LES FŒTUS
Il en est de deux tempéraments.
Les uns rieurs, les autres maussades.
Ils ont tous de la peau à en revendre : tant, même, que ne sachant quel usage en tirer, ils l'ont plissée partout, ce qui leur donne des airs de reinettes en février.
Il vivent dans des bocaux
La plupart commencent par être aquatiques — ils deviennent ensuite amphibies sans changer de forme.
Il n'est cependant pas rare d'en trouver d'aériens.
Les individus de cette espèce se distinguent
«y, HISTOIRES SANS IMPORTANCE
des autres par la couleur verte ou brune de leur extérieur. Leur aspect est celui de gens fatigués. Ils ont la tête inclinée sur la poitrine, ce qui contribue à leur donner un air rétléchi, incompatible avec la pose qu'ils ont adoptée.
J'arrive de Paris — où j'ai été convoqué comme témoin dans une histoire de drame passionnel.
Avant l'affaire au sujet de laquelle je devais être entendu, j'en entendis appeler trois autres.
Y ne, parmi celles-ci, me prouva que je n'étais pas très au courant de la dernière édition de l'Histoire Naturelle.
Malgré le trouble intellectuel causé par mes modestes débuts à la barre de déposition, j'avais remarqué deux personnages au banc des accusés :
Un homme qui, bien qu'assis, me paraissait assez grand — et une femme.
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L'homme était brun, à figure glabre. Sa mise soignée dénotait l'exagération dune mode un peu voyante. Il tenait à la main un chapeau de feutre de couleur beige.
La femme était gentille mais semblait être très fatiguée. Elle paraissait connaître la vie à fond.
Cédant à la curiosité, je me tournai vers mon voisin et lui demandai quel était ce prévenu :
— « Un maquereau », me répondit-il sans broncher.
Je ne comprenais pas.
— « Et la femme qui est à côté de lui ? » insistai-je.
— « Sa grenouille » — me lanca-t-il, cette fois d'un air agacé.
Voilà des animaux qui nous ressemblent rudement.