‹ Les grandes époques de Mr ThebaultChapitre 5 sur 62 · PAQUES · texte numérisé non relu

PAQUES

Il fait un temps superbe.

Après le déjeuner, qui fut copieux. M. et Mme Thebault sont allés dans le jardin.

M. Thebault inaugure un chapeau de paille, — Mme Thebault éclate dans une robe neuve de satin broché et le jeune Maurice, leur petit-fils, étrenne un magniiique costume marin et des bottines vernies.

« Quelle belle chaleur ! » fait M. Thebault.

Et l'on cause en s'arrètant devant les bourgeons qui craquent.

« Voilà les lilas partis ; dans trois semaines ils auront des fleurs, » dit M,,e Thebault.

l6 LES GRANDES ÉPOQUES DE M. TIlEBAtLT

Mais son mari ne s'extasie pas sur les arbres qui ne rapportent pas de fruits. Il sourit, cependant, en lançant sa fumée de cigare et conclut en avouant qu'il n'a jamais vu le jardin si bien préparé. — (Qu'il arrive seulement une petite grêle inoffensive ou huit jours de pluie, il affirmera que tout est haché, pourri, perdu.)

Le jeune Maurice s'est un peu écarté du groupe conjugal de ses aïeux et louche sur un papillon jaune qui, malheureusement, s'obstine à voler au beau milieu du carré des asperges ; elles ne pointent pas encore, mais elle se préparent et son grand'père y veille. Il comprend qu'il serait imprudent de tenter l'aventure et il rejoint mélancoliquement sa famille, qui se dirige vers le banc qui est adossé à la tonnelle.

M. Thebault s'y assied, enlève son chapeau de paille, l'examine et dit qu'il pense, décidément, avoir fait une bonne acquisition.

— « Je crois qu'il est bon » répond M",e Thebault.

Son heureux époux pose, avec précaution, sa nouvelle emplette sur le banc et se passe la main dans les cheveux. Il étend les jambes, raidit toute

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