LE COUCOU
M. Ledru. le pharmacien, se lève tous les matins à six heures
Il sort de six heures et demie à sept heures et demie.
M""1 Ledru. qui a vingt ans de moins que son mari, qui est une jolie trentaine, blonde et grassouillette, en profite pour se mettre en travers du lit ; — ainsi placée en diagonale, elle dort jusqu'à neuf heures.
M. Ledru n'y voit aucun inconvénient :
« Chacun a ses habitudes n'est-ce pas ? » Mais, ce matin de fin d'avril. M'"*' Ledru a été prise dune fringale d'air frais et de senteurs
()S IIISmiKKS SANS IMPORTANCE
printanières. Au moment où M. Lediu s'est tiré du lit, elle a sauté allègrement sur la carpette de peau de chèvre, a posé le bout de ses pieds dans ses mules et, d'un air décidé, a dit à M.Ledru :
« — Ce matin, je sors avec toi. »
Ils sont partis. M""' Ledru rosée par un soleil encore tout jeune, s'enivrant d'une brise qui lui fait battre les narines, — M. Ledru bornant ses observations au bien-être tpie procure une course rapide avant la chaleur.
M. Ledru ne dit rien ; il a tellement l'habitude d'être seul à cette heure du jour, qu'il ne peut se figurer que sa femme l'accompagne aujourd'hui.
Au bout de vingt minutes de marche, M""' Ledru sent s'évanouir sa belle humeur de saison neuve. Tout en trottant, elle réfléchit qu'elle a l'ait une sottise de s'olirir la satisfaction dune lubie si matinale.
Le Soleil monte rapidement et lui rend plus cuisants les regrets de sa mésaventure.
lis coucou go,
m Si seulement, — pense Mme Le dru, on rencontrait le Régiment ! »
M'"" Le Iru aloi*5 l'Armée ; quelques uns de ses représentants le lui rendent d'ailleurs largement. M. Ledru, qui ne veut pas déranger la quiétude ordinaire de son esprit, se sent toujours disposé à abandonner l'Armée entière à sa femme
Ils arrivent, ainsi, près d'un petit bois.
Les feuilles ne sont pas encore poussées, mais dans l'herbe il y a des printemps et des violettes.
tin bruit d ailes fait lever la tète aux deux promeneurs.
Ils voient un oiseau gris-brun foncé, qui s'envole connue un épervier et qui, d'un savant coup d'aile, va se poser sur une branche à cinquante mètres d'eux.
Avant que M. Le lru l'ait reconnu, il se tourne vers lui et, content d'avoir trouvé un mot intelligent, lui chante par trois fois :
« — Coucou ! -»
Du ton qu'il emploierait s'il pouvait lui dire :
« — Ca v est. mon vieux ! »
M. Ledru fronce les sourcils et glisse un coup
d\eil inquiet à Mme Ledru, qui baisse le nez et rosit un peu plus en cueillant une primevère.
Du côté de la ville, on entend une marche militaire.
C'est le Régiment qui sort delà caserne.
« Ils vont sur la route de Marmillon », dit M"u* Ledru, pour rompre le silence.
L'HUITRE
Un être calme, dont la vie est l'image de l'immobilité.
Très attaché au sol qui le voit naître, quand il le quitte, il se trouve dépaysé et bâille d'ennui.
N'est pas méchant, n'est pas bon. ne dit rien, ne fait rien ; c'est une huître.
Dans les pays où il n'y a pas d'almanach. il sert d'indicateur des marées.
C'est le niveau d'eau des océans.
LE HERISSON
Ce n'est qu'un cobaye tlo.it les roils se sont rigidifiés.
Il n'aime pas les lapins et leur joue parfois le mauvais tour de s'introduire dans l?urs trous.
C'est un farceur, mais un farceur très susceptible.
Il ne comprend point beaucoup noi façons de vivre, déteste le flafla et le bruit dos fêtes, et a horreur de la publicité.
On peut dire que c'est un grincheux.
Si vous voulez faire une petite conversation avec lui, il vous faudra prendre des précautions infinies pour l'appr >eher. Encore ne S2rez vous