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VILLEMAIN

nombre de quarante-six, et comptèrent plus de onze mille élèves.

Vint ensuite l'œuvre des prisons. Le gouvernement, en particulier le ministre Villemain, avaient été si vivement frappés du succès des leçons de catéchisme données par les Frères à quelques prisonniers, qu'ils voulurent les

charger de tout un service d'enseignement et de charité dans les maisons de détention. Le supérieur hésita beaucoup à détourner ses religieux de leur mission essentielle ; cependant, comme l'abbé de la Salle avait lui-même donné l'exemple en s'occupant des jeunes gens détenus à Saint-Yon par l'ordre du roi, il permit, en 1841, un premier essai de ce service à la prison de Nîmes. Trois Frères, chargés de semer la bonne parole dans ce triste lieu, et en même temps d'y exercer une surveillance générale, obtinrent sous ce double rapport des succès étonnants : la santé morale et physique des prisonniers se rétablit à vue d'œil. Mais des difficultés presque inévitables avec l'administration civile rendirent cette tâche très diffificile. A Fontevrault, à Melun, à Anianc, il en fut de même. La révolution de 1848, en amenant la suppression du travail dans les maisons centrales, arrêta complètement ces intelligentes tentatives.

La maison mère de l'institut, à Paris, était assez mal installée dans la rue du Faubourg Saint-Martin. La construction de la gare de l'Est força le frère Philippe â^ chercher un autre immeuble. Après de longues investigations et de ferventes prières, il finit par découvrir et par acquérir à grands frais, en 1847, un hôtel tout â fait convenable, celui du général Rapp, situé rue Plumet (maintenant rue Oudinot). C'est là, dans ce quartier paisible et solitaire, éloigné des vains bruits du monde, qu'il établit définitivement le Régime, c'est-â-dire la résidence du supérieur et de ses assistants, avec le secrétariat, le grand et le petit noviciats, les modestes bureaux nécessaires au fonctionnement de l'œuvre, la chapelle, le réfectoire commun, où chaque

couvert se compose d'une écuellc et d'un petit plat en fer, enfin quelques chambres d'une austérité toute monacale. C'est de là, que le Très Honoré administra, pendant la plus

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grande partie de sa vie, les différentes provinces de sa congrégation; c'est là que se trouve encore aujourd'hui le chef-lieu de l'ordre, et que le public vient admirer les rouages, si simples et si savants à la fois, de ce gouverne-

ment fort, qui faisait dire à un homme d'État : « Le frère Philippe eût vraiment fait un excellent ministre de l'Intérieur, »

La loi du 15 mars 1850, qui établit la liberté de l'enseignement, fut discutée et rédigée avec le concours de cet habile directeur, qui étonna plus d'une fois par son esprit pratique et sa largeur de vues les membres de la commission extra-parlementaire nommée à cet effet. La nouvelle législation exigea que les Frères fussent munis, comme auparavant, du brevet de capacité ; mais cette condition fut agréée sans peine et fidèlement remplie, à l'honneur de leur institut.

Sous le second empire, le vaillant supérieur eut à soutenir des luttes pénibles. Le gouvernement, jaloux pour ses écoles de la popularité que valait â celles des Frères la gratuité absolue, établie par M. de la Salle comme la règle fondamentale de sa congrégation, entreprit de lui enlever cet avantage et prétendit lui imposer le prélèvement d'une rétribution scolaire. Une vive résistance lui fut opposée par le frère Philippe, au nom des statuts et de l'intérêt du peuple. Il offrit d'abandonner celles de ses écoles où les conseils municipaux voudraient imposer cette innovation. Pour le punir, M. Rouland, alors ministre, supprima l'allocation accordée par Guizot et lit fermer un certain nombre d'établissements tenus par les Frères. Devant ces mesures violentes, suivies de menaces plus graves encore, un chapitre général se réunit, en 1861, et crut pouvoir faire une concession : le principe de la rémunération fut admis, à la condition que la perception et la comptabilité en fussent laissées aux communes, sans que les Frères s'en

mêlassent en rien. Le digne supérieur condescendit, la mort dans l'âme, à cette apparente dérogation au règlement; il se consola en pensant, avec raison, que c'était là un accommodement temporaire.

D'autres difficultés furent soulevées par la question de la nomination des maîtres et sous-maîtres, que le ministre entendait réserver aux préfets, au lieu des municipalités, puis par le programme de l'enseignement, que l'administration trouvait trop étendu et sortant des limites de l'instruction primaire. Mais, sur ce dernier point, les Frères eurent le dessus : on n'eut qu'à mener la commission législative visiter le pensionnat de Passy, et, loin de chercher à restreindre les matières des leçons données dans cet établissement, M. Duruy s'en inspira pour créer l'enseignement secondaire spécial, dont les disciples de M. de* la Salle devinrent les organisateurs.

Ces courageux instituteurs avaient été, comme leurs concurrents laïques, dispensés du service militaire parla loi de 1850, à la seule condition de s'engager à enseigner pendant dix ans. Une circulaire du même ministre prétendit, en 1866, réserver ce privilège aux maîtres professant dans les écoles publiques, c'est-à-dire appartenant à l'Etat. Une interprétation aussi fausse et aussi préjudiciable à l'institut devait soulever des débats violents. Le frère Philippe s'alarma ; la cause des siens fut soutenue au Sénat avec la plus grande énergie, et pourtant elle succomba. Ce n'est que deux ans plus tard que la haute autorité et les démarches réitérées du supérieur général obtinrent une atténuation du nouveau règlement. L'Assemblée nationale de 1871 devait apporter au texte de la loi une modification complète.

De nombreuses consolations venaient heureusement réconforter le cœur du saint religieux. L'œuvre de Saint- Nicolas, fondée en 1827 pour l'éducation des enfants de la classe ouvrière, était confiée, en 1859, à ses dignes collaborateurs et prenait, tant à la rue de Vaugirard qu'aux succursales d'Issy et d'Igny, un développement rapide. L'institut se propageait jusqu'aux extrémités du monde, à. l'Equateur, en Cochinchine, dans le Levant, en Tunisie, en Algérie, en Irlande, au Canada, aux États-Unis, à Madagascar, à la Réunion. En 1869, il comptait en tout 1,117 établissements, 9,900 frères et 300,000 élèves, dont plus de 46,000 adultes. Ces chiffres devaient encore augmenter du vivant du Très Honoré. De tous les pays il recevait des demandes ; il avait grand'peine à trouver assez de sujets pour y satisfaire, et cependant il n'en manqua jamais. Il répondait à tout, pourvoyait à tout, organisait tout ; on eût dit un général d'armée sur le champ de bataille. Mais les vrais champs de bataille allaient justement ouvrir une nouvelle carrière à son zèle entreprenant et à sa charité débordante.

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