‹ Les Grandes figures catholiques du temps prâesentChapitre 5 sur 65 · SUS · texte numérisé non relu

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Ces excès ont compromis la biographie ; ils ne l'ont pas condamnée. Une étude rapide sur les travaux d'un homme activement mêlé aux luttes de son temps recevra toujours de quelques détails biographiques un nouvel attrait ; souvent même elle y gagnera un surcroit de lumière. La question est dans la mesure. Même lorsque le personnage est de ceux qui peuvent habiter une maison de verre et qui seraient d'autant plus aimés et vénérés qu'on les connaîtrait plus à fond, la biographie ne doit donner que ce qui appartient légitimement au public.

frjS^Jfê ouis-François-Désiré-Édôuard Pil: est né à Pontgouin, au diocèse de Chartres, le 26 3) septembre 1815. Toute la contrée était alors remplie de troupes prussiennes. La peur était générale parmi les habitants des bourgs et des campagnes, plus exposés que ceux des villes aux excès des vainqueurs. Beaucoup prenaient la fuite emportant ce qu'ils avaient de plus précieux. Cette agitation et les difficultés qui en résultaient firent retarder le baptême du nouveau-né jusqu'au 1er octobre, qui cette année tombait un dimanche et se trouva marqué par la célébration de la fête de Notre-Dame du Rosaire : singulière et touchante

harmonie que ce vaillant défenseur de l'Église soit ne à la vie de la grâce en un jour oîrcette Église rend annuellement grâces à Dieu pour sa victoire de Lépante.

L'enfant fut élevé au foyer paternel, suivant l'humble condition de sa famille mais avec une grande sollicitude, doublement justifiée, par la délicatesse extrême de sacomplexion et la précoce supériorité de son intelligence. Le curé de Pontgouin l'avait de bonne heure distingué entre tous les enfants du village ; bientôt il l'admit au nombre de ceux qui servaient à l'autel. Nul n'y apportait plus de piété, n'y montrait autant d'aptitude. Un mot d'explication, un coup d'œil jeté sur le missel, c'était assez pour qu'Edouard comprît tout. Il eût été capable de rappeler aux rubriques un prêtre oublieux ou distrait. — « Quel est ce petit ? demandait un ecclésiastique de passage à Pontgouin; jamais personne ne m'a servi ainsi la messe ; ce n'est pas un enfant ordinaire. »

Il disait vrai. Comme à l'église, Edouard conservait à l'école et partout sa prééminence. L'instituteur déclara bientôt n'avoir plus rien à lui apprendre. Le curé vint alors trouver la mère d'Edouard, restée veuve, et lui demanda d'acheter un assez grand nombre de livres : — « A quelle fin, dit-elle ? — A cette fin, repondit le curé, de faire sérieusement étudier votre fils et de le préparer au sacerdoce. »

Le curé de Pontgouin, excellent homme et bon prêtre, avait eu jusque-là en pareille matière plus de zèle que de bonheur. De cinq enfants, introduits par lui au petit séminaire, pas un n'y était resté. De retour au village, ils y subissaient les railleries de leurs camarades, qui les sa-

luaient du nom de curés manques. Madame Pie redoutait une pareille déconvenue pour son fils. Le curé tint bon. Il alléguait les dispositions extraordinaires de l'enfant. La mère répondait humblement, et non peut-être sans effort, qu'Edouard était au fond semblable à bien d'autres. Enfin, poussé à bout, le curé lui dit : — « J'ai mes raisons, et s'il faut tout vous dire, un jour qu'Edouard me servait la messe, j'ai compris, de manière à n'en pouvoir douter, que Dieu avait sur lui des desseins très particuliers. » La mère, craignant alors de résister à Dieu, fit provision de livres, et Edouard commença des études plus sérieuses. Malgré son excellent vouloir, le bon curé de Pontgouin ne pouvait mener longtemps un élève si prompt. A onze ans Edouard fut envoyé à Chartres, chez un laïque, M. Brou, dont l'évêque de Poitiers parle encore avec vénération.

Après deux ou trois ans d'étude chez M. Brou, le jeune élève fut placé au petit séminaire du diocèse. Il y prit tout de suite le premier rang en toutes choses ; aucun de ses condisciples ne pouvait lutter contre lui, malgré l'avantage que leur faisait sa santé toujours chétive. Par ordre du médecin, Edouard avait plus souvent en main la bêche et la pioche que la plume. Mais si longs que fussent ces loisirs très peu volontaires, il parvenait toujours à remporter les prix. Ses maîtres l'entouraient d'affection ; et quand il s'agissait de le soigner, rien ne semblait coûteux ni difficile. Le charme de son caractère devait suffire à lui faire pardonner ses succès de tout genre. Cependant Edouard fut parfois l'objet de railleries pénibles, et Dieu voulut que de bonne heure il s'aguerrît à l'hostilité ; autre étude, également facile pour lui. Son esprit naturel et sa

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