‹ Les grandes époques de Mr ThebaultChapitre 2 sur 62 · LE PREMIER DE L AN · texte numérisé non relu

LE PREMIER DE L AN

La Société, comme l'indique son nom, est philanthropique c'est-à-dire l'ondée pour secourir l'Humanité. La gratification est bien placée. M. Thebault ne se dit pas que cela servira au rince-bouche du Secrétaire et l'appel se poursuit.

On arrive aux Sapeurs-pompiers :<T) francs.

Pour le coup. M. Thebault proteste. Mais, en considération d'un tas de choses qu'on ne considère pas... on passe. Les Pompiers auront leurs 5 francs

L'Appariteur de la mairie : 2 francs. Il apporte les convocations du Conseil municipal, donne de bons renseignements, rend beaucoup de petits services... les 2 francs ne sont pas discutés. On serait même d'avis d'en donner trois; mais, si les époux Thebault sont tendres, pris individuellement, ils ne le sont plus quand ils sont ensemble.

La somme de 2 francs est maintenue

C'est le tour de la Société de gymnastique : trois francs.

M. Thebault éclate :

« C'est de l'abus ! — Trois francs ? Pourquoi

faire ? — Pour boire ! Oui, pour boire ! — On donne déjà dix francs comme membre honoraire et c'est parce qu'on est assez bète pour consentir à donner ces dix francs qu'on s'oblige à en verser trois autres? — Ah ! non, par exemple! »

M"1 Thebault trouve qu'effectivement ca n'a pas de raison d'être. On s'entend sur un autre ehiifre : deux francs. C'est suffisant. L'an prochain on ne donnera qu'un franc et puis après, rien du tout.

Mais l'orage s'amoncelait : il crève au moment où M""' Thebault lit l'article des Employés des Pompes funèbres : quatre francs.

M. Thebault se lève, outré, en répétant d'un ton de honte, le chiffre de quatre francs î

Il vient consulter le registre et, de la plus péremptoire énergie, il articule sèchement un :

<< Non — ils n'auront rien î » qui n'admet pas de discussion.

Le ménage se pose la question de la raison qui fait venir les Employés des Pompes funèbres souhaiter la bonne année.

M. Thebault a le mot facétieux :

<( Pourquoi pas les vidangeurs, aussi ? »

LE PREMIER DK L AN *j

Il est d'avis de supprimer radicalement cette gratification qui n'a pas de sens. Mais M""' Thebault est palliative et demande à son mari ce qu'il leur dira, demain quand ils seront ici. s'il ne leur donne rien.

On a d'ailleurs, examiné leur cas les années précédentes. On pourrait réduire la somme à deux francs — comme pour la Société de gymmastique — et l'an prochain, on verrait.

M. Thebault dit à sa femme qu' « elle est extraordinaire, qu'elle est toujours comme cela, que si on voulait la croire on se ruinerait » ... enfin le chiffre de deux francs est adopté.

M. Thebault s'est replacé dans son fauteuil et parle des coutumes ridicules qui frappent les honnêtes gens, des abus sans nombre dont est victime la population intelligente et travailleuse... Sa parole résonne dans le silence de la salle à manger.

Mmc Thebault continue de parcourir son livre de dépenses en poussant de petits soupirs de ci de là. Elle songe à un tas de choses : à l'argent qu'il faut pour faire marcher une maison, à l'an née qui finit, à celles qui sont déjà passées

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Elle pense aussi qu'il lui serait bien doux d'avoir aujourd'hui avee elle, son lils le fonctionnaire, sa bru et son petit-fils... Mais, quelque part en France, dans un trou de trois mille habitants, il y a un sous-préfet qui recevra demain les Membres des administrations et qui lui volera une journée heureuse pour la satisfaction gouvernementale. — À Pâques, au moins, elle aura son petit-fils, un grand garçon de 7 ans, mais demain... Mme ïhebault soupire et n'a pas remarqué que, depuis un quart d'heure, M. Thebault ne parle plus et dort d'un profond sommeil.

Elle se lève alors pour reporter, à pas de loup, l'encre et le buvard sur le bureau quand, malencontreusement, sa jupe accroche le chauffepieds.

Un silence de crainte succède au bruit de ferrailles, mais M. Thebault se réveille et dit :

— « Allons nous coucher ».

M,ne Thebault va chercher la lanterne dans la cuisine et y place un morceau de bougie. Elle revient, prend une des allumettes qu'elle confectionne avec du papier, le soir quand elle n'a rien

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