des redoutables bandes espagnoles ; avec huit mille fantassins des provinces du nord de la France et deux mille cinq cents pionniers enrégimentés, outre les artilliers, c’est-à-dire avec l’armée la plus nombreuse, la plus aguerrie et la mieux commandée qu’on eût encore vue en Italie, François I" entreprit dé fecouvrer le Milanais perdu par Louis XII. ’<
La première difficulté était de franchir les Alpes avec tout çet attirail et tant de monde, les Suisses,
soudoyés par nos ennemis, barrant les passages du mont Genèvre, du mont Genis et du mont Saint-Bernard. François I er prit le parti le plus audacieux qui se trouva le plus sage ; il résolut de s’ouvrir une route nouvelle à travers des cimes réputées inaccessibles, et, guidé par les pâtres et des chasseurs de chamois, il se jeta dans la vallée de Barcelonnette, tandis qu’une petite colonqe de cavalerie escaladait par Briançon le sentier abrupt de la Roche-Épervière, où jamais cheval de guerre n’avait passé. Le reste de l’armée gravit le col de l’Argentière. « Trois mille pionners la précèdent ; le fer et le feu lui ouvrent une route difficile et périlleuse à travers des rochers ; on remplit des vides immenses avec des fascines et de gros arbres ; on bâtit des pontsde communication ; on traîne à force d’épaules et de bras l’artillerie dans quelques endroits inaccessibles aux bêtes de somme. Les soldats aident les pionniers; les olficiers aident les soldats; tous indistinctement manient la pioche et la cognée, poussent aux roues, tirent les cordages. On gravit les montagnes; on fait des efforts plus qu’humains ; on brave la, mort, qui semble ouvrir mille tombeaux dans ces vallées profondes que l’Argentière arrose, et où des torrents de glace et de neige fondues par le soleil se précipitent avec un fracas épouvantable. On ose à peine lès regarder de la cime des rochers sur lesquels on marche en tremblant, dans des sentiers étroits, glissants et raboteux, où chaque faux pas entraîne une chute, et d’où l’on voit souvent rouler au fond des abîmes et les hommes et les bêtes avec toute leur Gharge. Le bruit
des torrents, les cris des mourants, les hennissements des chevaux fatigués et effrayés, étaient horriblement répétés par tous les éèhos des bois et des montagnes, et venaient redoubler la terreur et le tumulte. On arrive enfin à une dernière montagne où l’on voit avec douleur tant de travaux et d’efforts prêts à échouer. La sape et la mine avaient renversé tous les rochers qu’on avait pu aborder et entamer, mais que pouvaient-elles contre une seule roche vive, escarpée de tous côtés, impénétrable au fer, presque inaccessible aux hommes? Pedro Navarro, qui l’avait plusieurs fois sondée, commençait à désespérer du succès, lorsque des recherches plus heureuses lui décrouvrirent une veine assez tendre qu’il suivit avec la dernière précision ; le rocher fut entamé par le milieu, et l’armée, introduite au bout de cinq jours dans le marquisat de Saluces, admira ce que pouvaient l’industrie, l’audace et la persévérance *. »
Déjà la colonne de cavalerie qui avait passé par la Roche-Épervière avait surpris à Villafranca l’allié des Suisses, Prosper Colonna, au moment môme où il se mettait tranquillement à table, tant les montagnards .•mais de la maison de Savoie et de la France avaient bien gardé le secret. Les Suisses, tournés, avaient battu en retraite, tandis que François 1 er hâtait sa marche sur Milan par Novarre et Pavie, et sondait secrètement les capitaines des ligues helvétiques. Il leur rappelait combien l’amitié de la France importait à leur patrie»
• . * flistoire de François I er , par Gaillard.
et s’engageait Ù leur rendre leur ancienne pension annuelle de 400,000 écus. Un instant il crut les avoir
gagnés; mais une nouvelle armée de vingt mille Suisses ' .
descendant de Bellinzona, attirée de ses montagne? par l’appàt de la gloire et du butin, fit rejeter lés conditions acceptées ; il ne resta plus qu’à combattre.
La rencontre eut lieu près de Marignan : rencontre redoutable entre ces montagnards, réputés invincibles, et une armée où dominait encore l’ancienne tactique, celle qui avait été si funeste aux Autrichiens à Sempach et à Morgarten, aux Bourguignons à Granson et à ' Morat. Par bonheur pour nous, l’artillerie de Genouillac et l’infanterie de Pedro Navarro devaient prêter aux hommes d’armes menés par le roi un concours décisif.
Nul historien n’a encore pu présenter de là bataille un récit un peu clair, tant il y eut peu d’ordonnance dans les mouvements. Fleuranges, qui Ta racontée dans son Histoire, et François I", qui en écrivit la relation à sa mère, parlent bien de la surprise de l’attaque, de l’acharnement des Suisses, du courage de la maison du roi, du beau jeu de l’artillerie, mais tout se mêle comme dans l’action qui fut des plus confuses.
Le jeune et aventureux Fleuranges a le premier reconnu les dispositions prises par les Suisses pour attaquer; il vient en toute hâte trouver le roi, qui était fort tranquille en sa chambre, essayant a un harnais d’Allemagne merveilleusement bien fait pour combattre à pied, » et s’entretenant avec l’Alviano, général de l’armée vénitienne, notre alliée. François I er s’empresse
dé revêtir son armure de chevalier, et prenant la mam de l’AIviano : « Seigneur, lui dit-il, je vous prie d’aller en diligence faire marcher votre armée, et venez le plus tôt que vous pourrez, soit jour, soit nuict, où je serai, car vous voyez quel besoin j’en ai. » L’AIviano remonta aussitôt à cheval pour aller chercher son armée, qui était encore à Lodi, et les trompettes sonnèrent l’alarmé dans tout le camp de France. Il était temps; déjà l’on entendait le mugissement des gros cornets d’Uri et d’Undervvald, et l’infanterie suisse, se précipitant tête baissée sur la chaussée de Milan, avait ramené nos aventuriers, nos lansquenets et la cavalerie d’avant-garde, conduite par le connétable en personne. En vain les grosses pièces de Genouillàc tiraient dans leur colonne profonde et y abattaient des files entières; elle se reformait, marchait en avant, gagnant sans cesse du terrain et déjà menaçait l’artillerie. Il fallait à tout prix, l’arrêter : ce fut le beau moment du roi. Il commença alors à la tète de sa maison cette trentaine de belles chàrges dont il parle à sa mère, rompit l’effort de l’avant-garde helvétique, sauva les canons et rétablit le combat. Les Suisses, si vigoureusement chargés de front, franchirent les fossés qui bordaient la route et se portèrent sur notre flanc au milieu des nuages de poussière et de fumée qui ne permettaient plus de voir à cent pas. On continua de frapper à l’aveugle jusqu’à près de minuit, et on se trouva si bien mêlé que Suisses et Français, attendant le jour pour se rallier, s’arrêtèrent excédés de fatigue là où la fin de l’action les avait trouvés. « Toute la nuit.
écrit François I er , nous demeurâmes en selle, la lance au poing, l’armet en tête. » Il était au poste le plus dangereux, près de l’artillerie, à laquelle les Suisses s’étaient acharnés, et si peu accompagne qu’il fil éteindre le feu du bivouac de peur d’être aperçu. « Et demanda ledict seigneur à boire, nous raconte Fieuranges, car il était fort altéré; et il y eut un piéton qui lui alla quérir de l’eau qui était toute pleine de sang, qui fit tant de mal audict seigneur qu’il ne lui demeura rien dans le corps. » Bayard, qui s’était fort aventuré au plus épais des ennemis, dut jeter ses armes et marcher le long des fossés à quatre beaux pieds , comme dit son historien, pour rejoindre les siens. Ainsi se passa la nuit après une journée douteuse qui laissait incertaine la fortune du lendemain.
• Au matin, un trompette italien qui ne quittait pas le roi, et dont la trompette se faisait entendre pardessus toutes celles du camp, sonna le ralliement; Flcuranges, qui savait l’allemand, réunit les lansquenets, tandis que les Suisses se reformaient au son de leurs cornets. La bataille recommença. Les Suisses, s’attachant toujours à l’artillerie, fondirent sur les lansquenets qui la défendaient, les firent reeuler un moment et pénétrèrent si avant qu’un d’entre eux vint mourir près du roi en embrassant une pièce qu'il voulait enelouer. Mais Genouillac dirigeait si bien le feu de ses gros canons qu’il pratiquait de véritables brèches au milieu de leurs bataillons, et ouvrait ainsi un chemin aux charges île la gendarmerie. Les Suisses étaient déjà ébranlés, lorsqu’ils entendirent tout à coup
sur leur flanc le cri de guerre de l’armée vénitienne : Marco! Marco! Ils firent cependant un dernier effort, puis ils reprirent dans la plus ferme attitude le che-; min de Milan. François I er était vainqueur de ces fantassins jusqu’alors invincibles. Il était le héros d’une bataille que le vieux maréchal Trivulce, qui avait assisté à dix-huit combats, appelait une bataille de géants. Son cheval avait été blessé de deux coups de pique; lui-même avait son armure faussée, comme nous la voyons encore aujourd’hui. Il avait fait son devoir de roi-soldat; il voulut en recueillir l’honneur de la main même du plus brave en se faisant armer chevalier par Bayard. Le bon chevalier lui donna l’accolade, puis, embrassant son épée : « Glorieuse épée, dit-il, qui au*jourd’hui as eu l'honneur de faire chevalier le plus grand roi du monde, je ne t’emploierai plus jamais que contre les infidèles, ennemis du monde chrétien. » Le mat: heur fut que François I er se crut grand capitaine parce qu’il avait été brave homme d’armes, et conçut de sa victoire une présomption qui devait le perdre à Pâvie. - - ,
Le Milanais fût reconquis du coup, comme on pense bien, mais il ne devait pas nous appartenir longtemps, car, si le roi l’avait recouvré par sa vaillance, il devait le perdre par des fautes de politique et d’administration. « Du moins, dit Brantôme, les Suisses, qui s’attribuaient le nom et la qualité de dompteurs de princes, furent domptés par ce roi, et par les armes et par le traité qudl fit avec eux, où ils lui protestèrent toute amitié et alliance si bonne qu’ils l’ont loujoursinvio-*
lablement gardée et entretenue, et rès-bien et fidèlement servi nos princes depuis. »
Caractère et; rèssour- , ces dès deux, princes. 1
François I er a été heureux dans une journée fameuse, Rivaw «Je où il a plutôt montré le courage du chevalier que l’ha- etdê e c“.rl bileté du capitaine. Quelle sera maintenant sa part leïQumt d’honneur dans la guerre engagée avec la maison d’Autriche, avec un rival aussi redoutable que l’empereur Charles-Quint? Mais,, avant de montrer aux prises les adversaires de ce grand duel, il est intéressant de comparer leur caractère et leurs ressources.
Charles d’Espagne, connu comme empereur d’Allemagne sous le nom de Charles-Quint, s’était de bonne heure appliqué au gouvernement. Le conseil de ses . ministres avait été son école; les affaires lui avaient servi de livres, et la politique, où il devait se rendre si habile, avait été sa principale étude. Ayant un sens naturel supérieur, une finesse d’esprit pénétrante, une rare vigueur d’âme, il apprenait à juger dans chaque situation ce qu’il y avait â taire et comment il le fallait faire. Il s’apprêtait à être le plus délié et le plus fermé politique de son temps. (Mignet.) Héritier de Ferdinand d’Aragon et d’Isabelle de Castille, comme de Maximilien d’Autriche, maître du nouveau monde, élu empereur d’Allemagne malgré la compétition de François I er , il enserrait la France de ses possessions de Flandre, d’Allemagne, d’Italie et d’Espagne, et formait à lui seul . i«
une coalition. Son ambition tendait au delà, c plus ultra, » plus outre, comme disait son orgueilleuse devise : il voulait démembrer la France et; par suite, accomplir le rêve de domination universelle de la maison d’Autriche. Il semblait pouvoir, avec ses immenses ressources d’argent et d'hommes, y prétendre. N’avaitil point les moissons cl’or d’Amérique, les contributions des Flandres, les redoutables bandes d’Fispagne, de grands généraux et d’habiles ministres qui le servaient avec fidélité.
L’éducation militaire qu’avait reçue François I er avait fait de lui l’excellent homme d’armes que nous avons vu combattre à Marignan; elle ne lui avait pas appris la politique. Non que ce prince manquât du coup d’œil qui permet de voir vite et juste ; mais il n’avait ni l’application nécessaire, ni le caractère qui seul donne de la suite à nos entreprises et en assure le succès. Autant, dit un ambassadeur vénitien, il supportait bien les fatigues corporelles et les endurait sans jamais plier sous le fardeau, autant les soucis de l’esprit lui pesaient : aussi s’en déchargeait-il sur ses conseillers. Encore ne les choisissait-il pas bien, si nous en croyons Gaspard de Saulx Tavannes : « Il élevait les gens sans sujet, s’en servait sans considération et leur laissait mener la guerre et la paix. Les femmes conduisaient tout, même les généraux et les capitaines; d’où vint la variété des événements de sa vie, mêlée de générosité, qui le poussait à de grandes entreprises, d’où les voluptés ne tardaient pas à le rappela* à elles. »
Et, en effet, il abandonne son autorité aux mains de
sa mère, l'ambitieuse Louise de Savoie. Il comble d’ftonneulrs sès favoris aux dépens de ses meilleurs serviteurs. Le vieux Trivulee, un des héros de Marignan, le plus puissant et le plus fidèle des partisans de la France en Italie, rajustement accusé de trahison * vient à Paris pour se justifier; les eourtisans lui ferment l’oreille du maître. Quand il se place sur le chemin du toi, celui-ci détourne dédaigneusement la tête, si bien que le vietii guerrier s’en va mourir de chagrin éf de colère. La Lombardie se souvint plus tard de cette ingratitude. — Le surintendant Semblançay avait été contraint de livrer à la reine mère 400,000 écus destinés à la solde des Suisses du Milanais, il en avait lés reçus, qui lui furent soustraits; mais leroi se laissa prendre âux assurances de sa mère et fit envoyer au gibet ce serviteur intègre, « qu’il eût dû épargner* dit Îîrantômè, encorè qu’il eût fait faute, pour son honoraire vieillesse, les longs services faits à quatre rois, et surtout pour le beau nom duquel il l’honorait, car il l’appelait soit père. » André Doria, cet homme « qu’il semblait toujours que la mer redontût », futabreuvéde dégoûté, et passa au service de Gharles-Quint, qui le traita bien et se l’attacha. — Le connétable de Bourbon ënfin, qui ne s’était pas plus épargné à Marignan qu’un sanglier échauffé, comme disait leroilui-même, qui était peut-être le seul eapitaineentre tant de braves gens d’armes, sera poussé à la révolte par d’indignes traitements et sacrifié à la hàine de Louise de Savoie. Il portera son épée à l’empereur, et sera un des vainqueurs de RomagUano et de Pavie. - ■'» * u v
Remarquons du moins en passant que l’injustice ne justifie pas là trahison, et que Bourbon subira la honte de sa faute. Charles-Quint le comble d’honneurs; mais le gentilhomme castillan qu'il veut lui donner pour hôte répond que, s’il n’a rien à refuser à l’empereur, il brûlera son palais déshonoré par le séjour d’un traître,
Au champ de bataille de PaVie, François Jfî, refusera de se rendre au transfuge. Déjà le chevalier sans. Reproche, blessé mortellement à la retraite de Roma-r gnàno, lùi aVait donné cette leçon d’honnenr : « Monsieur, il n’y a point de pitié en moi, car jé tueurs en homme débien ; mais j’ai pitié de vous, de vous voir ' servir contre votre prince, votre patrie, votre serment. » Ise bon chevalier Bayard pouvait mourir après Y ces belles paroles qui attestent une dernière fois sa loyauté et sa prud’homraie. . . * ‘
Mais si, à tout prendre, François I* r est inférieur A son rival Charles-Quint, la France a d’inépuisables ressources, et, dans un temps oü les autres pays avaient peine à parvenir à l’unité, elle étonnait un ^ observateur attentif par la cohésion de ses parties.
« Il y a, disait l’ambassadeur vénitien que nous avons déjà cité, des pays plus fertiles et plus riches, tels que la Hongrie et l’Italie ; il y en a de plus grands et de plus puissants, tels que l’Allemagne et l’Espagne; mais nul ft’est aussi uni, aussi facile à manier que la France. Voilà sà force, à mon sens : unité et obéis-
sauce. » Et il ajoute : « Il est d’autant plus facile au roi d’avoir de l’argent que, dans toute l’étendue de son ✓ royaume, il rencontre une soumission incomparable;
et tels lis pourraient être en ce pâys-là pour Dieu, tels ils sont pour le roi. » Et ce n’était pas seulement son argent que la France donnait volontiers à son roi.
« Il n’y a prince au monde, dit le brave Montluc, qui ait la noblesse plus volontaire que la nôtre. Un petit sourire de leur maître échauffe les plus refroidis; sans crainte de changer prés, vignes et moulins en chevaux et armes-, on va mourir au ht que nous appelons le lit d’honneur. * -v • * V *• ‘ ^
11 nous est facile de faire maintenant dans l’histoire de la lutte de la France contre la maison d’Autriche la pari du roi et celle du pays. L’une est petite, l’autre est grande et belle, et nous la raconterons avec une joie patriotique. Si François I er pensa tout compromettre à la désastreuse bataille de Pavie, la France défendit avec honneur son territoire envahi, et, bien qu’épuisée d’hommes et d’argent, prit à Cérisoles une éclatante revanche.
« Ah ! chevalier Bavard, que vous me faites grand’ B^atu <ie faute! disait François I er après Pavie. Si vous, quj ’.mgrô; fûtes vaillant et expérimenté, eussiez été auprès de moi, mes affaires eussent pris un autre train! » Le pauvre roi s’apercevait un peu tard qu’il avait été pins chevalier que capitaine. Il n’aurait eu, en effet, qu’à laisser faire pour vaincre. Son artillerie, admirablement postée, abattait à distance les redoutables bandes • de l’Espagne; la cavalerie n’avait qu’à attendre la déroute et à s’élancer ensuite pour l’achever, mais ce ii’était pas assez pour le roi de la gendarmerie française : il fallait enfoncer -des lignes encore debout. JL / * , t * . *
Prison de Madrid.
chargea donc « si bien, nous dit Brantôme, que d’abord il tua de ses mains royales Don Hernando Castriota, puis le comte de Salme, puis Don Hugo de Cardonna; et avec sa troupe il si fort ébranla la bataille (nous dirions l’escadron) de Charles de Lannoy et de Bourbon, que si un chacun eût fait comme lui, la bac taille était gagnée. Mais la fortune changea après, dç telle sorte que ce grand roy, après avoir combattu et recombattu tant qu'il n’en pouvait plus, abandonné de la fortune et de son cheval, comme disent les Espagnols, tomba sous son cheval fort blessé. » Ce fut alors qu’il appela le vice-roi de Naples Lannoy et se rendit à lui. On raconte qu’il écrivit à sa mère au soir de la oatailie : « Tout est perdu fors l’honneur. » Ce qui est vrai, si l’on ne songe qu’à l’honneur dp chevalier qui aima « mieux élire honnête prison que honteuse fuite ». Ce qui ne l’est pas, si Ton songe au véritable honneur d’un capitaine et d’un roi. ^
Observons que cette faute fut cruellement expiée par la prison de Madrid, où Gharles-Quint resserra son captif, afin d’obtenir une meilleure rançon. François I ,r put a d e mélancolie y tomber en une fièvre fort véhémente » sans consentir au démembrement de son royaume. Il aima mieux abdiquer en faveur du dauphin et se résigner « à tenir prison sans fin » ; dure prison cependant, qui n’était pas celle de Jean H, traité si courtoisement par Édouard d'Angleterre, mais une ' étroite cellule où le maître de Chambord, le chasseur infatigable des forêts de la Loire, se consuma près d’une année. H en sortit enfin, mais un peu eoa in
Louis XI du château de Péronne; il acceptait des conditions moins onéreuses que celles qui lui avaient été imposées d’abord, telles encore cependant qu’il n’y pouvait consentir que pour lesrejeterune foisflibre.
La guerre recommença, et la France se chargea de venger la mésaventure de son roi.
' Déjà deux fois les Impériaux s’étaient vus repoussés avec perte. En 1521, Mézières, défendue par Bayard, avait brisé l’effort d’une armée impériale. En 1524, après la retraite de Romagnano, Bourbon et le marquis de Pescaire, suivant la route de la Corniche et passant le Var, avaient envahi la Provence. Ils étaient déjà maîtres d’Antibes, de Grasse, de Fréjus, de Toulon, qui n’avaient encore que peu d’importance, d’Aix meute, ' capitale de la province. Que Marseille tombât en leur pouvoir, et Charles-Quint avait aussi son Calais en France. Bourbon, avec les illusions si communes aux émigrés, avait prétendu qu’au troisième coup de canon les bourgeois effrayés viendraient, la corde au cou, lui apporter les clefs de leur ville. Mais Marseille se défendit comme Mézières; toute la population se porta à la construction d’une seconde enceinte en dedans de la muraille, qu’on appela le rempart des Dames, en mémoire du zèle avec lequel les femmes y avaient tra vaillé. L’artillerie de la place tira si juste qu’un boulet traversa la tente de Pescaire, et tua près de lui son aumônier et deux de ses gentilshommes. Pescaire envoya le boulet à Bourbon, en lui faisant dire que c’étaient là les clefs que lui apportaient les bourgeois de Marseille. Quelques heures après, la ville était secourue par les
Héroïque résistance delà France
galères de France, victorieuses de l’escadre espagnole. . En 1536, cette môme Provence repoussait encore l’ennemi, et cette fois sa délivrance lui coûtait cher. Charles-Quint marchait lui-même h la tête de son armée, et comptait bien ne pas s’arrêter à Marseille. « Les Provençaux sont mes sujets, » disait-il au brave La Roche du Maine, capitaine français (la Provence avait autrefois appartenu à l’empire). — « Votre Majesté, répliqua La Roche du Maine, les trouvera sujets fort rebelles et désobéissants. » — « Combien de journées, dit encore l’empereur, peut-il y avoir du lieu où nous sommes jusqu’à Paris ? » — « Si Votre Majesté entend journées par batailles, il peut y en avoir une douzaine pour le moins, sinon que l’agresseur ait la tête rompue la première. »
Cette liere réponse ne. diminua pas la présomption de l’empereur, qui allait répétant que Paris et la Couronne de France devaient être le prix de la campagne. Il avait réuni cinquante mille bons soldats et inspiré à tous une telle confiance, que déjà ses capitaines lui demandaient « les charges, états, places et biens des principaux de la cour de France. » Devant de telles menaces et de si redoutables préparatifs, on dut se résoudre aux plus cruels sacrifices. Tout le pays entre le Rhône, la Durance et les Alpes, c’est-à-dire les trois quarts au moins de la Provence, fut livré, pour affamer l’ennemi, à une dévastation systématique. Les fours furent détruits, les blés et les fourrages brûlés, les puits gâtés, les vins répandus à ruisseaux. Charles cependant s’avançait, sans rencontrer de résistance
sêrièôsé, à travers ati pays désolé et' désért. A’ Ànt,. où il voulait prendre solennellement possession de là province, il ne trouva qu’une ville dépeuplée, abandonnée et ouverte de toutes parts. Il commença à d’alarmer, sentit la nécessité d’enlever de vive force les seules placés défendues, Arles et Marseille, se porta à la fois sur l’une et sur l’autre, pour reconnaître bientôt qu’il ne pourrait s’en emparer d’un eôup dé main. A quelque temps de là, il battait en retraite avec une armée diminuée de moitié, poursuivie avec fureur par les paysans et par les chevau-légers de l’armée royale ; lui-même courut risque de la vie, car des paysans embusqués avaient résolu d’attendre au passage cet empereur, dont i’invasiort causait la ruine . de leur province, de tirer tous à la fois snr lui et de le tuer, quoi qu'il en pût advenir après. Ils se méprirent et tuèrent, an lieu de l’empereur, un officier richement vêtu et bien accompagné. On se saisit d’eux et on les pendit; mais leur exemple et leur mort excitèrent la fureur de leurs compatriotes, qui harcelèrent plus vigoureusement encore les débris de l’armée impériale. Deux mois, jour pour jour, après son entrée en France, Charles repassait le Var et s’embarquait pour Barcelone, afin d’aller, suivant un bon mot du temps, « enterrer en Espaghtfson honneur mort en Provence. * En 1543, l’invasion vli)t d’un autre côté, ou plutôt d’autres côtés, car le roi d’Angleterre Henri VIII, qui avait tenu saeeessivemeïït pour l’un et l’autre champion et marchait cettè fois avec l’empereur, avait opéré une descente en Picardie, tandis que Gbaries-Quiut
entrait en Champagne et mettait le siège devant Saint* Dizier. Ce dernier se vantait de prendre et de saccager Paris, mais il ne put avancer aussi vite qu’il l’espérait Saint-Dizier, quoique mal pourvue, l’arrêta qua-? rante jours, et ne se Fendit que sur une lettre falsifiée où le roi permettait à ses héroïques défenseurs de faire composition honorable. L’empereur poussa jusqu’à Châlons; mais, manquant de vivres» il allait se replier de la Marne sur l’Aisne, lorsqu’un traître lui apprit que les ponts d’Épernay et de Château-Thierry h’avaient point été coupés. Il s’y porta en toute hâte, s’empara de ces places, où il refit son aymée, et mit ainsi Paris dans le plus grand émoi. Mais il n’osa tenter un coup de main sur cette grande ville, dont toute la population s’était levée en masse, et se laisser couper la retraite par l’armée française qui s’avançait à marches foreées. Il se retira sur Boissons, puis sur Grespyen-Laonnais, où la paix fut signée. Quant à son allié Henri VIII, qui avait donné rendez-vous à Charles- Quînt sous les murs de Paris, il se rembarqua après avoir pris Boulogne, qu’il dut rendre l’année suivante K
i Dans un des nombreux engagements qui eurent lieu entre les troupes françaises et les garnisons anglaises de datais et de Boulogne, François de Lorraine, comte d’Aumale, si célèbre plus tard sous le nom «le duc de Gpise, reçut un coup de lance qui lui perça la joue droite au-dessous de l’oeil et entra dans la tête de plus d’un demi-pied. La lance s’était rompue du choo, laissant son fer et deux doigts do hampe dans la plaie. Le comte * ne perdit ni les arçons ni l’entendement » et v|nt présenter aux chirurgiens son affreuse blessure. Ceux-ci, craignant qn'il ne mourût entre leurs mains reculaient devant l’ex* traction do fer. Un seul, et des pins jeunes, osa sq fiejr A son
Ainsi, grâce à l’héroïsme de la France, la victoire de Pavie et la captivité de François I er avaient peu i
profité à Charles-Quint; mais ce n’était pas assez d’avoir repoussé l’invasion de nos frontières, nous eûmes encore l’honneur d’une revanche en bataille rangée à la journée de Gérisoles, en Piémont.
C’était en 1544. Le comte d’Enghien, qui comman- a» dait l’armée d’Italie, se croyant assuré de la victoire, fit demander au roi la permission de combattre. Il lui avait envoyé, pour le persuader, son plus brave officier, le capitaine Montluc, auquel François I er permit d'assister au conseil où la question devait se décider.
Le roi commence à prendre les avis; M. de Saint- Pol opine pour la défensive, l’amiral d’Annebaut se joint à lui, tandis que Montluc trépigne d’impatience et brûle d’interrompre. « Tout beau, tout beau, ® lui disait M. de Saint-Pol; mais le capitaine gascon se contenait si peu, que le roi, amusé du tourment visible de Montuc, le prit lui-même h partie en lui disant : « Avezvous bien entendu, Montluc, les raisons qui m’émeuvent à ne donner congé au comte d’Enghien de combattre ni de rien hasarder? » — « Sire, reprend Montluc, je me tiens bien heureux d’avoir à parler devant un roi soldat, et non devant un roi qui n’a
adresse comme à la constance du blessé et enleva le fer do lance. C'était Ambroise Paré, qui devint par la suite le père de la chirurgie française, fit abandonner le remède absurde et cçuçl do la cautérisation des blessures d’arme* à feu par J’huile bouillante, et modesto aillant qu’il était savant, ne voulut pour devise que ces simples et religieuses paroles :
« Je lepansay, Dieu le guérit. »
jamais été en guerre. » Puis, après cet exorde habile qui lui gagna le cœur du roi, encouragé parie dauphin qui, debout derrière le fauteuil de son père, lui faisait signe d’aller toujours et de parler hardiment, le soldat Montluc répondit victorieusement aux objections des prudents conseillers, et parla si bien des Gascons et des Suisses prêts à « mener vigoureusement les mains », qu’il ébranla François I er . Le roi, supplié par M. de Saint-Pol de ne pas changer ainsi d’avis sur les propos d’un fol enragé, répondit : « Foi de gentilhomme, mon cousin, il m’a donné de si grandes raisons et m’a représenté si bien le cœur de mes gens, que je ne sais que faire. » — « Sire, dit alors l’amiral d’Annebaut, vous avez belle envie de leur donner congé de combattre. Faites une chose : Priez Dieu qu’il vous veuille aider et conseiller ce que vous devez faire. » Le roi se recueillit un instant, levant les yeux au ciel en joignant les mains, puis s’écria : « Qu’ils combattent! qu’ils combattent! »
Montluc n’en attend pas davantage. Au sortir du : conseil, il répond moitié en français, moitié en gascon, aux courtisans qui se pressent autour de lui, les invite à se dépêcher s’ils veulent « en manger et être de la fête », et retourne en toute hâte auprès de son général. Cent jeunes gentilshommes des premières familles du royaume l’accompagnent, et « comme chacun avait apporté le fond de son coffre » et le prêta généreusement, le comte d’Enghien put contenter les soldats, auxquels le roi n’avait guère envoyé que le tiers de leur solde arriérée. ✓ ■
La bataille fut livrée et gagnée; les Gascons et les Suisses, comme l’avait promis Montluc, firent rage.
Ils enfoncèrent la redoutable infanterie d’Espagne, que la gendarmerie, malgré ses charges impétueuses, ne pouvait rompre, et assurèrent le succès de la journée, un instant compromise par la déroute de nos bandes italiennes. Ils tuèrent ou prirent treize mille Impériaux et firent main basse sur l’artillerie, les enseignes, les munitions et les bagages, où ils trouvèrent quatre bahuts pleins de menottes de fer que le général ennemi, le marquis Du Guât, avait destinées à « enferrer les prisonniers pour les envoyer en galères. «Montluc, qui se distingua entre tous, fut le soir même embrassé et fait chevalier par le comte d’Enghien, « ce dont je me sentirai, dit-il, toute ma vie honoré pour l’avoir été en ce jour de bataille et de la main d’un tel prince. » *
Nous nous sommes arrêtés avec complaisance, dans ce récit de la revanche de Pavie, au capitaine Montluc, parce qu’il appartient à une nouvelle école de gens * • de guerre. Il succède au groupe des derniers chevaliers, à Bayard, à La Palisse, à Louis d’Ars, à La Trémouille. Il ne portera pas dans la guerre l’humanité du chevalièr sans Reproche; il se fera même dans les guerres civiles religieuses un terrible renom de cruauté; mais à ne regarder que le côté militaire, il aura mieux que ses devanciers les qualités de l’officier moderne et il sera plus fécond en ressources; il aura même pour écrire sur son art une plume qui sera, comme dit Ta- ? vannes, une épée de repos, et Henri IV, qui lui res-
FrançoisI" restaura- .
teùr des lettres.
Influence de l’Italie.
semblera par le propos vif et l’éloquence gasconne, dira de ser, Commentaires : « C’est la Bible des soldats. «
Mais revenons à François I er , et reconnaissons que si sa gloire militaire n’est ni sans mélange ni surtout sans partage, il en a une plus pure et toute à lui qui nous reste à dire. « Il n’a pas fait son siècle, mais il s’en est montré digne; il a aimé les arts, et les arts parlent encore pour lui aujourd’hui. »
Tout enfant, il avait eu la fortunefle rencontrer dans son gouverneur, le sire de Boissi, un ami des lettres et des arts; un peu plus tard, à côté de ses jeunes compagnons d'armes et de chasse, les Fleuranges, les Brion, les Montmorency, il avait eu comme page favori le poëte Clément Marot, qui le suivit jusqu’il Payie. Sa sœur, Marguerite, la souveraine des poètes et des lettrés du temps, la Marguerite des Marguerites, comme disait Marot, donnait à sa cour le goût des plaisirs de l’esprit; elle devait être la digne patronne de la renaissance, la digne aïeule de Henri IV par la bonté comme par l’enjouement.
François I er aborda donc l’Italie mieux préparé que Charles VIII et Louis XII à en subir le charme. Il était d’une autre humeur que ce Christian de Danemark qui visita l’Ualie h la fin du quinzième siècle ; l’homme du
Nord avec ses fourrures de zibeline, sa cuirasse de fer noir, son épée gigantesque et sa longue barbe blanche, avait accordé peu d’attention aux fêtés milanaises, qui ne lui montraient que licence et faiblesse. Il s’était fait apporter le livre de la loi romaine, les Pandectes, et l’exemplaire grec des Évangiles; puis, plaçant sur ces volumes sa main gantée de fer : « Voilà, ' s’était-il écrié, les seuls trésors digne des rois : la loi et la foi! » Le vainqueur de Marjgnan se laissa séduire par les arts de l’Italie aussi bien que par ses plaisirs. Il admira ces princes et ces républiques qui couvraient la mer de leurs vaisseaux, les rivages de leurs comptoirs; il vit avec surprise qu’ils n’étaient pas moins avides des plaisirs de l’esprit que des jouissances du luxe, et qu’ils achetaient à grand prix les manuscrits des monastères d’Orient où se retrouvaient les grandes oeuvres de l’antiquité, et les statues de la Grèce, qui ' servaient de modèles à l’art de la renaissance. Aux conférences de Bologne, qui suivirent la bataille de . Marignan, il salua dans la personne de Léon X la renaissance italienne, et ressentit quelque chose de semblable à ce qui so passa dans l’âme des consuls romains conquérants de ]a Grèce et conquis par elle. De même qu’autrefols la Grèce vaincue avait fait l’éducation de Rome, l’Italie, .opprimée et mutilée, allait initier l’Occident au génie des lettres et des arts,,
C : élait en RaRe pn effet que .fes anciens retrouvés avaient* dès le treizième siècle, éveillé le goût de l’étude et suscité de beaux génies. Au temps de François I e % des savants, des poètes ou des historiens consacraient
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la langue déjii arrivée à sa perfection. Mais quelque • brillant que fût l’éclat des lettres, celui des arts le sur- ' • passait encore ; Raphaël et Michel-Ange, noms immortels dans lesquels on est convenu de personnifier la 1 beauté et la force, l’un le peintre des Vierges, des ‘ *\ chambres du Vatican et de la Transfiguration, l’autre
le peintre du Jugement dernier, le sculpteur du Moïse, -, l’architecte de Saint-Pierre de Rome, accomplissaient leurs inimitables chefs-d’œuvre.
Fondation Quand il repassa les monts, le vainqueur de Maride ïwf 8 gnan était donc conquis par l’admiration à la grande 'prmierîr œuvre de la restauration des lettres et des arts. De ce moment il s’employa à seconder le mouvement des études dans son royaume, en s’instruisant lui-même, pour être le guide éclairé de la renaissance française, v ' dans le commerce des lettrés de son temps. « 11 les • * entretenait toujours, nous dit Brantôme, de discours • ' grands et savants, leur en donnant le plus souvent les : • V sujets et les thèmes, et y était reçu qui voulait; mais il - t . ne fallait pas qu’il fût âne ni qu’il bronchât, car il était bientôt relevé de lui-même. De telle façon que la table ' • du roi était une vraie école, car là il s’y traitait de . toutes matières, autant de la guerre que des sciences hautes et basses.
« Il fut appelé Père et vrai Restaurateur des arts et des lettres; car, avant lui, l’ignorance tenait lieu * quelque peu en France, encore qu’il y eût quelques gens savants; mais ils étaient clair-semés jusque-là.
, Bientôt ils produisirent de belles moissons de savoir,
. i ■ ' } comme l’on vit après qu’il eut érigé ces doctes pro-
fesseurs royaux, lesquels il fut très-curieax de rechercher par toute l’Europe. » ' ' ..
Ces doctes professeurs dont parle Brantôme sont les premiers maîtres du Collège de France, dont la fondation sur le modèle des académies d’Italie est le plus * beau titre de François I er . Tout ce qui était nouveau alors, tout ce qui devait frayer des voies nouvelles, le grec, l’hébreu, la médecine, les mathématiques, fut enseigné gratuitement dans ce collège laïque. C’est là - •' queBudé et Danès travaillaient à la restauration des études grecques ; Watable y professait pour la première fois l’hébreu, Postel les langues orientales. De nombreux auditeurs se pressaient à ces leçons, qui ouvraient à leur esprit avide les trésors de l’antiquité retrouvée.
« Je me suis donné de toute mon âme, écrivait l’un d’eux, à l’étude du grec, et, aussitôt que j’aurai quelque argent, j’achèterai des livres grecs d’abord et ensuite des vêtements. » « — Nous étions debout à quatre heures du matin, raconte un autre, et, ayant prié Dieu, allions à cinq heures aux études, nos gros livres sous le bras, nos écritoires et nos chandeliers à la main. »
Après avoir donné gratuitement des maîtres à ces disciples studieux, François I er voulut leur donner des livres. L’Imprimerie royale fut fondée pour éditer les manuscrits anciens achetés à grands frais. Des savants, dignes collaborateurs des professeurs dans cette œuvre de restauration, préparèrent par leurs corrections les textes anciens que devaient bientôt commenter, annoter et traduire une foule d’érudits enthousiastes. C’est ainsi qu’au temps de François I er , la France faisait ses
François I er protecteur des arts.
Architecture.
classes et se nourrissait des œuvres de l’antiquité; au siècle de Louis XIV, elle sortira de l’école avec un génie assouplie et fécondé par l’étude, et La Fontaine pourra lui donner le sage conseil de cacher son savoir et de montrer son esprit.
François I" avait donc bien mérité des lettres, il mérita mieux encore des arts.
De même que le génie français avait produit Marot sans le secours des Grecs et des Latins et en dehors de l’influence italienne, l’architecture nationale n’avait pas attendu les artistes italiens et les règles d’un art étranger pour briller du plus heureux éclat. Quand le Dominiquin Fra Giocondo, nommé architecte du roi, fut ramené d’Italie par Louis XII, il trouva l’architecture française florissante et admira ces a maîtres ès pierres vives », dignes héritiers des maîtres de l’art gothique qui décoraient alors Rouen et nos villes de la Loire. « Il conserva le caractère général des constructions, les grands combles couronnés de balustres à jour et coupés de hautes lucarnes richement ornées, les hautes cheminées sculptées, les tours rondes, octogognes ou hexagones qui rompaient la monotonie des lignes de bâtiments, les gracieuses tourelles en encorbellements qu’on suspendait aux angles, mais il mit dans cet ensemble plus de légèreté, d’élégance et de richesse; il mêla aux ornements du gothique fleuri les arabesques empruntées à l’antique et dont Raphaël consacrait alors, en les dessinant de sa main, les lignes capricieuses et charmantes. »
Ces traditions d’une des plus belles époques de l’art
français, François I er sut d’abord tes respecter. De toutes parts s’élevèrent les châteaux de la renaissance ; « Madrid, l’élégant manoir du bois de Boulogne, ainsi nommé sans doute parce que François I or » aimait - •
à s’y rappeler les ennuis de sa prison au sein des plaisirs et de la liberté; la Muette, Saint-Germain, Villers- Cotterets, Chantilly, Follembray et Nantouillel, la fastueuse résidence de Duprat. L’architecture nationale, menacée par l’envahissement croissant du goût italien, sembla résumer toutes ses forces afin de protester par une dernière création d’une éclatante ori- . ginalité. Qui n^a pas vu Chambord ne soupçonne pas tout ce qu’il y eut de fantastique poésie dans notre art du seizième siècle ; c’est quelque chose d'indescriptible que l’aspect de ce palais des fées surgissant aux yeux du voyageur, du fond des bois de la Sologne, avec sa forêt de tourelles, de flèches, de campaniles aériens, - «
détachant sur l’ardoise sombre des grands toits les belles teintes de leurs pierres gris de perle marquetées de mosaïques noires. Cette impression ne saurait être surpassée que par le spectacle dont on jouit sur la . terrasse du donjon, au pied de la charmante coupole qui termine le grand escalier,, centre et pivot de tout cet ensemble si vaste, si varié, et qui jaillit radieuse au-dessus des terrasses comme une fleur de cent pieds, dé haut. Partouf, entre les lacs d’amour et les P çqu : ronnés, les mystérieuses salamandres 4 vomissant des
; jl*-' '* • •' r 'V*' ' v * •’ 4 r »-*’ : .i;-' ’*' /.“■ . * ,
I La salamandre aa milieu des flammes était le symbole de .•
Français pn y ayajl ajoity$ devise ; Je nourris et >
flammes rampent sur les frontons, se roulent dans les" s, médaillons» se suspendent aux corniches et aux caissonsdes voûtes, pareilles aux dragons qui veillaient sur les châteaux enchantés de nos vieilles légendes ?.. » Ainsi, dans la première époque de notre architecture, au seizième siècle, l’art italien a modifié l’art Français par d’heureuses innovations et l’a aiguillonné d’une émulation salutaire. Dans la seconde,- il l’étonffe et le remplace. François 1 er s^ntoure surtout d-architectes italiens, qui, ne gardant plus rien de l’art français, suppriment les tourelles» les grands combles, les. hautes lucarnes, les escaliers saillants et à jour, tout le gracieux système de décoration extérieure. Le roi leur livre ses déserts de Fontainebleau, où ils élèvent la partie la moins disgracieuse de ce rendez-vous de ebateaux, comme on a appelé cet entassement incohér rent de constructions de tous les temps; mais que cela est loin de Chambord et de Blois! et comme on est tenté de s’associer aux regrets de Philibert Delorme :
« Le naturel du Français, disait-il, est de priser beaucoup plus les artisans et artifices des nations étrangères que ceux de sa patrie, bien qu’ils soient trèsingénieux et excellents. » Excellents, il est vrai, car, à la tin du règne, Philibert Delorme construisit le palais des Tuileries, qu’on a gâté depuis en étendant les ailes
j’éteîns; ou plutôt ces mots italiens : Nodriscoil bono^espengo il reo. Je nourris le bon et j’éteins le coupable. : - •
1 Henri Martin. — C’est de notre temps seulement que l’on a retrouvé le nom de l’architecte de Chambord, Pierre Nepven, de Blois, dit T rinqueau . Des titres originaux le désignent comme
« maître de l’œuvre de maçonnerie du chàtel de Chambord. »
et Pierre Léscol donna le plân du Louvre; mais n’enésent-ils pas mieux fait encore Si François I er ne les. avait point forcés d’imiter de trop près l’architecture italienne, s’il eût plus respecté le génie de notre première renaissance.
" " François 1 er semblait aitisi expier par l’accueil qu’il &
■faisait à l’art et aux artistes italiens l’abandon de ses
alliés d’Italie. Architectes, peintres et statuaires, tous étaient sollicités et gagnés par son hospitalité géné- * reuse. C’était le temps où Maximilien honorait Albert Durer, où Henri VIII payait libéralement Ilolbein, où ' Charles-Quint ramassait le pinceau du Titien; mais r nhl d’entre eux ne savait, comme le roi de France, les -■ . v attirer et les retenir par son admiration enthousiaste, par sôn comraei’ce délicat et familier. Il appelait Léonard de Vinci son père, il le comblait de bienfaits et le
* visitait dans sa maladie. A l’heure dé sa mort, le noblè vieillard demandait, en présence dn roi, pardon à Dieu et aux hommes de n’#voir pas fait pour son art tout ce qu’il avait pu ; et François I*, l’embrassant et lui soutenmitlâ tètef rècèvait son dernier soupir. S’il ne put attirer Raphaël, il voulut du moins enrichir la France
de, ses œuvres. Il acheta à grand prix le Saint Michel • ,
- et la Sainte Famille, et leur fit l’accueil qu’il aurait voulu faire au maître lui-même. On les découvrit au.
* son des fanfares devant toute la cour, dans la plus », riche galerie du palais. André del Sarto, le peintre de -, { . ‘ l’incomparable Charité que nous avons au Louvre, fut
rétenu quelque temps en France. Le Rosso (maître •V***' ' . Roux) fut pendant dix ans une sorte de surintendant " .
des beauk-ai’ls. Le Primatiee, dont les figures pleines de grâce étaient des modèles de peinture décorative,' orna de ses plus beliès œuvres le château deFontaineblêmi. Benvenuto Celhni, enfm, 1 un des artisîesks ' • plus originaux et les plus variés decetemps, dépensait.,
, • son génie au gré du roi, soit en modelant les statues qu’il fondait lui-même en un bronze nouveau, soit en ' ciselant de menus objets avec uneperfection inimitable. C’est à lui que François I er disait : « Mon ami, , je ne sais quel est le plus heureux du prince qui trouve un homme selon son cœur, ou de l’artiste qui rencontre un . - \ ' prince capable de le Comprendre. » ,
L’influence de ces peintres et de ces sculpteurs italiens devait être plus profitable à la France que né \ l’avait été celle des architectes. C’est à leur école que se formèrent nos sculpteurs Germain Pilon, Jean Gôujon, surnommé le Phidias français, et notre peintre ■ ,Jean Cousin. Leurs meilleures œuvres peuvent appartenir aux règnes suqpmtÿ leur’ ^Joiijg û’en rejaillit pas ; moins sur le roi de la renaissance, jfont la bonne grâce et le goût ont présidé en France au réveil des arts. ^ .
To.te».» La vie de François I e * avait eu bien des côtés bril- ^T' lants; sa mort fut triste, car la mort est toujours ce ^SSSîî* que la fait la moralité de la vie privée. 11 avait depuis s " “ 9rt * longtemps perdu sa femme, la reine Claude, fille de
Louis XII, qu’il avait affligée par ses désordres, et dont l’emblème, un cygne percé d’une flèche, rappelle la vertu et les douleurs. :v-, ' i ( . . ,,
Il avait vu mourir deux de ses fils : l’aîné, François, dauphin du Viennois et duc de Bretagne, jeune prince de grande espérance, était mort à Toûrnon, en 1536, pour avoir bu de l’eau glacée après s’être échauffé au jeu de paume. Dans l’excès de sa douleur, le roi avait cru au poison et avait livré au Parlement l’échanson italien du dauphin ; il avait même accusé Charles-Quint. En 1545, son troisième fils, Charles, duc d’Orléans, lui était enlevé par une maladie contagieuse qui régnait dans l’armée. L’année suivante, le comte d’Enghien, le vainqueur de Cérisefe^ sûr lequel il avait reporté toutes ses complajsancés.depuis la mort de ses fils préférés, était tué dé lü chute d^flir Coffre, dans une partie de jeu oü tous les jeunes seigfieurs de la suite du dauphin s’étaient partagés en a&iégés et assiégeants. Il ne restait plus au Haw, celui qui lui
ressemblait le n®i^^^^|i^pia)Factère, et qui l’avait irrité en dîaïIEuant un jour, à table avec ses amis, toutes les charges de la couronne, comme s’il eût déjà été roi.
François I* r l’était encore, mais l’ulcère invétéré qui le rongeait depuis huit ans faisait ses derniers progrès. Consumé par une fièvre lente, le pauvre roi errait de château en château, sans trouver de soulagement à ses douleurs. 11 lui fallut enfin s’arrêter pour mourir; ce fut à Rambouillet. « Il fit, nous dit Brantôme, les plus belles leçons et remontrances au roi Henri, son sue-
cesseur, tant pour le monde que pour Dieu, et comment il lé devait servir et gouverner son royaume. .. Le sens lui fut toujours sain ét là parole ferme, et puis ' mourut en très-bon chrétien et belles repentances., > Ainsi cette couronne de France, « précieuse par je mystère de justice renfermé en elle », comme disait Charles V, inspirait à tous nos grands rois, quels qu’eussent été les entraînements de leur vie, le désaveu de leurs fautes, le repentir dès mauvais exemples •; donnés ef de solennelles adjurations à leurs succès-"
seurs de mieux mériter de Dieu et du peuple. Heureuse la France, si les exhortations du roi mourant eussent toujours se mdç règle au nouveau roi! — Heureux nous-nrà|^^^^QM^|e se sentait davantage des suprêmes reçus et qîib
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