PAQUES
sa personne dans un bâillement et se persuade qu'évidemment il n'a rien à faire.
M. Thebault est un vieux franc-maçon, mais il reconnaît que les fêtes religieuses ont leur bon côté : celui de procurer, de temps en temps, un repos salutaire au corps et à l'esprit
M"'e Thebault est occupée à pincer ses rosiers. On entend le bruit sec de son sécateur.
Elle prend des précautions infinies pour ne pas abîmer sa robe neuve et la sueur perle sur son front qui est rouge feu de bois.
Pendant ce temps, le jeune Maurice qui a déjà taillé plus de vingt morceaux de bois avec le couteau de son grand-père, ne sait plus que faire pour ne pas s'ennuyer. Il pousse du pied des petits cailloux et s'applique à les lancer le plus loin qu'il peut.
Cette pratique de balistique lui attire une remarque très juste : « il a des bottines neuves, il va les abîmer » .
Le jeune Maurice comprend que la raison du grand-père est bonne ; il cesse son jeu.
Mais, maintenant, que va-t-il faire — voyons, que va-t-il faire ?
iS LES GRANDES ÉPOQUES DE M. TIIEBAULT
Il prend inconsciemment de petites pierres, s'ingénie sans conviction à jongler avec, s'éloigne un peu et finalement s'amuse à les lancer sur le mur en visant un point qu'il a déterminé. Après tout, ça vaut tout autant que de pousser des cailloux avec les pieds ; ce jeu, même, lui plaît beaucoup plus, mais Mme Thebault se retourne et lui crie :
— « Maurice, tu vas avoir chaud ».
— (( Non, grand'mère, répond le jeune sportsman en continuant.
— « Et puis, fais attention à ne pas te salir » — reprend la grand'mère.
Le jeune Maurice, cette fois, n'a pas répondu parce qu'il est déjà sale. — Néanmoins il n'interrompt pas son jeu.
Tout à coup, un fracas de vitre brisée se fait entendre : M. Thebault se lève — M",e Thebault se redresse
(Test une pierre, lancée dans une mauvaise direction, qui vient de tomber sur la serre et y a cassé un carreau.
— « Il ne manquait plus que ça! — rage M. Thebault.