‹ Les Grandes figures catholiques du temps prâesentChapitre 17 sur 65 · JEANNE DARC · texte numérisé non relu

JEANNE DARC

ché, respecté par le baron de Thann, fut envahi. L'évêque, à qui l'on n'avait laissé que sa chambre et son cabinet de travail, eut désormais deux soldats à sa porte. Mais en face de l'insolence de l'ennemi, il se montra superbe d'énergie épiscopale et de fierté française. A la nouvelle de la capitulation de Paris, ses geôliers avaient osé illuminer

l'évêché. L'évêque indigné leur commanda d'éteindre aussitôt; ils obéirent. Mais si la conduite de l'évêque d'Orléans dans sa ville envahie rappelait celle de Fénelon à Cambrai, la conduite de Frédéric-Charles fut loin de rappeler celle du prince Eugène : il ne montra pour l'illustre prélat aucun égard. Après tout, Eugène était français et Frédéric-Charles prussien : l'un et l'autre restaient fidèles à leur sang.

Les Orléanais ne furent pas ingrats envers leur évêque ; ils l'envoyèrent siéger à l'Assemblée nationale. Il y occupa bientôt une situation considérable. Ce fut pour réclamer en faveur de l'indépendance du Saint-Siège, qu'il prononça son premier discours ; et la séance fut bonne pour le Pape. Grâce à son intervention éloquente, l'aumônerie militaire, dont la gauche ne voulait pas, fut votée, et l'immunité ecclésiastique maintenue. La loi sur la liberté de renseignement supérieur fut son œuvre.

Après le vote de la consti'.ution de 1875, il fut élu sénateur inamovible. Au même moment il refusait l'archevêché de Lyon, et introduisait à Rome la cause de Jeanne d'Arc.

Depuis quelques années déjà, il avait donné sa démission de membre de l'Académie française, après l'élection du chef du positivisme, M. Littré. On eut beau ne pas l'accepter, n'en pas tenir compte ; il la maintint.

Mais déjà les atteintes de la maladie se faisaient sentir. Il souffrait de névralgies fréquentes, aiguës. La marche le fatiguait et l'essoufflait promptement. Lui, l'homme d'action, il se vit arrêté, condamné à l'immobilité, assis dans un fauteuil. Loin de s'en plaindre, il touchait, il édifiait tous ceux qui le voyaient, par son admirable patience.

C'est dans cet état que le surprit la mort de Pie IX. Il fit part aussitôt â son peuple de ses pensées et de ses sentiments sur cet événement douloureux. L'élection de Léon XIII ne l'étonna pas ; il la souhaitait, et en rendit à Dieu des actions de grâces.

Sur ces entrefaites, le conseil municipal de Paris ouvrait une souscription, pour célébrer, par une manifestation éclatante, le centenaire de l'insulteur de Jeanne d'Arc, de Voltaire. L'évêque d'Orléans, blessé dans ce qu'il avait de plus cher, dans son culte pour la Pucelle, reprit sa plume vaillante. Dans ses Lettres sur Voltaire, il pousse contre ses audaces impies, « le cri de l'honneur épiscopal, de l'honneur chrétien, de l'honneur français. » Sa victoire fut complète devant l'opinion : elle fut complète aussi devant le gouvernement. Le ministre infligea un blâme public au conseil municipal de Paris, enlevant ainsi au scandale tout caractère officiel et national.

Ce fut la dernière bataille de l'évêque. Son dernier cri fut en faveur du denier de Saint-Pierre. « Il faut en faire, écrivait-il, une œuvre stable, instituée, permanente, une sorte d'apanage catholique, modeste, mais assuré. »

Déjà la maladie avait fait des progrès inquiétants. L'évêque d'Orléans voulut, encore une fois, se donner le bienfait d'une retraite à son cher sanctuaire d'Einsiedeln ; mais au départ, il déclara aux bons Pères qu'ils ne le reverraient plus. Il revint, chez ses vieux amis, au château de Lacombe, aux pieds de ces Alpes, qu'il aimait tant. Son état s'aggrava subitement : la céphalalgie devenait intense; le médecin découvrait des lésions organiques dans la région du cœur. Le 11 septembre, Mgr Dupanloup

venait d'accomplir avec un soin extrême ses exercices de piété; il voulut encore, malgré sa faiblesse, réciter les matines et les laudes du lendemain ; puis, son chapelet achevé, il se remit à sa table de travail. Mais tout à coup il se sent suffoqué, pousse un cri et porte la main au cœur. A ce cri douloureux, le jeune prêtre qu'il avait amené avec lui accourt; il voit le péril imminent, il donne à son évêque une absolution suprême. Puis, il l'exhorte à unir ses souffrances à celles de Notre-Seigneur Jésus-Christ, et récite â ses côtés le Souvenez-vous, cette prière confiante où le cœur du mourant s'était plu toujours. L'évèque demanda alors un crucifix, et tandis qu'on le lui posait sur les lèvres, et qu'il le baisait avec amour, il poussa un soupir, laissa retomber sa tête sur sa poitrine et expira. (11 septembre 1878).

Orléans lui témoigna son admiration sympathique par des funérailles triomphales. Vingt-quatre prélats y assistèrent. Léon XIII fit exprimer au successeur de l'illustre mort sa profonde douleur, et les évêques de tous les pays s'associèrent au deuil de l'Église de France.

Les catholiques avaient perdu un de leurs chefs les plus

vaillants, un défenseur qu'on voyait toujours sur la brèche.

Il est difficile de servir l'Église avec plus de zèle et de

l'honorer davantage par le talent et la vertu, en même

temps que par la vaillance.

LE FRERE PHILIPPE (d'après Horace Vernet)

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