‹ Les grandes époques de la France (volume 2)Chapitre 17 sur 24 · LOUIS XI · texte numérisé non relu

LOUIS XI

a Nul ne fut plus habile à soy tirer d’un mauvais pas. »

« 11 était maît:e avec lequel il fallait charrier droit. »

Commîmes.

Portrait de Lônis XI; portrait de Charles le Téméraire; Commynes. — II. Lutte entre Louis XI et Charles; ligne du Bien public ; bataille de Montlhéry ; traités de Conflans et de Saint-Maur; comment Louis XI se tire du mauvais pas ; entrevue de Péronne. — III. Nouvelle prise d’armes des seigueurs ; mort de Charles de Guyenne, frère du roi ; Charles le Téméraire en Picardie; glorieuse résistance de Beauvais; desseinsde Charles le Téméraire; nouvelle coalition; châtiment des traîtres. — IV. Charles le Téméraire court à sa perte ; la guerre contre les Suisses; bataille de Granson; attitude de Louis XI après Granson; bataille de Moral; bataille de Nancy ; mort de Charles le Téméraire. — V. Conduite de Louis XI après la mort de Charles le Téméraire ; conséquences funestes de sa mauvaise foi; dernières années de Louis XI; sa mort. — VII. Établissements do Louis XI.

Jeanne d’Arc a fait comprendre à tous les Français qu’ils étaient enfants d’un même pays, d’une même patrie. Louis XI a rendu cette patrie plus grande et

plus forte : voilà pourquoi, bien qu’il ait souvent employé de mauvais moyens, ce roi, qui est l’ouvrier le plus laborieux de la France monarchique, vient, après Jeanne d’Arc la libératrice, dans l’étude des personnages illustres de notre histoire.

G’est sous son règne que s’engagea la lutte décisive entre les grands vassaux, qui cherchaient à se rendre indépendants dans leurs domaines, et le roi, qui voulait les contraindre â reconnaître son autorité. Elle se présente à nous comme un duel à mort entre le plus puissant des seigneurs, Charles le Téméraire, duc de Bour gogne, et le roi de France Louis XI.

Jamais adversaires ne furent plus dissemblables; Portât de Louis XI est le roi moderne par excellence; il l’est par les vilains côtés, car les rois de ce temps sont - • d’assez laids personnages : il en a aussi les qualités.

Ce prince, qui fit si bien œuvre de roi, n’a rien de royal dans la mine. Il est petit et chétif; il aurait peutêtre l’air humble et presque bas, si l’on pouvait $e méprendre au feu de son regard et aù respect de ceux c qui le servent. Il est pauvrement vêtu, et ce n’est point à la façon gaillarde de Henri IV, disant plaisamment de son surtout gris : « Je suis tout gris au dehprs, mais tout d’or au dedans. » Il affecte si bien la lésinçrie par dédain de l’apparat, qu’on trouve au compte des dépenses de sa maison une note de vingt sous pour deux

manches neuves à son vieux pourpoint. Il se fera souvent humble en paroles comme en habits ; au temps des fières devises, il aimera à répéter : « Quand orgueil chevauche devant, dommage suit par derrière. » II dira encore que : « Qui a le profit de la guerre en a l’honneur. » Passé maître en dissimulation, il ménagera les gens jusqu’au jour où il se sentira bien assuré d’être le plus fort. Aux prises avec des ennemis qui ne reculent, il est vrai, devant aucune perfidie, il- sera plus perfide encore, et avec une bonhomie sinistre qui épouvante : « J’ai besoin d’une bonne tête comme la vôtre, » écrira-t-il à un conjuré qu’il veut attirer près de lui pour le faire décapiter. Il se complaira si bien dans son habileté à tromper et ourdira tant de trames qu’il se prendra lui-même à ses pièges; il se proposera d’être plus habile une ailtre fois, mais non plus sincère, et il lui arrivera de commettre de lourdes fautes parce qu’il aura manqué de bonne foi. Quand il pourra se venger sans dommage, il le fera avec une cruauté odieuse ; il inventera des supplices et recommandera de bien torturer le prisonnier.

Cet homme de mine si chétive est bien le maître * avec lequel il faut charrier droit, » comme dit un de ses serviteurs, et il exerce sur tout ce qui l’approche fin ascendant irrésistible. S’il est économe pour luimême, il est d’une libéralité sans mesure pour acheter éeux dont il veut se servir : « Notre maître avait cela de bon que, s’il prenait tout, il dépensait tout, » dit encore son conseiller et son historien, et cette dépense était l’achat dés Villes et le prix des consciences. Bien

qu’il se confiât surtout aux ruses des négofciations, il était brave et ne se ménageait ni à l’assaut ni dans la mêlée; on le vit bien au combat de Saint-Jacques, à la bataille de Montlhéry et au siège de Liège. Il eût été le plus sage des politiques s’il avait été plus honnête. Nul ne fut plus habile en effet « à soy tirer d’un mauvais pas » ainsi qu’à circonvenir et à gagner les hommes. Pour aller à eux par un chemin assuré, il s’enquérait de leur passion : « Qu’aime-t-il? » demandait-il de celui qu’il voulait s’attacher, et alors il le séduisait par sa parole, « tant douce, dit un contemporain, qu’elle endormait comme la sirène tous ceux qui lui prêtaient l'oreille ; » il achevait l’œuvre de séduction par sa libéralité.

Si l’on cherche maintenant le but auquel il tendait par tant d’artifices et de labeurs, on trouve que c’est l’accroissement de la France. Il y mit l’avidité du paysan joignant le sillon au sillon et le champ voisin à son lopin de terre. Chaque ennemi vaincu, chaque province conquise lui arrachait un cri de joie : « Je n’ai pas perdu mon estoc, » disait-il. Quand la Bourgogne tombe entre ses mains, il ne se contient plus; c’est le paradis longtemps convoité. Il faut bien alors nous associer à sa joie patriotique et triompher avec lui de la chute du Téméraire; mais nous y voudrions un de ces retours de pitié humaine, une de ces larmes que verse le victorieux sur le vaincu, Alexandre sur Darius, Scipion sur Carthage, César sur Pompée; sous le politique habile et opiniâtre, poursuivant une œuvre légitime, on ne verrait pas le mauvais homme.

Portrait de Charles le Téméraire.

Ce roi, qui a une passion si vive et si peu scrupuleuse pour la grandeur de la France, a aussi le pressentiment de toutes ses forces nouvelles. Il se tourne vers la bourgeoisie et le bon populaire des villes, comme il dit. « Il est, nous rapporte Commynes, naturellemept ami des gens de moyen état et ennemi de tous grands qui se peuvent passer de lui. » Il invite à sa table les gros marchands et les traite de compères. Il sait ce que vaut l’arme plébéienne, l'infanterie, « souveraine chose aux batailles; » il a en grande estime les incomparables fantassins de la Suisse; il s’en fera de puissants auxiliaires contre son adversaire de Bourgogne, et en formera, car il a deviné leur instinct mercenaire, le noyau de son armée. Ce n’est pas seulement aux choses de la guerre qu’il aura l’esprit ouvert : il prévoira le rôle de l’imprimerie et lui sera favorable ; il donnera ses soins au commerce et à l’industrie, dont les grandes destinées commencent; il aimera les lettres et applaudira au progrès des sciences.

Tout autre est Charles, qu’on appellera le Hardi après sa victoire douteuse de Montlhéry, le Terrible après le sac impitoyable de Nesle, le Téméraire quand il se sera perdu dans ses folles entreprises contre l'Allemagne et les Suisses. À le voir monté sur son grand chev.11 noir, Moreau, dans l’appareil des chevaliers de son temps, avec le lion d’or qui lui sert de cimier, et toute la magnificence héréditaire de sa maison répandue sur ses armes, on se prend à craindre la défaite de ce chétif personnage, Louis, roi de France, son suzerain et son eimemi. Il est maître des grasses

Flandres, qui lui donneront l’argent, et des Bourgognes, qui fourniront les hommes d'armes. Qu'il accomplisse ses desseins, qu’il conquière l’Alsace sur l’Allemagne désunie et impuissante, la Lorraine sur un prince enfant, la Provence sur le bon roi René, le grand duc de l’Occident, comme il s’appelle, aura fondé un État redoutable entre la France et l’Empire. La France, dépourvue de ses frontières de l’Est, travaillée par ce vassal, allié naturel des autres grands vassaux, ne pourra plus espérer d’accroissement, et le roi sera incapable de maintenir son droit contre les seigneurs rebelles. Mais, heureusement pour la France, Charles est un de ces princes « qui n’ont jamais doute ni crainte de leurs ennemis, et qui le tiendraient à honte... puissants de gens et d’argent, mais n’ayant pas assez de sens ni de malice peur conduire leurs entreprises. » (Commynes.) Il concevra d’une action confuse, où le hasard seul lui donr : 1 un avantage très-douteux, une confiance qui le perdra. Il ne saura ni compter ses ennemis, ni les diviser, ni choisir le moment propice de les combattre. La passion de l’heure présente lui dictera ses résolutions ; son humeur deviendra de plus en plus violente et son obstination aveugle. L’adversité, qui instruira Louis XI, ne lui apprendra rien ; il mettra son honneur à ne pas reculer dans des entreprises insensées, comme un chevalier en champ clos le met à ne pas rompre. Il portera dans la guerre une cruauté qui apprendra aux villes à subir toutes les extrémités plutôt que de se rendre. Il marchera à sa ruine en suivant sa haine et

Cotpmyhei.

sa passion sons l’œil d’un ennemi qui profitera de toute ses fautes.

Les anciens disaient que Jupiter ôte la raison à ceux qu’il veut perdre. Or, à défaut de son sens propre, Charles avait eu près de lui, sinon la raison même, du moins la sagesse pratique en la personne d’un de ses Chambellans, Commynes ; mais il n’avait pas su l’apprécier, et Commynes avait passé de son service à celui de Louis XI, dont il fut le conseiller écouté et l'historien judicieux. Ce témoin, qui vit de si près et si bien le grand duel que nous allons raconter, est pour nous une intéressante figure. Attaché jeune encore à Charles le Téméraire, Commynes, avec son esprit juste et délié, n’avait pas tardé à juger le prince qu’il servait et auquel il essayait en vain de taire agréer ses conseils. Il dut même souvent s’en trouver mal , s’il est vrai que le duc , en retour de quelques avis, lui donna un jour un coup de botte éperonnée à travers le visage; c’est sans doute en souvenir de ce rude traitement qu’il parle quelque part des princes bêtes, incapables de conseil. Charles n’était certes pas l'homme sage et malicieux que Commynes eût choisi pour maître ; aussi, quand il connut Louis XI, il le goûta de prime abord. De son côté, ce prince, bon juge des hommes, s’appliqua h gagner le conseiller qu’avait dédaigné son rival, et, sachant ce qu’il aimait, il lui promit des marques solides de sa faveur, et surtout de la créance en son avis. Commynes quitta donc un beau jour le duc pour le roi, qu’il servit jusqu'à la fin de son règne, comme Louis voulait être servi, sans ré-

Serve et peut-être sans scrupules. Alors que le Téméraire se perdra h Nancy, Commynes sera le porteur de la bonne nouvelle, et, insensible au souvenir de ses premières années et au spectacle de cette grande infortune, il s’associera sans pudeur à la joie du roi. Il aura alors, en effet, outre la récompense, qu’il ne méprise pas, le plaisir d’observer chez les courtisans la crainte d’avoir à compter avec un maître plus libre d’agir et de punir; il aura surtout cette satisfaction du politique qui a vu juste, a su profiter de l’occasion, a bien choisi son maître et prédit la ruine du prince incapable de conseil. ,

Soyons maintenant attentifs à la lutte de Louis XI et de Charles. Nous sommes assurés, grâce à Commynes, 4’être bien placés pour juger des coups.

Quand il n’était encore que dauphin, Louis XI avait voulu contraindre son père â congédier des favoris qui le conseillaient mal, et il s’était armé contre lui. Banni

de la cour, il se retira dans son gouvernement du Dauphiné, puis, averti que son père voulait s’emparer de lui, il échappa aux, émissaires du roi , grâce à la légèreté de son cheval, et se réfugia, lui septième, à la cour du vieil ennemi de la couronne de France, le duc de Bourgogne. Philippe le Bon (c’était le nom du duc, père de Charles le Téméraire) s’empressa de faire bqn accueil au prince rebelle, tandis que Charles Vil

Latte entre Louis XI et Charles le Téméraire .

disait avec une juste prévision de l’avenir : « Mon cousin de Bourgogne nourrit le renard qui mangera ses poules. » Le dauphin fugitif attendit au château de Cenappe, en Flandre, la mort de son père, en apprenant à connaître ce Charles, comté de Charojais, héritier présomptif des vastes États de la maison de Bourgogne, avec lequel il devait bientôt engager une guerre il outrance. . :

Charles VII mort (1461), Louis, onzième du nom, rentre en France au milieu de tout l’éclat du cortège bourguignon qui l’accompagne; il semble un petit personnage auprès de son redoutable allié, mais il sait qu’il est le suzerain et que ce titre ne sera pas vain.

Il se félicite tout haut de l’amitié du duc de Bourgogne, , mais il se propose tout bas rabaissement d’un vassal trop puissant et trop riche. Pour cela, il faut que la ^France appauvrie redevienne prospère. « J’ai l’âme navrée, dit-il à son discours du sacre,. du spectacle qui frappe mes yeux depuis que je suis revenu au milieu de vous. Pendant cinq ans passés en exil au mifièu de la Flandre, j’ai contemplé le bonheur auquel peut parvenir un peuple : pour tous, dans cette heureuse province, des habitations saines, de bons vêtements, une nourriture abondante ; aussi les habitants sont-ils pleins de bien-être et de santé. Chez nous, au contraire, le pays est encore tout dévasté, et la population, rare et chétive, languit dans la plus affreuse pénurie : le pain, les habits, les abris même, tout manque ou est insuffisant. Ce contraste si frappant, si cruel, m’indique assez mes devoirs. Vous et moi (iipar

lait aux évêques qui l’avaient harangué et aux échevins de Reims), il nous faut travailler ensemble à réparer tarit de mal, vous en vous réveillant h l’activité,

• à l’ordre, à l’industrie, moi en vous protégeant par un •> bon et sage gouvernement . » Il ne tarda pas à se mettre

à l’œuvre, mais il débuta par des fautes : l’argent, dont il n’usait pas pour lui, mais qu’il considérait comme le nerf de la politique, lui manquant, il aggrava l’impôt sur les vins déjà si onérenx, et provoqua ainsi des révoltes populaires à Paris, à Angers, à Alençon, à Aurillae. Il mécontenta la petite noblesse • en restreignant son droit de chasse; il se trouvait ainsi plus faible pour lutter contre les prétentions hautaines des grands vassaux et se défendre de leurs entreprises.

C’est à la maison de Bourgogne qu’il se prit d’abord, Bien* p“. mais en usant de son droit. Les villes de la Somme, ^7 c’est-à-dire l'appui de cette rivière, notre seule défense au nord, avaient été livrées par le traité d’Arras à Philippe le Bon, mais pouvaient être rachetées moyennant 400,000 écus d’or. Louis rassembla de toutes mains la somme, et s'empressa de la porter lui-même au duc de Bourgogne qui, ne pouvant se refuser à l’exécution d’une des clauses du traité, rendit ce qu’il détenait. De là, grande colère de Charles et redoublement de manœuvres et de négociations avec le duc de Bretagne, qui ne voulait point reconnaître la suzeraineté du roi de France, avec les grands vassaux de la couronne, toujours prêts à se lever contre l’autorité royale, et même avec le jeune frère du roi qui, à partir de ce jour; sera le chef nominal et le prête-

nom de toutes les coalitions contre Louis XI. Les conjurés cachèrent leurs prétentions seigneuriales sous la montre de l’intérêt populaire, et la ligue du Bien public se trouva faite. C’est le premier des quatre • assauts du grand duel entre le Téméraire et Louis XI.

Louis, qui avait fait tant de mécontents, qui déjà le sentait et se repentait, mit du moins un soin particulier à s’attacher les Parisiens. Il leur accorda de grandes réductions sur la taxe des vins, et leur témoigna sa confiance en laissant à leur garde la reine, qui était sur le point d’accoucher. Il leur persuada qu’ils avaient tout intérêt à résister aux seigneurs rebelles ; il les arma, les forma en compagnies, passa de fréquentes . . . revues, fit murer les portes des remparts, et, assuré de la fidélité comme du bon état de défense de sa Capitale, il put tenir la campagne et livrer bataille aux confédérés.

Bataille de Ce fut la bataille de Montlhéry à laquelle figurèrent U6s y ‘ nos trois personnages, Charles le Téméraire, Louis XI et l’historien Comuynes, et qui, pou décisive peut-être par elle-même, le fut beaucoup par l’inlluence qu’elle eut sur l’esprit et les résolutions des deux champions. Commynes, qui de nature aime peu la guerre, ce jeu, comme on a dit, de la force et du hasard, nous a fait de cette journée un récit où l’ironie se mêle à une pénétrante observation. Il vit les chevaliers bourguignons, emportés par un beau zèle, culbuter les archers de leur propre armée, comme avait fait si malheureusement notre chevalier à la bataille de Crécy, et charger dans le plus grand désordre. « Les choses ne tiennent

pas aux champs, dit-il, comme elles sont ordonnées en chambre. » Il observe encore que le succès dé Charles de Bourgogne fut dû à des mouvements qui n’avaient point été concertés. Mais ce succès même ne laisse pas que d’être douteux; à un certain moment, chaque parti s’était cru battu. Du côté du roi, il y eut un grand personnage qui s’enfuit au galop jusqu’à Lusignan (en Poitou) sans débrider, et du côté de Bourgogne, un autre grand personnage ne s’enfuit pas moins vite jusqu’au Quesnoy (en Hainaut); de telle sorte que ces deux, ajoute Commynes, n’avaient garde de se mordre l’un l’autre.

Charles s’empressa de s’attribuer tout l’honneur de la journée, parce que le roi lui laissa le champ de bataille, et il en eut le cœur tellement enflé, que de ce jour il se crut un Alexandre, ne rêva plus que guerres et conquêtes, dédaigna tout conseil et s’engagea dans la voie où il devait trouver sa perte. Louis n’eut vraiment pu mieux faire que d’inspirer à son rival cette folle confiance; quant à lui, il tira de cette journée un enseignement qui lui profita. Il avait reconnu que ceux-là mêmes auxquels il avait confié le commandement de son armée avaient des intelligences avec l’ennemi ; l’un d’eux, le sire de Brézé, lui avouait avant la bataille qu’il avait signé un engagement avec lès conjurés : « Ils ont mon scel (signature), disait ce traître en riant, mais vous avez le cœur et le corps : » Brézé, surveillé de près* ne faillit pas, mais le roi comprit qu’outre le danger de remettre le sort de la monarchie aux hasards d'une bataille, il y avait celui de

f laisser un trop beau jeu à la trahison dans la confusion

d'une de ces mêlées où, comme dit Commynes, le ) sens d’un .seul homme ne saurait prétendre donner

, ’ ordre à un si grand nombre de gens. De ce jour donc,

décisif dans l’histoire du roi et de son terrible vassal,

. Charles se confia aveuglément à la foree; et Louis à la ... dissimulation et à la ruse.

'Coni'nn* *e* II y recourut tout d’abord, suivant le conseil de son fi! 1 ' grand ami, le duc de Milan, Sforza, qui lui fit dire

y ,6o ‘ qu’avant tout il fallait séparer cette compagnie, « Ne

refusez, ajoutait-il, nulle chose qu’on vous demande. » Louis traita donc à Conflans et à Saint-Maur, promit d’investir sdh frère, le duc Charles, de la Normandie, et rendit au comte de Charolais les villes de la Somme. « Au regard des autres seigneurs, chacun eut sa part au butin et emporta sa pièce. »

Lolîs'xilc Mais tandis que les adversaires de l’autorité royale ttauvaï» la croyaient pour longtemps abattue, Louis, qui avait - grandi par cette épreuve et qui était devenu sage à ses dépens, était plus que jamais redoutable à ces adversaires de son autorité, qui ne s’étaient pas souvenus du bien public après leur victoire d’un jour.

11 montra bien, en effet, qu’il était surtout habile « à soy tirer d’un mauvais pas, » comme dit Commÿnes : il entreprit activement de. gagner les plus dan- ” gereux d’entre ses ennemis; il rappela les conseillers

de son père, s’attacha son ancien ennemi Dammartin, qui devint son plus fidèle serviteur, donna au duc de Bourbon le gouvernement du Midi, acheta Saint-Pol , par la charge de connétable, se réconcilia avec le vieux

Dunois, pardonna aux traîtres d’Armagnac et leur accorda de nouvelles faveurs. En tout cela, il n’avait qu’un but, reprendre la Normandie. Quand il fut assuré que le duc de Bretagne ne donnerait pas d’assistance à son frère, il mit la main sur la Normandie et fit approuver sa conduite par les États généraux de Tours,' qui déclarèrent que « pour rien sous le ciel, ni affection, ni craintes, ni promesses, le roi ne pouvait ac- , . quiescer à la séparation de la Normandie, ni à son transport en d’autres mains que les siennes. » Puis, s’en prenant au duc de Bretagne lui-même, dont il savait les menées avec l’Angleterre, il envahit son duché et le força, par le traité d’Ancenis, à, abjurer toute autre alliance que celle du roi.

Si Charles n’était point intervenu tandis que Louis Emmu«

Page 1