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MONSEIGNEUR FREPPEL

sa plume le fixe jusque dans les lignes les plus délicates, et, si elle va jusqu'à arrêter l'expression môme, ce n'est. point une peine qu'elle prépare à son souple souvenir, où tout s'écrit en même temps. Car il est doué d'une mémoire merveilleuse. En quoi il ressemble à un homme éminent qui fut son collègue à la Chambre, l'évêque d'Angers. Mgr Frcppel n'improvisait pas ses discours, on le sait; mais il

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ne les apprenait pas, non plus. Il se contentait de les écrire. L'heure venue, il les retrouvait tout entiers, avec une sûreté extraordinaire qui ne laissait échapper aucun mot. M. de Mun a le même don bienheureux. On se rappelle qu'au mois de décembre 1892, il prononça, à Saint-Etienne, une sorte de discours-programme, qui fit beaucoup de bruit. Il tint à Técrire entièrement, pour qu'il put être communiqué à la presse, et reproduit sans courir le risque d'être dénaturé. Le manuscrit fut achevé tardivement, à l'instant même du départ, sous les yeux d'un secrétaire à qui il le remit avec mission de le faire passer aux journaux, dés qu'il aurait été prononcé. On s'arrêta quelques heures à Lyon, où l'orateur fut reçu au cercle des étudiants et prit la parole sur un autre sujet. Quand on se fut remis en voyage, le fidèle secrétaire, qui pensait toujours au discours du lendemain, s'étonnait, de plus en plus, que M, de Mun parût y penser lui-même si peu. Il causait tranquillement avec ses compactions de route, oubliant tout à fait qu'il avait un manuscrit à apprendre, ou du moins à relire, car il ne l'avait même pas relu. A la tin, le jeune homme n'y tint plus ; il tira les feuilles de sa poche et les offrit à l'orateur. — « Que voulez-vous que je fasse de cela ! répondit celui-ci. Gardez-le: vous le donnerez, comme je vous l'ai dit, aux journalistes qui vous le demanderont. »

On arrive enfin à Saint-Etienne. La matinée se passe en réceptions : pas une heure, pas une minute de recueillement. Midi ; c'est l'heure du banquet et du discours qui doit le terminer. M. de Mun se lève. Il n'avait pas songé un instant à ce qu'il allait dire, depuis deux- jours qu'il l'avait écrit. En le voyant debout, prêt à commencer, son

jeune compagnon de route n'en pouvait croire ses yeux. 11 se demanda ce que pourrait bien lui rappeler sa mémoire, bien douée qu'elle fût ; et il eut la curiosité de s'en rendre compte. Il ouvrit donc le manuscrit à demi, et suivit à la dér< >bêe. Qu'on se figure son étonnement ! l'orateur changea à peine quelques mots ; les idées, les phrases, et jusqu'aux expressions, il retrouva tout fidèlement et sans paraître rien chercher.

Deux heures après, dans une autre salle, trois ou quatre mille ouvriers se pressaient pour l'entendre, et il improvisait un discours magnifique, qui paraissait égaler le précédent.

Car voilà ce qu'il y a d'admirable dans ses improvisations ! elles ressemblent, pour l'art, à ce qu'il a le mieux préparé. Des auditeurs d'une expérience consommée s'y sont trompés souvent et s'y trompent encore. Dans les premières années de sa vie oratoire, il parla un jour, rue Lhomond, devant les quatre cents élèves de l'école et des centaines d'officiers, à qui s'étaient joints MgrMermillod, Mgr de la Bouillerie, M. Pinard, Louis Veuillot, des maîtres enfin par la parole ou par la plume. Le discours fini, ces hôtes illustres vinrent saluer le supérieur, le P. du Lac. Ils étaient unanimes dans l'admiration. « J'ai vu les débuts de Montalembert, disait en particulier Louis Veuillot, il ne lui allait pas à la cheville. » Seulement on se rencontrait aussi dans la critique : « Il était trop visible que tout cela était écrit et appris par cœur. »

Justement tout cela était improvisé. Absorbé par les nécessités cle son service auprès du général de Ladmirault, et par la création des cercles d'ouvriers qu'il fondait

alors sur divers points de Paris, l'orateur n'avait pas trouvé le loisir de songer à son discours. Il était arrivé à dix heures, après une nuit blanche, épuisé et en disant au Père recteur : « Ouvrez-moi la bibliothèque, je vous prie; je n'ai rien de prêt. »

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