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PORTE DE CHARTRES

foi, joints à sa constante douceur, lui servaient de rempart contre les traits plus ou moins acérés de ses camarades. Comme les oiseaux sont faits pour voler, cet enfant était né pour être prêtre. Lui-môme n'avait jamais eu d'autre pensée sur son avenir ; il en parlait comme de la chose la plus sûre et la plus simple. Plusieurs l'en raillaient : — « Edouard, lui disait-on, tu as trop d'esprit ; ne te fais donc pas prêtre ! — Je ne sais pas si j'ai trop d'esprit, répondait-il, mais je sais bien que si Dieu m'en a donné, c'est pour lui. »

Après la révolution de 1830, la renommée du jeune Pie était déjà si répandue à Chartres que plusieurs établissements universitaires firent des démarches pour l'attirer. Au lieu de demander une pension à un pareil élève, on l'eût payé très volontiers. On en parla à Edouard : « Les sots ! dit cet enfant de quinze ans, ils ne comprennent pas que si Dieu m'a donné quelques aptitudes, il me les retirerait dès que je changerais de route. »

L'œil sagace et vigilant de Mgr Clausel de Montais avait tout de suite découvert le trésor que possédait son petit séminaire. Aussi, dès cette époque conçut-il pour le jeune Edouard une affection toute paternelle. Par ses soins, le lauréat du petit séminaire de Saint-Chéron fut envoyé au grand séminaire de Saint-Sulpice, à Paris. Ses maîtres comme ses condisciples garderont toujours le souvenir de ce brilkmt passage. Les catéchismes de la paroisse furent le premier théâtre public où se déclara le futur évoque de Poitiers. On se rappelle encore les aimables homélies qu'il faisait aux enfants, et cette manière de les enseigner si nette, si vive et si pieuse.

Ordonné prêtre le samedi de la Trinité de l'an 1839, l'abbé Pie revint au diocèse de Chartres. Mgr Clausel de Montais voulait l'élever immédiatement aux fonctions de vicaire général. Le jeune ecclésiastique refusa, alléguant qu'un honneur si précoce lui ferait, parmi ses confrères, une position insoutenable. L'évèque céda, mais non sans résistance ni regret. L'abbé Pie fut nommé vicaire à la cathédrale. .L'archi prêtre d'alors était le très vénérable abbé Lecomte, un des hommes les plus capables d'apprécier toute la valeur du don que Dieu et l'évèque lui faisaient. Il aima l'abbé Pie d'une affection particulière. C'était un prêtre d'or, sage, bon, d'un esprit fin, d'un cœur chaud et tendre, d'une parole suave et facile. Ceux qui ont eu l'honneur d'approcher l'évèque de Poitiers savent qu'il garde pour l'abbé Lecomte une très profonde vénération et un sentiment vraiment filial.

Il y aurait beaucoup à dire sur les premières années du ministère de l'abbé Pie. Le souvenir en est vivant à Chartres. Il semble que le jeune vicaire de la cathédrale ait quitté hier seulement ce poste où il fut de suite et toujours remarqué. Il y resta cinq ans, et nous aurons résumé le travail de ces cinq années en disant qu'elles furent pleines d'oeuvres et de succès.

En 1844, -Mgr Clausel de Montais trouva le moment décidément venu de faire l'abbé Pie son vicaire général. L'abbé Lecomte en eut un très profond chagrin, et comme on cherchait à le consoler en lui disant qu'un pareil titre rattachait plus que jamais l'abbé Pie à la cathédrale et à la ville, il répondit : « Oui pour quatre ou cinq ans ; mais vous verrez qu'ensuite on nous l'enlèvera pour en faire

un évêque. » On eût pu le croire prophète, car cinq ans après, jour pour jour, l'abbé Pie recevait du ministère des Cultes, alors occupé par M. de Falloux, sa nomination à l'évêché de Poitiers.

Elevé à la charge de vicaire général, le jeune prêtre travailla davantage. Sa santé toujours délicate l'obligeait à mille soins assujettissants; il rachetait le temps par sa facilité merveilleuse. On le fit plus que jamais prêcher, nonseulement â Chartres, mais ailleurs, en particulier à Versailles, où il donna une ou deux stations, à Blois, à Orléans. C'est de cette époque que datent les panégyriques < si remarquables de Jeanne d'Arc et de saint Louis, ainsi que l'admirable discours prononcé à la colonie agricole de Bonncval, fondée dans une ancienne abbaye de Saint- Benoît. Le discours traitait des rapports entre les riches et les pauvres. L'orateur sacré sut louer délicatement les fondateurs de la colonie, haut fonctionnaires et riches propriétaires ; mais il sut aussi et surtout leur faire entendre, sous une forme douce, de sévères vérités. Sans méconnaître les avantages de l'œuvre fondée à Bonneval, il indiqua ce qu'elle devait être pour devenir vraiment féconde ; 41 rappela qu'en tout « ce qui concerne la « cause du pauvre, la cause du peuple, la cause des masses, cause si agitée de nos jours, » la vérité n'est que dans la Croix et dans l'Évangile de Notre-Seigneur Jésus-Christ. Rien n'a été dit tant que ce « dernier mot n'a pas étéprononcé. La Croix est la seule arche d'alliance entre les grands et les petits ; l'Évangile est l'unique traité de paix entre les riches et les pauvres. »

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