Roméo et Juliette, n
les secrets enivrants de l'ombre, et, par espaces, comme une rosée lunaire, trois notes de flûtes, d'une ironie subtile, entreluisent. De même, dans le songe de Faust *, le chœur et le ballet des Sylphes sont conduits avec la plus nette logique. Méphistophélès, il est vrai, ne peut apparaître sans rompre, d'un choc brutal, le cours harmonieux de la vie 2 : il se trahit à d'abruptes et coléreuses modulations, à l'emphase, au faux emportement jovial des rythmes. Mais cette puissance occulte se combine avec les lois naturelles. Il fait sa partie dans les chansons des buveurs, comme un buveur plus effréné 3. Son Incantation : Voici des ?*oses... semble la voix même de la Nuit, grave, insondable, soumettant tous les êtres à la volupté de son chant. Et, dans la Course à l'abîme, son ivresse chaotique est liée par la formidable rigueur des progressions.
Berlioz se crut follement passionné. Il subit l'obsession littéraire 4 de l'amour-frénésie, de l'art-frénésie. En réalité, la violence de ses nerfs épuisait très vite leur exaltation, et sa tête restait libre au moment où il composait. On est surpris de la modération contemplative où il traita son Roméo et Juliette, l'épisode de Marguerite, le duo d'Ursule et d'Héro 5, l'amour de Didon 6. À l'état spontané, ses motifs se présentent avec leur couleur instrumentale, courts, typiques, et d'une nudité substantielle. Mais il s'évertuait à déve-