LE FRÈRE PHILIPPE SIMPLE FRÈRE, PUIS ASSISTANT
CV&^ e frère Philippe était un u)$ de ces robustes croyants S^$3 qui, baptisés dans le sang de la persécution, deviennent eux-mêmes une semence de chrétiens. A l'époque de la Révolution, Pierre Bransiet, son père, donnait asile clans le hameau de Gachat" (Loire) à des prêtres insermentés, et les accompagnait clans leurs visites nocturnes aux malades, aux mori-
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bonds. Le mystère ajoutait encore à l'impression profonde que ces actes d'héroïque charité devaient laisser sur l'esprit d'un enfant ; comme les retraites des Catacombes, les cachettes du temps de la Terreur voyaient se multiplier les convictions fortes, les vocations irrésistibles. De là l'origine d'une génération sacerdotale des plus remarquables et de toute une légion cle missionnaires qui transformèrent, sous la Restauration, l'esprit public.
Dès l'âge de dix-sept ans, le jeune Mathieu Bransiet crut trouver sa voie dans l'institut des Frères des Écoles chrétiennes, qui réunissait à ses yeux les avantages d'une profession humble et éminemment utile. Il y revêtit l'habit religieux le 8 décembre 1809, et y porta d'abord le nom cle frère Boniface. 11 se forma sous la direction du frère Emery, un des membres les plus renommés de la pieuse congrégation pour sa capacité et sa sainteté. Bientôt après, s'étant lui-même distingué par des aptitudes particulières pour les mathématiques, il fut envoyé ' à Auray, dans le Morbihan, pour professer dans une école de cabotage. Telle était son étonnante facilité, qu'il s'assimila aussitôt la matière de cet enseignement spécial et rédigea un petit traité de cabotage digne d'un homme du métier. Son attitude, son langage étaient déjà si édifiants, que le curé d'Auray l'appelait un jeune vieillard, et prédisait qu'il deviendrait un jour supérieur de sa congrégation.
Appelé ensuite à diriger l'école de Rethcl, puis celle de Reims, il trouva dans cette dernière ville le souvenir toujours vivant du fondateur de son institut, M. cle la Salle, et, sous l'inspiration de cette illustre mémoire sans cloute, il y fit sa profession définitive, le 2 novembre 1817. Un des
premiers services qu'il rendit à Reims fut de s'opposer à l'introduction dans les écoles des Frères de l'enseignement mutuel dit à la Lancastre, c'est-à-dire de l'enseignement, distribué aux plus jeunes élèves par leurs aînés, qualifiés du titre de moniteurs. L'instituteur en personne pouvait seul, aux yeux du frère Philippe, remplir convenablement les devoirs de sa charge, et l'événement lui donna raison, car cette méthode, d'importation anglaise, ne tarda pas à être condamnée, même par les libéraux qui la préconisaient. Il ne paraît pas qu'il ait pris directement part à la lutte soutenue, vers la môme époque, au sujet du brevet et du service militaire des Frères ; le supérieur général d'alors, qui était l'éminent frère Gerbaud, eut seul à en porter le poids, et trouva des défenseurs à la Chambre des députés dans la personne de MM. de Villèle et de Bonald.
Après un court passage à Metz, où il enseigna les mathématiques aux plus forts élèves des différentes classes, le frère Philippe fut, en 1823, placé par le nouveau supérieur, le frère Guillaume de Jésus, à la tète de la communauté de Saint-Nicolas-dcs-Champs, à Paris, et chargé de visiter un certain nombre de maisons de l'institut, tant dans la capitale qu'aux environs. C'est alors qu'on voit son rôle grandir, ses hautes capacités s'affirmer, et ses talents d'administrateur se dessiner. Aussi fut-il élevé, six ans plus tard, aux importantes fonctions à' assistant, qui l'associaient au gouvernement général de l'institut et qui allaient lui fournir l'occasion de donner toute la mesure de son mérite.
Le gouvernement de Juillet n'était rien moins que favorable aux Frères ; dès ses débuts, il fit fermer plusieurs de
leurs écoles. Mais ses mauvaises dispositions ne découragèrent point le nouvel assistant. Il répondit à ces suppressions par un acte hardi, qui devait en compenser largement les malheureux effets : il ouvrit, en plein Paris, des classes du soir pour les adultes, en particulier pour les ouvriers, et cette œuvre complémentaire, établie d'abord à Saint-Nicolas-des-Champs et au Gros-Caillou, eut, malgré les opposants, un tel succès, que l'administration des hospices en vint à réclamer son extension dans d'autres quartiers de la capitale. M. Guizot lui-même adressa au supérieur général des félicitations, des demandes de renseignements, des encouragements pécuniaires. Le frère Philippe en profita pour donner aux écoles d'adultes les développements que l'on admire de nos jours.
La révision des programmes d'études, l'introduction de • l'enseignement du dessin linéaire, de l'histoire et de la géographie clans les classes supérieures, la création de petits noviciats, destinés à recruter dès l'enfance le personnel des instituteurs chrétiens, la rédaction de ces manuels classiques, si répandus et si estimés, portant pour la plupart la signature F. P. B. et embrassant tous les genres de science cultivés chez les Frères, tels sont encore, pour n'en donner qu'une vague idée, les résultats obtenus dans le cours de cette période difficile par l'initiative du fidèle et zélé disciple de M. de la Salle.
Tant de travaux, tant de sollicitudes lui valurent enfin la suprême récompense, si l'on peut appeler récompense ce qui n'était, aux yeux du serviteur de Dieu et de l'apôtre du peuple, qu'un fardeau écrasant : le frère Anaclet, supérieur général, étant venu à mourir, le frère Philippe