‹ Les grandes époques de Mr ThebaultChapitre 10 sur 62 · LE PREMIER MARIAGE DE M. THEBAULT · texte numérisé non relu

LE PREMIER MARIAGE DE M. THEBAULT

c'était, pour lui, une bonne affaire : la mère Thoisier était une brave femme, travailleuse, qui devait avoir quelques économies ; — quant à la petite Thoisier, elle était très g-entille, un peu élég-ante peut-être... elle portait le chapeau... mais toutes les filles portaient le chapeau aujourd'hui.

— « Je ne la connais pas. dit M. Thebault en cherchant à se la rappeler.

— « Tu ne connais pas la petite Thoisier? !... reprocha Mme Thebault. — La fille à la Thoisier la laveuse de lessive...

— « Ah ! la fille à la n se souvint enfin

M. Thebault.

Eh ! oui, elle était gentille !

Allons, allons ! pour son début M. Thebault allait consacrer une charmante union.

Sa femme trouvait qu'en effet elle s'annonçait bien.

On oublia que Blumeau était un garnement, que la petite Thoisier avait fait parler d'elle... et le couple Thebault en vint à reconnaître que c'étaient de très braves gens.

Mme Thebault parlait, parlait.

M. Thebault réfléchissait. Tout à coup, sortant de sa profonde rêverie, il lança :

« Eh bien ! il ne sera pas dit que je n'attacherai pas mon nom aune innovation. »

Il demanda à sa femme si elle avait remarqué la différence qu'il y avait entre les mariages des riches et ceux des pauvres — à la Mairie.

Mme Thebault n'avait rien remarqué.

Son mari lui détailla que pour les riches ou les gens d'une certaine position. on mettait des tapis, des fauteuils routes, des fleurs partout et que l'on quêtait au profit du Bureau de Bienfaisance. Pour les pauvres on supprimait tout cela : on mariait sur une table en bois blanc, sans tapis parterre, avec deux chaises de paille et des bancs derrière. Pas de fleurs dans les coins, rien !

Il convint que cette différence de traitement était choquante sous un régime d'égalité et que la République, en somme, s'appliquait à res= sembler à la Monarchie

Lancé dans sa période oratoire, il s'exclama ;

« Oui, nous qui réprouvons les coutumes de l'Eglise, nous nous ingénions à faire les nôtres pareilles aux siennes !

« Comme elle, nous faisons la différence des classes de la Société et comme elle, aussi il faut bien l'avouer, nous avons un tarif, là ! !

« Tant pis pour les habitudes. Moi, tu entends, je ne me prêterai pas à ces coutumes dignes du Moyen-âge ; je t'avertis que demain, au mariage de Blumeau, il y aura des fauteuils rouges, un tapis par terre aussi bien que sur la table et des fleurs derrière moi.

« Et puis, au moment où personne ne s'en doutera, je dirai à Antoine de prendre le plateau de quête et de faire un tour parmi l'assistance.

« Nous verrons bien si les ouvriers n'auront pas leur place au soleil comme les riches ! »

Mme Thebault fouettée par le zéphyr d'égalité soulevé par son mari, trouvant que son innovation était louable, l'encourageait d'acquiescements admirât ifs.

M. Thebault finit par dire :

« Ça n'est pas tout

« Le Maire a prononcé un discours pour le mariage du lieutenant Dosimont, j'en prononcerai un pour celui de Blumeau. »

Il ajouta qu'il admettait la simplicité pour tout

ce cjui était suffisamment beau, suffisamment grand parsoi-mêmepouréleverrâmeetfrapperTesprit, mais que pour le sacrement civil du mariage

à laAlairie.il fallait duiaste et de la mise en scène.

« Après tout — parlait-il — la Religion n'est pas si bête que nous. Elle sait bien que ce qu'elle fait ne tiendrait pas debout si elle le faisait à notre façon.

« Ne nous y trompons pas, là est la cause du discrédit du mariage civil. Il est nécessaire de le relever — je le relèverai.

— « Ali ! mon ami, dit Mmp Thebault — , c'est ça qui va en faire du bruit !

« Tu en auras de la popularité, va !

« Les ouvriers diront : Hein ! vous voyez... »

\[me Thebault était enthousiasmée.

M. Thebault prit son chapeau pour aller s'entendre avec le Maire autant que pour faire une répétion de la scène qui allait se passer le lendemain et dans laquelle, il ne se le dissimulait pas. il allait jouer le premier grand rôle.

En sortant de chez lui, M. Thebault regrettait qu'il n'y ait pas d'harmonium à l'Hotel-de-Ville et, tout en marchant, rêvait d'un orgue de Bar-

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