‹ Les grandes époques de Mr ThebaultChapitre 39 sur 62 · LE CRABE ET L ECREVISSE · texte numérisé non relu

LE CRABE ET L ECREVISSE

en colère, l'aspect général dénotant une fureur très marquée.

Je vins reprendre l'écrevisse, que cette sotte dispute avait un peu abattue. Elle me paya de reconnaissance en claquant trois fois de la queue avec le bruit que fait la langue d'un Monsieur que je connais beaucoup, chaque fois que ce brave homme goûte un vin ou une liqueur agréable.

LEPIXOCHE

Je pèche à la ligne environ trois fois par an — , les trois jours de Tannée penJant lesquels je ne sais que faire.

Je ne suis généralement pas très heureux.

Dernièrement, — agacé de l'immobilité absolue du bouchon — , je m'étais étendu à plat ventre, sur le bord de l'eau, la tète du côté du ruisseau, les pieds dans le pré, ma gaule près de moi — à droite ; mon chien dans la même position — à gauche. Nous formions ainsi trois lignes parallèles.

Mon chien ne bougeait pas plus que ma ligne et moi pas plus que mon chien. Mes deux compagnons dormaient à poings fermés.

L ÉPLNOCIIE 1 1()

J'allais les imiter, quand mes yeux, qui regardaient l'eau sans savoir pourquoi ils s'y étaient iixés, distinguèrent, à deux ou trois pieds de la surface, un petit fuseau d'un brun verdâtre, long de quelques centimètres, sur les côtés duquel de petites hélices à peine visibles tournaient à toute volée. Malgré le mouvement vertigineux de ces appareils propulseurs, le fuseau ne bougeait pas et ressemblait, à s'y méprendre, à un petit poisson de zinc oxydé.

Tout à coup, mon petit poisson en zinc fit un bond, qui se réduisit, par suite d'un arrêt brusque, à un déplacement de quelques centimètres. — 11 paraît même que c'était plus qu'il ne fallait pour ce qu'il voulait faire, car il battit en retraite, imperceptiblement, sans avoir l'air de rétrograder.

Ce manège ne dura pas, car il revint à son idée première : refit, sans trajectoire, — toujours en zinc rigide,. — un autre bond horizontal, suivi de deux autres, et fut à une longueur d'une énorme souche moussue et pourrie qu'il considéra en connaisseur. Il semblait sj dire qu'elle ne lui échapperait pas;

Sa proie était trouvée, il l'attaqua sans hésiter.

D'un jet brutal, il alla frapper du nez contre elle.

Ce choc le lit rebondir à sa première place.

Il examina de nouveau son butin.

A cet instant, j'eus réellement peur pour la souche.

Il recommença trois fois son assaut, tandis qu'une petite fumée noire, qui indiquait évidemment que l'attaque avait été effective, s'échappait en panache du point de contact choisi par l'envahisseur.

Voyant que son ennemi était trop ancré dans ses positions, mon petit poisson de métal se ravisant, se précipita inconsidérément dans la fumée noire et disparut un instant.

Quand je le revis, il laissait échapper de sa bouche d'infimes petites bouffées brunes que indiquaient qu'il avait commencé son festin.

Ne voulant pas voir la fin de la souche, je décidai de quitter les lieux.

Pour ne pas interrompre le combat, je me mis à m'éloig-ner insensiblement — tout d'une pièce

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— ma Liant de mes mains — en rampant à reculons

Tout à coup je m'aperçus que j'imitais mon épinoche...

J'eus peur de manger des souches et, sifflant mon chien, rentrai rapidement chez moi.

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