‹ Les grandes guérisons de LourdesChapitre 1 sur 88 · ANCIENNE MAISON CHARLES DOUNIOL · texte numérisé non relu

ANCIENNE MAISON CHARLES DOUNIOL

P. TÉQUl, LIBRARIE-ÉDITEUR 29, RUE DE TOUUNON, 20

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é^ttJÊJÉ^

A MONSIEUR LE D' BOISSARIE

Monsieur et cher Docteur,

U y a plus de philosophie et de science dans un pauvre malade qui demande à Dieu sa guérison que dans tous les sophistes orgueilleux qui l’insultent de leur sourire ou qui l’accablent de leurs railleries.

Ce malade a une idée juste, instinctive et philosophique de la puissance souveraine de Dieu; il voit dans la lumière sûre du cœur ce que le sophiste ne voit pas dans les lueurs vacillantes et trompeuses de sa raison égarée.

Nous levons les yeux, et nous apercevons au lirmament des millions et des millions de soleils assemblés en nébuleuses ou dispersés comme des grains de poussière dans les profondeurs inlinies de l’espace: nous constatons leurs mouvements gigantesques et leur course eUrayante, dans toutes les directions, plus loin, toujours plus loin, bien au delà de notre sphère et des sphères accessibles aux télescopes les plus puissants. Ecrasée par ses grandeurs,

elFrayce de ces mouvements et de cette harmonie, saisie d’admiration jusqu’à l’adoration muette, notre intelligence s’écrie avec ce malade étendu devant nous : Est-il possible que Celui qui nous donne ainsi ce spectacle grandiose, Celui dont la parole fait apparaître cette infinie poussière de soleils et de mondes ne puisse pas guérir une pauvre et chétive créature, un malade, atome humain, imperceptible et tremblant, qui s’incline dans l’amour et dans l’espérance, devant sa majesté?

Quand ce malade demande à Dieu sa guérison, il rend hommage à sa puissance, à sa bonté, à sa providence; il afTirme ses attributs, il reconnaît le vrai Dieu.

Il rend hommage à sa puissance qui domine avec une autorité souveraine les forces, les énergies de la nature inanimée et de la nature vivante ; il rend hommage à sa bonté qui s’arrête avec la tendresse d’un père sur cette créature, chef-d’œuvre de ses mains, plus grande par son àme immortelle que ces soleils qui doivent s’éteindre et que ces planètes qui doivent disparaître; il rend hommage à sa Providence qui a prévu et ordonné de toute éternité, l’ensemble et les détails infinis dans l’œuvre immense de la création; il reconnaît enfin le vrai Dieu qui répète cette parole à toute àme tirée du néant : Tu auras besoin de moi et tu m’appelleras.

Et si le sophiste ne sait pas concilier cette intervention miséricordieuse de Dieu, ce miracle avec ses idées particulières, bornées, insutfisantes touchant la nature physi(pie, chimique, biologique et physiologique de l’être vivant, que nous importe! ()u’il avoue son ignorance, qu’il s’abaisse en comparant ce qu’il croit savoir à ce (pi’il ignore, qu’il reconnaisse cette vérité incontestable : Si Dieu est assez grand pour créer les mondes célestes et régler la perpétuelle harmonie de leurs mouvements, il est assurément assez puissant pour guérir un malade, s’il le juge à propos, sans trou-

PRÉFACE

VU

bler l’ordre du monde, à une heure qu’il connaît de toute éternité.

Toutes les objections tombent devant cette observation.

Quand je vois à Lourdes ces blessés de la vie, ces malades, ces malheureux demander à Dieu, par Marie, le miracle qui les relèvera, j’admire ce spectacle en homme, en philosophe, en chrétien, en prêtre; j’en saisis la grandeur ; j’y reconnais l’airirmation du vrai Dieu, et je ne sais rien de plus misérable que le coup de sifflet du sophiste, abîmé dans la petitesse ridicule de sa vanité.

Le miracle n’est pas seulement une possibilité, nous venons de le voir, c’est encore un fait certain, afflrmé depuis l’origine du christianisme par le témoignage des apôtres qui ne furent ni trompés, ni trompeurs. Il remplit l’Evangile, de son éclat, il se prolonge à travers les siècles et se répète avec autorité dans la vie des saints devenus déjà les familiers de Dieu; il permet aux grands thaumaturges de ressusciter les morts, de commander aux éléments, de guérir instantanément les aveugles, les sourds, les I)oiteux; il se produit encore aujourd’hui, sous nos yeux, en face de Tincrédulilé positiviste des ennemis du surnaturel et devant les contrefaçons démoniaques des Mages dont le flot nous envahit. Irruption elfrayante et satanique dont la réalité n’est plus contestée.

Mais voilà bientôt un demi-siècle que les miracles se succèdent à Lourdes, tantôt puhli(piement, sous les yeux de la foule émue et sous le contrôle rigoureux des hommes de science, tantôt discrètement, dans l’intimité silencieuse, sous le regard de Dieu. Des sourds, des aveugles, des muets, des paralytiques, des cancéreux, des phtisiques, des moribonds abandonnés et condamnés par l’art impuissant des hommes, se lèvent, guéris instantanément, sans

passer pai‘ les lenleurs inexorables cpii caractérisent les guérisons naturelles. Emerveillés et reconnaissanls, ces miraculés répètent autour d’eux la parole <pii n’a jamais cessé de prouver la divinité de l’Église : Les aveugles voient, les sourds en tendent, les paralyti(pies marchent, et les.malades sont guéris.

Et tout cela se fait au grand jour. Ce n’est pas dans la pénombre d’un laboratoire ou d’un amphithéâtre, dans les ténèbres où se plaisent les Esprits invisibles, les mages, les prestidigitateurs elTrontés, c’est devant la foule, avec l’audaee d’un déü divin que le miracle se produit ici, qu’il confond l’incrédulité timide du respect humain et la négation arrogante de l’orgueil.

Le malade ne subit aucune inllucnce magnéti<jue ou hypnotique, aucune passe transversale ou longitudinale ; il ne se soumet à aucun traitement; il n’abdique ni son intelligence ni sa volonté entre les mains d’un magnétiseur; il ne se livre pas à l’inlluence de quelques forces naturelles mal définies, captées par un homme avisé qui veut produire des effets merveilleux; il ne demande pas aux hommes de l'art de produire dans son imagination déjà émue la secousse qui retentira jusqu’à la guérison dans la partie malade de son organisme, il est dégagé de toute inlluence humaine et terrestre, il est seul, plein de résignation et d’espérance, en présence de Celui qui peut le guérir.

Cette familiarité de Dieu avec l’homme, cet entrelacement du monde invisible et du monde visible n’étonne plus le chrétien qui est habitué à considérer la vie aux clartés de la lumière divine.

Quand on a vu Dieu revêtir la forme humaine, la forme meme de l’esclave; se faire homme et vivre au milieu de nous: quand on l’a vu parler, agir, souffrir, mourir, semblable à nous, en tout, hors le péclié, on ne s’étonne plus de sentir encore, après des siècles, son action réelle cl miséricordieuse, à la prière des mal-

PRKl’ACE

heureux. L’Iuearnalioii explique le miracle, elle nous rappelle le lieu qui ne cessera jamais d’cxislcr enlre Dieu et rhumauité.

Et quand ou a vu Salaii frôler la tunique virginale de Jésus- Christ, l’emporter au sommet du temple, le tenter, le clouer à la croix dans l’horreur d’un drame dont le souvenir nous trouble encore jusqu’au fond de l’àmc, on s’explique le satanisme dans l’hisloire, les faux miracles et les contrefaçons grimaçantes du divin.

Ces phenomenes merveilleux dont la réalité n’est plus contestable, s’imposent aujourd’hui à l’allention des esprits sérieux; ils provoquent d’ardentes discussions, il n’est plus permis de les négliger ni de leur opposer le dédain de l’inditrérence ; et, par un étrange retour de la pensée humaine, les savants les plus incrédules cherchent à déterminer l’origine de ce merveilleux ([u’ils avaient relégué jusque-là, au pays des chimères.

Nier ces guérisons éclatantes qui se renouvellent sous nos yeux, qui sont atïirmées par tant de témoins véridiques, ce n’est plus possible, et ne pouvant plus les nier, il a fallu en chercher l’explication.

Trois Écoles principales sont nées de cette recherche de la causalité du merveilleux.

C’est, d’abord, l’Ecole de la Salpétrière qui prétend découvrir, sans jamais le prouver, une frappante analogie entre les miracles de Lourdes et le merveilleux de l’hôpital de Paris; elle se vante d’être organiciste et matérialiste, elle professe une égale aversion contre le spiritualisme des philosophes et contre le surnaturel des théologiens ; elle alïirme comme d’incontestables principes des hypothèses aux apparences scientifiques qui n’ont jamais été

démontrées, ni par l’expérience, ni par la raison, ni par la physiologie, ni par la philosophie.

Vous savez coininenl ces organicistes conçoivent le souvenir, le miracle, le jugement. Les ondulations nerveuses qui renaissent sur leur empreinte dans le neurone constituent le souvenir; le cerveau de riiomme est un lirmament dont les neurones sont les étoiles, et les pensées les scintillements.

Quand un organiciste veut guérir un malade, que fait-il? 11 parle, il commande, il intime un ordre clair et formel. 11 lance ainsi des ondulations nerveuses qui suivent les voies centrifuges, se transforment dans les muscles de la parole en mouvements mécaniques <pii produisent des ondulations sonores, et celles-ci vont frapper les organes de Corti du malade qui implore sa guérison.

Si ces ondulations nerveuses parcourent divers circuits cérébraux, avant de laisser en un certain point une empreinte profonde, il y a perception, comparaison, jugement, assimilation lente, souvenir permanent.

Mais si ces ondulations se fixent sans avoir effectué le périple intracérébral, la suggestion est reçue sans réflexion, elle se trouve instantanément enregistrée. Nous ne trouvons dans tous les cas que des ondulations neuro-psychiques émises et reçues par deux cerveaux, différents, par un malade et par un médecin.

Ainsi raisonnent certains organicistes de marque, et ils concluent que Dieu ne fait pas des miracles, qu’il ne peut pas eu faire, et qu’il n’existe pas.

Entre ces prémisses et ces conclusions, il y a un abîme, et, pour franchir ainsi cet abime, il faut oublier toute logiipie et toute raison.

J’ai vu de près ces malades delà Salpétrière, ces hystériipies et ces névrosées, détraquées, faussées, bouleversées physiquement et moralement, par ces cruelles expériences d’hypnotisme à outrance

PREFACE

OÙ l’on voit quelquefois sombrer la raison, après le naufrage de la liberté, de la eonscience et de toute moralité. J’ai vu ees sujets dressés et déshonorés, passer successivement par la léthargie, la catalepsie et le somnambulisme, après avoir renoncé à toute maîtrise sur leur âme et sur leur corps. J’ai vu ce troupeau de créatures dégradées dont les éclats de rire, les blasphèmes, les bonds désordonnés, les attitudes grimaçantes rappelaient les convulsionnaires de Saint-Médard, et je m’indigne de tout rapprochement entre ces hystériques profanées, marquées du sceau de la bête, et ces malades de Lourdes qui attendent leur guérison dans toutes les mâles beautés de la dignité humaine, dans la prière et la sérénité.

L’École de Nancy ramène à la suggestion les miracles et les phénomènes merveilleux. Le médecin essaie, par une volonté forte et par un ordre souvent répété, de faire croire à son malade qu’il sera guéri, il agit énergiquement et avec persévérance sur son imagination : la persuasion pénètre dans le cerveau du malade, il croit, il est suggestionné, cette foi suffît, il sera sauvé. La guérison sera le résultat de l’intluence mystérieuse et profonde de l’ame sur le corps.

D’autres fois^ le malade, ému à la lecture des guérisons miraculeuses ({lie la Vierge de Lourdes se plaît à multiplier, réllécliit, renq^lit son esprit de la pensée de ces guérisons, actionne ainsi son imagination, et se persuade cnün qu’il sera guéri; c’est l’autosuggestion, elle sulfit. Que ce malade suive les {lèlerins à Lourdes; qu’il ravive ses images sensorielles et sa {persuasion au s{pectaclede la foule, du sanctuaire, des rochers, il sera guéri.

Ainsi raisonnent certains snggestionnistes de l’Ecole de Nancy. Quel sophisme! Quel oubli des principes élémentaires de toute science et de toute philosophie !

Ces sophistes ne disent pas que l’àme jouit d’une grande influence sur le corps, que dans certains cas déterminés l’imagination peut faire cesser un trouble fonctionnel, ils prétendent que toujours, et dans tous les cas, lésion organique ou trouble fonctionnel, la guérison est l’effet d’une cause naturelle, de la suggestion, et qu’elle n’est jamais l’effet d’une intervention surnaturelle de Dieu. Ils citent quelques phénomènes éphémères, particuliers, sans importance, obtenus par l’imagination, et ils concluent à l’explication naturelle des miracles qui surpassent les forces connues de la nature.

Ils manquent de discernement et de philosophie. Ils oublient cette loyale affirmation du D>’ Bernheim : « La suggestion ne s’adresse pas directement à lalésion, mais au trouble fonctionnel ; elle peut, en tant que l’état organique le permet, calmer la douleur, restaurer le sommeil et l’appétit, augmenter la force motrice, rétablir la sensibilité et le mouvement perdus, supprimer les spasmes, les crampes, l’angoisse nerveuse, régulariser les fonctions diverses. Les agents thérapeutiques de la matière médicale n’ont pas, d’ailleurs, plus que la suggestion, une action spécifique contre la lésion... La suggestionne tue pas les microbes, elle ne crétiflc pas les tubercules, elle ne cicatrise pas l’ulcère rond de l’estomac (i).

La science établit ainsi que rimagination n’a pas une puissance illimitée, qu’elle est bornée, que son action thérapeutique sur un sujet malade n’atteint que le trouble fonctionnel. La science reconnait donc implicitement ([ue les miracles de Lourdes, en supprimant instantanément des lésions organiques, ne relèvent

(1) Ü" Bernlieim, llijpnolisme, Saggesl'ion, clc., p. üO-2.

PIlKl-ACE

ni do la sui>f;eslion, ni de l’iinaginalion, ni des lois ordinaires de la nalnre, el ([n’ils sont l’œuvre d’une puissance surnaturelle.

On se trouve ainsi en jirésence d’une question de fait. Est-il vrai (pie l’on ail constaté à Lourdes la guérison instantanée d’une lésion organi(]ue? Votre beau livre est une réponse décisive à cette (piestion.

Voici, par exein[)le, un malade, c’est Pierre de Rudder dont la jainlie gauche a été écrasée, broyée; fracture du tibia et du péroné, plaie gangreneuse îi la partie supérieure de la jambe, ulcération au dos du pied, fausse articulation, os brisés, tel est l’état lamentable de ce malade voué à l’amputation, de ce mutilé que l’on voyait tordre ses jambes « comme les lavandières tordent leur linge qu’elles viennent de rincer. »

Instantanément, après une prière à la Vierge de Lourdes, l’état du malade est absolument changé : ses plaies sont cicatrisées, ses os soudés, sa jambe consolidée, sa guérison est complète, sans raccourcissement avec restitution parfaite de la fonction.

Et tout cela est constaté par des témoins de bonne foi, par des médecins et des chirurgiens d’une sincérité au-dessus de tout soupçon.

Ni la suggestion ni les théories risquées de l’Ecole de Nancy ne sauraient expliquer cette guérison instantanée d’une lésion organique aussi profonde; il faut bien reconnaître ici l’intervention d’une Cause et d’une Force au-dessus des causes et des forces créées.

Le 1)‘’ de Saint-Maclou a fondé une troisième Ecole dont vous êtes aujourd'hui le chef écouté, et (|ui a rapproché pour une ann rc commune, des hommes d’une réelle valeur scientilupie ; vous me permettrez de l’appeler l’Ecole de Lourdes. Elle a su triompher du

respect humaiii, conquérir l’attention du monde savant, poursuivre avec conviction et indépendance l’œuvre honnête, loyale des constatations médicales, et créer un mouvement spiritualiste irrésistible dans le monde médical.

Cette École professe avec l’Eglise que Dieu a le pouvoir d’intervenir dans les affaires de ce monde; qu’il produitlui-meme, immédiatement, selon des lois souveraines, des effets préternaturels, des guérisons miraculeuses, ([uandil le juge à propos. Et s’il intervient, il a donné sans doute aux hommes de bonne foi le moyen de reconnaître son intervention.

Cette Ecole professe aussi que toute science repose sur des principes certains, reconnus et acceptés. Nier la valeur de ces principes, c’est nier toute science, c’est nier la biologie, la physiologie, la physique, la chimie, c’est ouvrir la porte au scepticisme universel.

Or, l’expérience intelligente, sévère, loyale nous met en présence de certains faits miraculeux qui sont en opposition avec ces principes naturels, qui ne dérivent pas d’eux, qui se rattachent à une autre cause, à d’autres lois, à un plan supérieur, à Dieu luimême, c’est-à-dire à la Causalité la plus haute; et quand l’incrédule se dérobe ou se révolte, l’Ecole de Lourdes s’incline avec reconnaissance devant Dieu, elle affirme sans lâcheté de conscience, le caractère surnaturel des phénomènes qu’elle vient de constater.

Et c’est ainsi (pie grâce à vous et au concours des médecins dévoués (pii vous entourent, l’idée du surnaturel cpii était déjà dans la foule, guidée par les sures inspirations du cœur, pénètre aujourd’hui dans le monde scientifique, appelle l’attention et la criti(pie ardente de ses adversaires et obtient enfin autre chose (pie le dédain ridicule de l’orgueil.

C’est une noble tâche, elle est digne de votre talent et de votre foi.

Vous nous faites voir aux pieds de la Vierge de Lourdes,

PRÉFACE

rapprochés et réconciliés par le charme souverain de la vérité religieuse, le pauvre malade cpii demande à Dieu sa guérison dans un élan de foi et d’amour et le savant qui ne conteste plus à Dieu le pouvoir de l’exaucer.

Agréez, Monsieur et cher Docteur, l’assurance de mes meilleurs sentiments en Noire-Seigneur.

Elie Méric,

Protonotaire apostolique, Professeur à la Sorbonne.

Bureau des constatations de Lourdes.

LA CLINIQUE DE LOURDES

Les premières constatations. — Les médecins de Lourdes en présence des guérisons. — Les D'’® Dozous etBalencie. — Le D''Diday. — Le D'’ de Saint- Maclou fonde la clinique. — État actuel du bureau médical. — Attitude nouvelle des médecins. — Publicité donnée par la presse. — Bureau des constatations à Paris. — Moyenne des guérisons et des décès pendant le pèlerinage national. — Les maladies nerveuses à Lourdes.

A clinique de Lourdes telle qu’elle fonctionne aujourd’hui, ne remonte pas au delà de 1884 ou i885.

Nous lisons dans les Annales : « Pendant le pèlerinage national de i883, cinq médecins assistaient le Père de l’Assomption et le Père de l’Immaculée-Coneeption qui rédigeaient les procès-verbaux. » C’étaient en effet les religieux qui jus(iue-là recueillaient les réeitsdes guérisons.

On admire vraiment eomment des hommes étrangers à la médecine ont pu, pendant quinze ou vingt ans, collationner toutes ces

GüliniSO.NS DE LOUnOES t

observations ([ue nous lisons avec intérêt et qui remplissent les vingt premiers volumes des Annales.

Le Supérieur des Pères de Lourdes, le R. P. Sempé, avait pris pour lui la correspondanee médicale ; il écrivait ces guérisons avec beaucoup de clarté, de précision, avec un charme que les liommes de science n’ont pas toujours : ses collaborateurs ont continué son œuvre, et, jusqu’en 1890, nos registres d’observation sont à peu près entièrement écrits de leurs mains.

Les religieux, du reste, consultaient les médecins des malades, compulsaient toutes les notes et tous les certiücats qu’ils reproduisaient à la suite de chaque observation.

Au début, un bureau médical créé sur place n’aurait pu conduire ces enquctessans provoquer une suspiciongénérale. Chaque malade faisait constater par son médecin la guérison cfu’il venait d’obtenir, et le nom de Lourdes était ainsi porté dans tous les pays par des témoins dont on ne pouvait mettre en doute le témoignage. C’était le plus sur et le meilleur moyen de vulgarisation.

Comment suspecter des médecins pris sans choix, souvent malgré eux, qui ne pouvaient dissimuler leur surprise devant ces résultats inattendus? Comment suspecter des médecins qui avaient soigné ces malades avant et qui les revoyaient après?

Si les événements de Lourdes eussent été dirigés par la main des hommes, ils n’auraient pas ainsi surgi brusquement, par surprise, sans direction, et, pour ainsi dire, au hasard.

Il n’y avait aucun choix dans les maladies, aucune méthode de traitement.

Quand une clinique se fonde, on choisit les médecins, on fixe un programme, on se propose de guérir tel ou tel ordre de maladie. Ici les malades précédaient les médecins, et s’ils s’adressaient à eux, c’était pour faire constater leur guérison.

Ces phénomènes si étranges et si inattendus devaient recevoir pourtant le contrôle de la science.

LA CLINIQUE DE LOURDES

Les Dozous et Balencie

Au moment des apparitions, nous Irouvons dans le corps médical de Lourdes, deux hommes dans la pleine maturité de l’agc et <lu talent.

L’un est catholique de race et de conviction ; l’autre sceptique par nature.

Dozous est incrédule ; mais, entraîné par l’ardeur de son tempérament, il veut tout voir.

Il est subjugué parla simplicité, la sincérité de l’enfant. Il est ébloui par la transliguration de son visage, qni semble relléter un éclat divin. Tous ses préjugés s’écroulent. Il touche le surnaturel : il le reconnaît.

Il apporte à l’examen des faits qui se passent sous ses yeux le soin le plus scrupuleux ; mais il est témoin de tant de guérisons inexplicables, opérées par l’eau jaillieen sa présence, que tout son scepticisme finit par se fondre. Quelquesannées après, il résume ses observations dans un livre auquel il donne pour épigraphe : J’ai

cru, parce que j ai vu.

Le D‘' Balencie estcatholique, la dévotion à la sainte Vierge lui a été léguée comme une tradition de famille, et cependant il refuse absolument de croire à la réalité des apparitions, il traite d’esprits faibles ceux qui vont à la grotte, il voit chaque jour Bernadette à riiospice, et chaque jour il essaie de la mettre en contradiction avec elle-même. Le préfet lui demande un rapport sur l’état de cette enfant, et dans ce rapport, toutenécartant la folie, il déclare que ces visions ne sont que des effets d'iiallueination.

Entre ces deux hommes également instruits et sincères, la discussion étaitintéressante à suivre. L’accorddevait se faire ; ils avaient sans cesse sous les yeux les éléments du débat.

Qu’cst-il arrivé?

Dozous, tout en proclamant le surnaturel, ne conforme pas sa conduite à scs croyances; il reste éloigné de la religion la plus grande partie de sa vie.

TÆS GRANDES GUERISONS DE LOURDES

Le !)'■ Balcncie porte d’abord sur les guérisons le mC*me jugement que sur les apparitions; il n’y voit ([ue des eflels naturels.

Mais devant ces faits étranges qui se renouvellent chaque jour, son esprit s’éclaire de lueurs inattendues. A son tour, il voit, il touche le surnaturel.

Je ne dirai pas que le D* Balencie est aujourd’lmi plus convaincu que moi ; il l’est autant. Il est notre collaborateur, notre guide; il est riiommc de la tradition, le témoin vivant du passé.

Et le médecin qui a signé le rapport concluant à l’hallucination chez Bernadette, rédige et signe depuis vingt ans des certificats de guérison dans le Bureau des constatations.

A ses côtés, il est toujours facile de refaire l’histoire de ces événements, qu’il connaît dans leurs moindres détails. Pendant les derniers pèlerinages, on essayait, au milieu de l’auditoire mêlé qui nous entourait, auditoire où les hommes de lettres et les correspondants de journaux étaient en majorité, de créer une légende sur Bernadette : c’était la victime, l’enfant séquestrée. On l’avait envoyée vivre et mourir loin du théâtre de la gloire.

Nous avons vu notre confrère se redresser vivement et fixer son regard sur ses interlocuteurs; avec une jiarole pleine d’autorité, avec cet accent que donne une conviction absolue : « Bernadette sé(]uestrée, dit-il, mais c’est une invention, c’est le contraire de la vérité! Elle était la cliose de tout le monde ; à toute heure on pouvait la demander et la voir; si vous étiez venu, on ne vous l’aurait pas refusée.

« J’étais médecin de l’hôpital, et j’ai dû intervenir bien souvent pour protéger sa santé menacée; on abusait de ses forces; si elle n’était pas partie pour la communauté, elle serait morte à la peine. C’est pourtant de son plein gré qu’elle est partie et qu’elle a voulu vivre et mourir loin de Lourdes. »

Tous CCS événements sont encore contemporains; il est intéressant de recueillir la déposition des derniers témoins qui vivent encore.

Dozous, avons-nous dit, a rendu sur celte enfant un témoignage

LA cliniquk nr> lourdes 5

public d’une porlcc indiscutal)le. Il l’a rendu en présence de Ions les témoins des événements, en présence de tous les médecins de Lourdes. Le moment était certainement favorable pour poser les bases d’une enquête sérieuse, et cette enquête a été poursuivie pendant plusieurs années, alors que les premiers mouvements d’agitation et de controverse étaient depuis longtemps apaisés.

Débarquement des malades à la gare.

Les confrères du D"" Dozous n’avaient voulu voir dans ces apparitions que le jeu d’une imagination malade : ils formèrent le premier groupe d’opposants, et protestèrent au nom de la science dont ils étaient les dépositaires. Mais, à Lourdes, ils ne pouvaient absolument rester étrangers aux événements qui se déroulaient autour d’eux : malgré eux, ils furent les témoins et les Juges des guérisons qui se répétaient chaque jour. Devant ces faits étranges, sans cesse renouvelés, qui renversaient toutes les lois, tous les principes connus, ils reconnurent franchement leur erreur et vinrent rendre hommage à la vérité. Comme leur confrère Dozous,

mais plusieurs années après, ils s’inelinèrenl (levant le nombre et l’évidenee des preuves (pii leur étaieni données. Combien de médecins ont imité leur exemple! Après avoir protesté bien haut an nom de la science, ils n’ont pas craint de reconnaître, dans des certiticats clairs, explicites, sans réserve, (pie les guérisons de Lourdes étaient contraires à toutes les lois connues.

Le !)'■ Diday, de Lyon, dans un pamphlet violent, avait essayé au nom de la science, d’enlever à l’iiistoire de Lourdes tout son coté surnaturel. Sarcasme, ironie, il avait apporté dans ce débat les avantages du polémiste le plus redoutable. Nous avons lait ressortir toutes les contradictions (pie le talent de l’écrivain dissimulait mal, toutes les conclusions dictées par la passion plus (pic par la logi({iie.

Le Diday devait se réfuter lui-mème beaucoup mieux ([uc nous ne l’avions fait. Il est mort en invo(]uant cette Vierge (pi’il avait méconnue, et s’il n’a pas laissé de rétractation écrite, c’est (pie le temps on les circonstances ne le lui ont pas permis.

Di Vergez

Dès les premières années, nous trouvons un professeur de faculté : le D^' Vergez (i) (pii poursuit pendant vingt ans ses recherches.

Vergez, en présence de faits si nouveaux, si inattendus, voyait s’elibndrer autour de lui et principes reçus, et convictions assises; il ne trouvait plus ses points de repère habituels, il faisait l’aveu de l’impuissance de son art, et du bouleversement de ses lois.

Il a résumé ses premières impressions dans une pagd élo(piente, (pie nous devons reproduire ici, car jamais ces grands et dillieiles problèmes n’ont été éclairés de plus vives lueurs :

(( En Jetant, disait-il, un coup d’œil d’ensemble sur les sept faits de guérisons (pii précèdent, on est frappé tout d’abord de la facilité, de la promptitude, de l’instantanéité avec lesrpicllcs ils sortent du sein de leur cause productive. Ne dirait-on pas une violation ouverte,.

(1) InspectCLii- lies eaii.v de Barèges.

LA CLINIQUE DE LOURDES

im bouleversement complet des méthodes thérapeuli(pies, une contradiclion déclarée des préceptes et des prévisions de la science? C’est avec une sorte de dédain que cette force se joue de rancienneté, de la profondeur et de la résistance du mal. Ce soin caché, mais réel néanmoins, avec lequel toutes les circonstances sont arrangées et combinées, montre bien qu’il y a, dans la guérison qui s’opère, un événement en dehors de l’ordre de la nature. De tels phénomènes dépassent la portée de l’esprit humain. Comment comprendrait-il, en effet, de telles oppositions : la simplicité du moyen et la grandeur du résultat; l’imité du remède et la diversité des maladies; la courte durée de l’application de l’agent curatif, et la longueur des traitements indi([ués par l’art ou la science ; l’cllicacité soudaine du premier, la longue inutilité des seconds, la chronicité du mal et l’instantanéité de la guérison?

« 11 y a là certainement une force contingente, siq)érieure à celles qui ont été départies à la nature: étrangère, par conséquent, à l’eau dont elle se sert pour manifester sa puissance. »

C’est ainsi que Vergez, surpris par ces révélations inattendues, l’esprit tout ébloui d’une lumière nouvelle, préludait à ces grands enseignements dont il devait conserver la direction jusqu’à la fin de sa vie: dès les premiers jours, il marquait d’un trait ineffaçable le véritable caractère de ces événements, et vingt ans plus tard, il devait dire encore : « Si on me demande ce que j’ai vu à Lourdes, je puis répondre :

« Par l’examen des faits les plus authentiques, placés au-dessus du pouvoir de la science et de l’art, j’ai vu, j’ai touché l’œuvre divine, le miracle.

« J’ai vu de l’eau naturelle, dotée d’une vertu contingente, supérieure aux forces dont peut disposer la nature et d’une divergence d’action absolue. Cette eau, toujours la môme, invariable, je l’ai vue produire des effets surnaturels très dillérents, sans analogie entre eux.

« Arracher un enfant agonisant à la mort: rétablir la vue dans un œil insensible à la lumière par suite d’une lésion traumatique profonde; rendre la plénitude des mouvements à des memlnes

LES GLANDES GUERISONS DE LOT’RDES

paralysés: guérir un ulcère chronique, étendu, très rebelle; telles ont été ses premières opérations.

« Celles qui les ont suivies ne sontnimoins étonnantes, ni moins concluantes.

(( Quelques-unes ont porté .sur des maladies réputées incurables; phtisie élevée à sa période ultime; cancer, ataxie locomotrice.

« La moisson a été riche, abondante et de longue durée. Elle continue, s’exécutant sous le contrôle d’un savant interprète, en résidence auprès de la Grotte. C’est toujours le miracle j^assé à l’état de permanence. »

L’àme du chrétien se révèle tout entière dans cette déclaration. Du reste, le D*’ Vergez proütait de chaque occasion pour professer ouvertement sa foi.

D" de Saint-Maclou

Après Yergez, le de Saint-Maclou, élève distingué de laFaculté de Louvain, inaugure la série des médecins résidants; il fonde la clinique. Un appel particulier semblait appeler la Belgique auprès de la Grotte; elle devait prendre le premier rang dans l’organisation des pèlerinages, et les guérisons de ses malades devaient compter parmi les plus importantes et les mieux étudiées; il convenait donc qu’un représentant des facultés belges fût appelé à présider nos travaux.

Le D>' de Saint-Maclou était parfaitement doué. Esprit encyclopédiste, il se jouait avec les problèmes les plus ardus de la philosophie, et traitait les (piestions de haute théologie comme un maître consommé. Il parlait plusieurs langues, et, dans ses moments de loisir, devenait à son gré géographe ou archéologue. Admirablement préparé pour l’étude des maladies que l’on rencontre ici, il connaissait les maladies nerveuses eomme un spécialiste^ en retrouvait un peu partout les traces, apportant une rigueur extrême dans ses recherehes, et ne se eontentant pas de preuves incomplètes.

A eôté du médecin et de l’érudit, il y avait l’homme aimable, généreux, dont le cœur était ouvert à tous les sentiments élevés;

LA CLINIQUK DE LOURDES

le genlilhoninic doiiblail le savant, et lont, chez lui eliarmait et captivait.

C’était une physiononiic l)icn personnelle, conservant les traits distinctifs de sa race et de son orijçine, chose rare à notre épocpie où le mélang-e continuel des hommes et des choses cHace les nuances et fait disparaitre tous les types.

Le !)■■ de Saint-Maclou était venu à Lourdes sans préméditation. Il y était venu comme nous y venons tous, comme y viennent ces foules innomhrahles qui se succèdent sur les bords du Gave, cherchant un soulag-emcnt, une consolation dans la souffrance et dans l’épreuve. Sa femme, atteinte d’une long-ue et implacable maladie, mourut à Lourdes. Dès ce jour, la vie de Saint-Maclou fut brisée. Il dit adieu au ciel aimé de sa Normandie, à la terre, à la demeure qui lui rappelait de chers mais douloureux souvenirs; il se promit de ne plus la revoir. Il voulut s’enfermer à Nice, chez les üblats, pour y trouver dans l’étude et la prière un remède à sa douleur.

(rétait le calcul humain; Dieu avait sur lui d’autres vues.

Jusque-là, sa vie avait été bien traversée. A vingt ans, M. de Saint-Maclou était un brillant élève de Saint-Cyr. Quelques années après, il renonçait à la carrière militaire pour fonder une famille. A vingt-six ans, il se remettait sur les bancs pour étudier la médecine, poursuivant avec ardeur ses études et passant une partie des nuits au travail.

Les vicissitudes de la vie ne lui ont pas permis de se consacrer longtemps à l’exercice de notre profession. Il perd sa femme au milieu de sa carrière, et lorsqu’il arrive à Lourdes, il n’aspire plus C|u’au repos.

Tout ce qu’il avait fait jusque-là n’était qu’une préparation à sa vocation dernière, et cette vocation allait donner à sa vie son couronnement et sa note dominante. Pendant dix ans, à Lourdes, il a été le juge et rintei-j)rète des manifestations surnaturelles. Vivant de la vie des Missionnaires, véritable bénédictin par la •science et le travail, il a rassemblé des matériaux considérables. Gr àce à lui, la science, qui a méconnu longtemps les guérisons de

lO

LKS (UIANDKS GUKUlSOXS DE LOURDES

Louidcs, a lini par reconnailre qu’il y avait Là des faits indiscutables et des modifications soudaines qu’elle ne pouvait expliquer. 11 rêvait de réunir ici en congrès centà cent cinquante médecins, et son vœu était bien près d’ètre réalisé. Nous entrevoyons déjà le terme de celte longue grève de savants qui fermaient les yeux pour ne point voir et se tenaient à l’écart pour ne pas être convaincus.

Le nouveau bureau médical, sous les arcades (lu Rosaire.

En ce moment, plus de trois cents médecins viennent chaque année dans notre bureau.

Le de St-Maclou a dirigé la clinique depuis 1884 jusqu’en 1891 . Pendant ces sept années, la moyenne des procès-verbaux rédigés dans le bureau est de cinquante par an; trente ou trente-cinq médecins assistent aux séances.

La Clinique depuis 1892

En i8()2, nous constatons une progression brusque; de quarante médecins nous passons à cent vingt, de cinquante procès-verbaux à eent.

LA CLINIQUE DE LOURDES

Celle progression n’a cessé de croître depuis.

En 1897, nous avons en deux ceiil ving t médecins el. nous avons rédigé plus de deux cent trente procès-verbaux.

Nous avons en deux eenl, vingt médecins, sans eompler les nombreux confrères qui viennent à Lourdes en conservant l’incognito.

Nous avons rédigé deux cent trente procès-verbaux, et ce chiirrc ne représente guère que les deux tiers des guérisons qui se sont produites autour de nous; nous devrions arriver à plus de trois cents.

Au début, la clinique de Lourdes ne fonctionnait que pendant les grands pèlerinages, pendant deux mois environ. Elle fonctionne aujourd’hui, six mois par an, du i5 avril an i5 octobre, avec six heures de séance chaque Jour. Notre auditoire est aussi nombreux que varié, et je ne crois pas qu’il y ait nulle part au monde clinique plus intéressante.

Pendant le pèlerinage national, soixante, quatre-vingts médecins nous entourent à la fois et suivent nos enquêtes avec le plus grand intérêt.

Chaque pèlerinage belge amène avec lui dix ou douze médecins qui ont constamment sous les yeux leurs malades, pendant le voyage et pendant le séjour à Lourdes. Ils nous apportent des dossiers très complets; ils continuent les enquêtes que nous ne pouvons qu’ébaucher.

Du reste, tous les pèlerinages ont aujourd’hui leurs médecins; nous pouvons citer ceux de Lyon, Marseille, du Nord, etc.

Dan s ces conditions, tout devient facile. A Paris, nous avons des correspondants volontaires, qui nous sont inconnus et qui demandent à suivre nos malades. Combien de visiteurs n’a pas reçu l’hospice de Yillepintc?

A la suite du dernier pèlerinage national, on nous écrivait : « Donnez-nous l’adresse du malade le plus intéressant, nous voulons l’étudier. » Un vaste réseau d’information s’organise spontanément partout.

A Lourdes, on ne fait qu’un travail préliminaire : nous prenons

LES GllANDES GUERISONS DE LOURDES

les noms, les adresses, les eerlÜicals; nous eonstatons l’élat des malades, nous réunissons des matériaux, mais nous ne eessons de tenir en garde nos eollègues eontre tout entrainement; nos jugements sont entourés des plus grandes réserves.

Nous disons que nous avons eu cette année deux cents et quelques médecins. Comme ils se renouvellent tous les ans à quelques unités près, nous pouvons dire qu’il n’y a pas de ville, pas de province qui n’aient envoyé plusieurs représentants à Lourdes. Les malades apportent chaque année deux ou trois mille certiücals, ce qui fait, pour les dix années écoulées, vingt-cinq à trente mille certiticats qui doivent mettre en cause douze ou quinze mille médecins différents. Ces certiticats sont trop nombreux pour être suspectés. Le corps médical tout entier est engagé dans la question. L’histoire de Lourdes s’écrit sous les veux, avec le contrôle des médecins; jamais enquête n’a eu ce caractère d’universalité.

Tous les pays du monde sont tributaires de Lourdes.

Les Anglais et les Américains viennent en très grand nombre : les protestants eux-mêmes s’intéressent à nos travaux. On nous écrit du Japon pour nous demander le récit de nos guérisons atin de le communiquer au médecin le plus célèbre du pays, qui désire étudier et juger ce que noua observons ici, en attendant qu'il puisse venir à Lourdes.

Quelle est l’attitude des médecins? Il y a des convaincus, des curieux, qui veulent voir sans parti pris; quelques-uns ont leur siège fait, ne veulent rien entendre; il y en a qui s’irritent; ceux-là sont touchés : un problème embarrassant s’est dressé devant leur esprit. Parmi les irréconciliables, rarement des noms connus, mais plutôt des médecins égarés dans la politique. Les professeurs, les hommes de valeur écoulent, étudient, font peu d’objections.

Nous avons eu, dans ces cinq ou six dernières années, trente professeurs de facultés, quinze professeurs d’écoles de médecine, (piinzc médecins des hôpitaux de Paris, vingt membres de l’Aeadémic de médecine, dix médecins de l’LJniversité de Londres, (luinze professeurs des facultés étrangères, un certain nombre de sénateurs et de députés.

LA CLINIQUE DE LOURDES

Si nous voulions rcprc'iulrc réLude complèlc des dernières années, nous devrions rappeler la visite de Zola dans notre ])urean ; les malades <pie nous lui avons présentés sont désormais liisloriqnes et sont toujours eu partait état de santé : La Grivotlc (poitrinaire au dernier degré), Elise Rouquet (le Lupus), Sophie Couteau (la Carie des os), ele.

Tous les journaux rendent eomplc de nos pèlerinages, même les plus hostiles. Notre auditoire est des plus mêlés; nous voyons tous ceux qui s’intéressent au mouvement des idées, hommes de seienee, journalistes. L’Episcopat américain nous envoie de nombreux représentants. Nous avons eu les archevêques de Saint-Louis, de la Nouvelle-Orléans, les évêques de Brooklyn, du Kansas, delà Pensylvanie. Ils voulaient, nous disaient-ils, répandre nos travaux dans leurs diocèses. Dans l’Amérique, la religion est libre de toute entrave politique et le culte de Notre-Dame de Lourdes se répand avec une grande facilité ; c’est la dévotion la plus populaire.

Depuis quelque temps, nous voyons venir à nous les jeunes générations médicales; les internes des hôpitaux de Paris précèdent ou accompagnent le pèlerinage national.

Les courants otïîciels qui nous régissent ont chassé des carrières administratives tous ceux qui avaient au cœur le souci de leur indépendance; voilà pourquoi nous trouvons dans la médecine, dans les professions libérales, des hommes qui ne craignent pas d’ailirmer leurs convictions religieuses. Parmi tous ces jeunes confrères, nous avons des lauréats de nos facultés, de futurs agrégés: ils discutent en toute liberté d’esprit, et nous leur abandonnons volontiers la direction des débats et la rédaction de nos procèsverbaux.

Nous observons chez les médecins un état d’àme nouveau; ils ne viennent plus seulement en curieux, en hommes de science, ils viennent comme malades; ils viennent demander leur guérison, celles de leurs femmes et de leurs enfants. C’est la dernière évolution (pie pouvait subir le corps médical. Parmi les miraculés du pèlerinage national de 1897 se trouvait un médecin qui portait

licrcmcnt sa bannitTe. Dans le cadie de nos photographies, on voit la petite (ille du D‘' Auniaître, de Nantes, guérie à l’àge de vingt et un mois, d’un pied hot que l’on avait opéré sans résultat.

Un de mes aneiens eamarades entre dans mon bureau. Vous iei? lui dis-je. Qu’est-ee qui vous amène? Je viens en aetion de gràees, ma femme a été guérie d'im mal de Pott dans lapiseine. Un médeein d’une grande ville, bien éloigné de nos idées pourtant, nous envoie sa femme; avant de tenter sur elle une opération grave, il a eut savoir si Lourdes ne pourra pas lui proeurer la guérison.

Ces exemples sont de tous les Jours.

Un médecin, atteint d'une maladie de poitrine, vient de passer riiiver dans le Midi. Il perd du terrain, les bacilles ont envahi ses poumons; il les retrouve chaque jour sous le microscope; sa carrière est brisée, sa vie sans espoir; le découragement envahit son àme. Il reste quinze jours à Lourdes, les forces reviennent, les bacilles disparaissent, et bientôt il peut reprendre l’exercice de sa profession, interrompue depuis de longs mois. Demandez-lui s’il croit à la vertu de Lourdes, à la guérison des malades auprès de la Grotte. »

Nous ne faisons que résumer quelques exemples c|ui se présentent à notre mémoire; mais que de détails intimes nous pourrions rappeler! que de confidences nous avons reçues!

Pendant le dernier pèlerinage national, trois médecins étaient venus demander leur guérison. Sur les trois, deux étaieni atteints de cancers.

Ils ne s’étaient pas demandés, ces chers confrères, si Lourdes ne guérissait que les maladies nerveuses, mais plutôt, par leur exemple, ils allirmaient que le champ de nos guérisons est sanslimite; ils avaient peut-être constaté chez leurs malades des guérisons inespérées obtenues auprès de la Grotte, ils venaient réclamer pour eux le bénéfice de grâces semblables.

Non seulement les jeunes médecins viennent à nous, mais nous constatons parmi eux des courants de propagande religieuse sans précédents. Nos collègues de Belgicpie ont fondé dans noire bureau une société de médecins calholicpies. Le médecin en chef de

LA CLIMQUK DE LOURDES

riiôpilal (le Milan nous ('crit poui* nous demander les staluls de la Sociélé de Saint-Lnc (ju’il vent (^‘lablir en Italie. « Nous sommes à iNIilan, nous dit-il, plus de six cents médecins, et les adhésions ne nous feront pas défaut. » A riieurc actuelle, sa société fonctionne et progresse rapidement.

Que de chemin pai'courn dans ces dernières années! Si les médecins n’étaient venus à Lourdes que pour disserter froidement sur des (jnestions d’hypnotisme et de suggestion, comme ces résultats s’cxplifpieraient mal.

Les malades viennent souvent avec leurs médecins. Le professeur Spillman, de Nancy, rencontre dans l’esplanade du Rosaire, jMarie Beuvelot, atteinte d’une péritonite tuberculeuse; elle était couchée depuis deux ans dans ses salles d’hôpital et ne ({uittait pas son lit, ne prenait aucune nourriture, avait des vomissements incessants (il venait de la quitter dans ces conditions), il la retrouve, vaillante et forte, suivant tous les exercices du pèlerinage. Il ne peut en croire ses yeux et nous la conduit lui-même au Bureau des constatations.

Le D‘’ Lanéèle, de Caen, vient souvent avec IMarie Lemarchand, la femme au lupus de Zola; il se plaît à raconter devant ses confrères toute l’histoire de sa maladie et de sa guérison : le Gouraud, médecin de l’hôpital de la Charité, a rencontré dans nos réunions de Paris Esther Brackman, qu’il avait gardée longtemps dans son service et cpi’il croyait morte sans doute, ayant constaté chez elle les progrès rapides d’une péritonite turberculeuse dont rien n’avait pu enrayer la marche.

Le Di’ l)or, de Lyon, apprit dans notre bureau la guérison de\ion-Dury, qu’il considérait comme un aveugle incurable; Yion- Dury avec le certificat du ü‘’ Dor, avait obtenu une pension pour le reste de ses jours.

Chac£ue année, dans la seconde (piinzaine de novembre, le Bureau de-'i constatations médicales se réunit à Paris pour procéder au contrôle des guérisons du Pèlerinage national. Nous trouvons là non seulement les anciens malades, les médecins cpii les ont soignés, plusieurs memlires de nos hospitalités, mais encore un auditoire

composé d’éléments nouveaux, pailols disparates, et que l’on ne rencontre qu’à Paris.

Parmi les médeeins, plusieurs porlentdes noms eonnus, sont attachés à nos grands hôpitaux rlaCliarité, Saint-Louis, Saint-Antoine. Nous avons des professeurs agrégés, des membres de l’Aeadémie, des spéeialistes dont le nom fait autorité. Parmi eux, non seulement des médecins catholiques, mais des incroyants, qui veulent voir et contrôler les faits quels qu’ils soient, où qu’ils se produisent, sans se préoeeuper des principes qu’ils mettent en cause.

A eôté des représentants de la science, on remarque dans l’assistanee les représentants de la philosophie et de la théologie eatholique, des eorrespondants de journaux de toute nuance.

Lourdes prend ehaque jour une place plus importante dans les préoccupations des savants, des médecins, et même des hommes du monde. ^o\\ Bureau des paraissait une création

sans précédent, pleine de hardiesse ; ces séances publiques, en plein Paris, sous les yeux des médecins et des reporters de toute nuance, marquent un pas de plus dans la vulgarisation du surnaturel par la science.

Cette clinique du miracle dans notre siècle est un fait bien surprenant.

Toutes nos guérisons sont racontées, transportées, traduites dans toutes les langues et dans tous les pays du monde. Quel contraste entre les luttes du début, les négations, les sourires d’incrédulité ou de mépris et l’enlrainement dont nous sommes témoins, le mouvement de curiosité qui nous environne! Il semble que plusieurs généralions ont passé dans l’intervalle.

Dans riiistoire du surnaturel. Lourdes est un fait sans précédent: non pas qu’à première vue il diffère, par ses guérisons, par ses pèlerinages, de ce (pic l’on a observé dans tous les temps, mais tout cela est de nos jours, adapté, pour ainsi dire, aux besoins de notre épo(pie. Les personnages ({ui jouent ici un rôle sont bien vivants. C’est une religieuse d’Autcuil, une lleuriste parisienne, une paysanne de la Bretagne, une femme du monde; ce sont tous ces types mis en relief par un romancier : la Grh'olte, Elise Rouquet,

I,A CLINIQUE DE LOURDES

Sophie Couteau. Tout cela est mêlé, discuté, abandonné à l’appréciation de chacun.

Ce qui est nouveau, ee sont les épisodes, les accessoires, l’accent de réalité, les caractères, la ressemblance avee la vie eontempo-

Un groupe de malades du pèlerinage d’Arras guéris en 1899.

raine, 1 allure qui rappelle les préoccupations ordinaires des milieux dans lesquels nous vivons; c’est ce mélange de tous les peuples : anglais, américains, asiatiques, protestants ou incrédules, qui traduisent tous dans leur langage leurs impressions diverses.

Quand ou est témoin de ce spectacle, on est tenté de jeter, aux contempteurs de la première heure, ces paroles de Brunetière :

« Ces choses qui vous semblaient mortes, à peu près desséchées, elles vivront encore, soyez-en sûr, quand il ne sera plus question

guérisons de lourdes c)

ni de vous, ni de moi, ni de tout ce qui charme vos yeux prévenus ou votre imagination séduite. »

Enquêtes et statistiques

Le temps n’est plus où l’on nous demandait un exemple de guérison, nn seul pris en dehors du cadre des maladies nerveuses, en dehors de toute inlluence suggestive : la guérison instantanée d’une plaie, d’nn cancer, appuyée sur des enquêtes irréprochables.

Depuis quarante ans, les guérisons les plus étonnantes se succèdent sans interruption, les laits s’ajoutent aux faits, les preuves aux preuves, les témoignages aux témoignages. Nous avons pu faire la synthèse de ces guérisons, établir des statistiques que toutes les objections de détail ne sauraient intîrmer.

Nous avons les noms de tous les malades qui se sont présentés dans notre bureau, le nom de tons les médecins qui les ont soignés; nous savons le nombre de guérisons obtenues dans l’année, dans chaque pèlerinage, dans les divers genres de maladies : nous savons combien nous avons de guérisons de poitrinaires, de tumeurs blanches, de plaies, de paralysies, d’aveugles et de sourds.

Nous avons dans nos archives, depuis plus de quarante ans, l’histoire de ce mouvement, inouï jusqu’à notre âge, qui se fait autour de nous.

L’année dernière, nous avons rédigé deux cent trente procès-verbaux ; mais nous devions avoir un chiffre de guérisons beaucoup plus élevé.

Les directeurs du pèlerinage de Lyon publient chaque année (piarante ou cinquante guérisons ; nous n’en retrouvons qu’une dizaine dans nos procès-verliaux. Dans tous les pèlerinages, on constate des guérisons an retour; plusieurs malades guéris ne viennent pas dans notre bureau; de la sorte, nos deux cent trente procès-verbaux ne représentent peut-être ipie la moitié ou le tiers des guérisons (pii se produisent pendant les pèlerinages.

Lu outre, le culte de Notre-Dame de Lourdes est répandu dans

LA CLINIQUE DE LOURDES

le niüiicle cnlicr; il n’y a pas une plage déserte, une ile perdue qui ne possède sa statue ou ne demande l’eau de sa Ibntaiue. Partout où les missionnaires pénètrent, les eatliolicpies, et souvent les païens, l’invocpient avec ferveur; il n’y a pas un malade, un mourant qui ne tourne sa pensée vers Lourdes. Que l’on essaie de calculer le nombre de grâces qui prennent ici leur source pour se répandre dans le momie. La chose est évidemment impossible.

Si nous prenons les résultats du pèlerinage national, nous voyons que mille malades, dans l’espace de trois jours, nous donnent une moyenne de cent guérisons; c’est une proportion de dix pour cent. Les malades ne séjournent guère que deux ou trois jours parmi nous, ces résultats sont à peu près instantanés.

Si l’on voulait comparer cette statistique avec celle des hôpitaux, il faudrait se placer dans les mêmes conditions, prendre les memes malades, les observer pendant le même temps, les soumettre au même traitement. Les médecins, dans les hôpitaux, établissent leurs statistiques par année et classent les diverses maladies suivant leur nature et leur gravité; les maladies chroniques guérissent mal et lentement: il y a des maladies qui ne guérissent jamais : le cancer, le tubercule généralisé.

A Lourdes, nous ne connaissons pas ces distinctions; nous n’avons que des maladies chroniques, nous nous trouvons dans les conditions les moins avantageuses, et cependant nos malades guérissent dans une proportion sans exemple. Nous voyons guérir la phtisie et le cancer avec la même rapidité que les affections nerveuses: une carie, un mal de Pott, un aveugle ou un sourd guérissent en quelques secondes.

Dans un hôpital peuplé de nos malades, on n’obtiendrait cent guérisons complètes, et sans traitement, ni dans trois jours, ni dans un an. A Lourdes, notre thérapeuti({ue ne repose (pic sur un seul moyen, ou plutôt c’est une absence complète de thérapeutique: tout diffère donc, et les résultats et les moyens.

Ces considérations qui ressortent d’un aperçu général vont devenir plus saillantes dans l’étude des divers groupes de maladies ; les moyennes s’élèvent ou s’abaissent chatpie année et ne sont

LES GUANDES GUERISONS DE LOURDES

soumises à aucune règle; nous apprécions les résullats acquis, impossible de prévoir ceux que nous constaterons demain.

Avec le pèlerinage national, on peut faire une autre statistique, on peut calculer le nombre de décès qui se produisent pendant le pèlerinage.

Dans une période de dix ans. dix mille malades qui ont séjourné un mois environ (à trois jours par an) n’ont donné qu’une vingtaine

Wgr Gouthe-Soulard bénissant les malades.

de décès; vingt décès sur dix mille malades pendant un mois de séjour, c’est un résultat bien extraordinaire; dans aucun liopital, vous ne pourrez obtenir une moyenne aussi favorable. Cette immunité sans exemple doit s’interpréter, comme s’interprètent les guérisons que la science n’explique pas.

Dix mille malades, c’est un chilfrc supérieur à la population des hôpitaux de Paris; dans les hôpitaux, on constate environ trois à quatre cents décès par mois; avec nos dix mille malades, nous n’avons eu (|uc vingt décès au lieu de quatre cents. Que l’on vienne nous parler après cela des fatigues du voyage, de l’cncom-

LA CLINIQUE DE LOURDES

bremcnt, des chances de contagion, des inconvénients des piscines; malgré tous ces inconvénients et tous ces dangers, nous constatons des résultats que tous les progrès de l’hygiène et toute la science des médecins ne peuvent procurer aux malades. C’est donc <à tort qu’on demande la suppression des pèlerinages en invoquant un faux principe d’humanité.

En résumé, le nombre des guérisons s’élève au-dessus de toute moyenne, le chiffre des décès reste au-dessous de toute proporlion et n’est en rapport ni avec le nombre, ni avec la gravité des maladies que nous constatons à Lourdes.

Si nous prenons nos cahiers des dix dernières années, nous trouvons pendant le pèlerinage national seul;

En 1889

28 procès-verbaux

de guérisons

Jusqu’en 1890, nous restons dans une moyenne c[ui ne varie que de quelques unités; dans les trois dernières années, la progression est plus sensible; en 1898, il y a eu une augmentation de près d’un tiers et le pèlerinage n’a duré que trois jours.

En 1898, ces 90 guérisons comprennent :

Poitrinaires 87

Mal de Pott, caries et tumeurs

blanches ii

Hernie i

Aveugle 1

Neurasthénie 2

Ulcères de l’estomac 5

Rhumatismes 4

Péritonite 4

Traumatisme 2

Maladies nerveuses

Dyspepsie.

Ataxie

Paralysie

Asthme

Epilejj.sie

Lupus

Racliitisme

Divers

Total :

Sur ces q5 guérisons, nous comptons une vingtaine d’hommes, près du quart. Dans les foules qui nous environnent, les femmes sont en majorité, elles doivent conserver cette majorité dans les guérisons; mais d’ordinaire, l’écart est plus sensible entre les hommes et les femmes.

Les poitrinaires guéris occupent le premier rangdans nos procèsverbaux et comptent pour plus du tiers dans le chiffre total, tandis que les nerveux ne viennent qu’au troisième ou quatrième rang.

LES MALADIES NERVEUSES

Les maladies nerveuses! nulle part on ne les connaît, on ne les étudie mieux qu’à Lourdes.

Nous cherchons à établir une ligne de démarcation entre des

phénomènes naturels que notre raison peut interpréter et des phénomènes qui sortent absolument de notre cadre. Ces démonstrations poursuivies par des hommes de toute opinion, ont jeté la lumière sur des faits obscurs; nous savons trouver l'hystérie sous ses formes les plus cachées, mais nous savons aussi que l’hystérie confine souvent à la maladie organique. Il y a des hystéries dont on meurt.

Demandez à ces malheureuses filles surmenées dans les usines, mal nourries, privées d’air, condamnées à un travail au-dessus de leurs for-

LA CLINIQUE DE LOURDES

CCS, si leurs maladies nerveuses soûl Iribulaires de la suggcslion. Elles nous arrivent à Lourdes anémiées, exsangues, portées sur des lirancards, l’œil éteint, avec des loux que l’on appelle nerveuses, mais qui demain seront organiques ; avec des lumeurs blauelics au délnit, des déviations de la taille, olFraut un terrain propice pour l’évolution de toutes les diathèses. Oserez-vous leur dire que le chant d’un cantique, l’aspect d’un beau paysage, un bain d’eau glacée peuvent leur donner un sang généreux, ranimer leur physionomie éteinte, opérer en un instant ces résurrections étonnantes dont nous sommes témoins? Elles sortent de la piscine, tout est changé: elles mangent, dorment, ne ressentent jilus aucune fatigue. Dans huit jours, dans un mois, elles auront engraissé de vingt livres; elles vont reprendre leur place à l’usine, elles n’auront plus un jour de défaillance.

Je me souviens encore de l’impression que nous produisit une jeune Alsacienne, lorsqu’elle vint dans le liureau des médecins, faire constater sa guérison : Elle était debout, mais chancelante comme une enfant qui fait ses premiers pas, d’une pâleur de cire, la i^eaii collée sur les os, transparente; la parole faible, mais intelligiljlc, le regard vague, elle sendjlait étrangère à tout le mouvement qui se faisait autour d’elle. On voyait qu'elle cherchait à se rattraper à la vie, mais on osait à peine la toucher, tant elle paraissait délicate et fragile. Elle marchait sans être soutenue, et il y avait près de quatre ans qu’elle n’avait pas quitté son lit et douze ans quelle était malade.

Par quel secret, par quel mécanisme le mouvement avait-il été rendu à ses membres privés de muscles et de tout ressort?

Le lendemain, elle était debout à quatre heures du matin. Elle

vint à pied à la grotte, elle suivit dans la journée tous les exercices du pèlerinage.

Je la lis peser à son départ de Lourdes le i®'' septembre, elle pesait 47 kilos. Le i®*’ octobre, elle en pesait 52, le lo octobre 55 et le i5 novembre (lo. Elle avait gagné 26 livres. Son retour fut véritablement merveilleux; tandis que les pèlerins valides étaient harassés, elle semblait infatigable. Reçue à la gare par une foule qui raeelamait, elle lit au milieu de ses compatriotes deux kilomètres à pied.

Chaque Jour, nous sommes témoins de semblables résurrections. Les guérisons de Lourdes, nous le verrons dans le cours de notre récit, sont souvent instantanées, complètes, mettent les malades à l’abri de toute rechute, elles semblent se jouer de la durée et de l’incurabilité du mal.

LES POITRINAIRES

Les poitrinaires forment le groupe le plus nombreux de nos guérisons. — Sœur Julienne, des Ursulines de Brive. — Guérison d’une jeune lille de Brookl}’!! (New-A’ork). — Villepinte. — Juliette E^orêt et la conversion d’un protestant. — Madeleine Jullian. — Résurrection d’une mourante. — Louise Goffette, de Liège. — Aurélie Iluprelle, de Beauvais. — La Grivotte de Zola. — Irma Montreuil.

ANS nos statistiques, les poitrinaires occupent le premier rang, ils figurent pour un tiers, souvent pour la moitié dans nos procès-verbaux de guérison.

Chaque jour se présentent devant nous des malades qui nous portent des certificats attestant qu’ils sont arrivés au troisième degré de la phtisie, et sur lesquels nous trouvons à peine les traces d’une congestion légère. Des poumons, sur lesquels les tubercules et les bacilles évoluaient depuis des mois ou des années, sont encore moins perméables à l’air, présentent parfois quelques râles, mais tout travail morbide paraît arreté. Les malades accusent un bien-être depuis longtemps inconnu.

Essayez, dans un hôpital, de faire lever quinze ou vingt phtisiques ; arrêtez la fièvre, l’expectoration, la sueur, tous les phénomènes de décomposition organique. Faites mieux : comblez les

LES GUANDES GUEUISONS DE LOURDES

cavernes, ces lésions profondes, dont vous suiviez, avec rovciiiC, tous les développcinenls ; remplacez Ions ces lissiis allcrcs parmi tissu normal, comme vous fermez une plaie par une surface nouvelle. Faites tout cela en un instant, en une seconde, et dilcs-moi si vous avez fait une œuvre vaine, qui ne mérite pas d’arrêter l’attention d’un homme sérieux.

Ces résultats sont d’ordinaire durables, et, pour le prouver, nous allons reprendre les exemples des années précédentes, et montrer quelle est la suite et le terme des guérisons qui s’opèrent autour de la Grotte.

On reconnaît aisément une maladie de poitrine. Dans les formes avancées, une erreur de diagnostic ne se conçoit guère. Avec l’auscultation, les médecins suivent et précisent l’étendue des lésions.

Avec l’analyse, ils peuvent retrouver les germes qui produisent le tubercule, et avoir la preuve anatomique certaine de son existence.

Enfin, le public lui-mème lit facilement, sur la physionomie des malades, la nature et le progrès de leur affection.

Les poitrinaires au dernier degré ne conservent guère de chances de guérison. Quand le poumon est détruit, quand il est creusé par des cavernes profondes, (piand l’économie est usée et la résistance à bout, la nature et l’art sont également impuissants ; la mort est inévitable, dans un délai qu’il est souvent facile de préciser.

La guérison des poitrinaires, à Lourdes, est un fait important entre tous. On ne peut invoquer ici ni un effet nerveux, ni une erreur d’observation.

La suggestion est impuissante, et le diagnostic bien établi. La suggestion ne tue pas les microlies, ne cicatrise pas les tubercules.

La guérison de Sœur Julienne, des Ursulincs de Brive, survenue à Lourdes, le 2 septembre 1889, est un fait considérable, bien facile à interpréter.

Six médecins ont constaté la maladie et ont reconnu tpi’ellc était incurable ; sept médecins ont constaté la guérison, et depuis

LES POITRINAIRES

plusieurs années, cette guérison instantanée et absolument inexplicable ne s’est pas démentie.

Cette observation porte à chaque page la trace évidente d’une action surnaturelle. En la puliliant, avec tous les développements (pi’ellc comporte, elle pourra servir de base à la thèse que nous cherchons à établir.

Cependant, un seul fait, aussi probant qu’il soit, ne peut avoir l’autorité du nombre; isolé ou exceptionnel, il se comprendrait moins ou perdrait de son importance.

En parcourant les Arinales de Lourdes, nous avons trouvé trente guérisons de phtisiques dans des conditions pareilles : même gravité, guérison aussi rapide, aussi complète. Et nous avons laissé de côté tous les faits qui n’étaient pas appuyés par le témoignage d’un ou plusieurs médecins.

Avec ces observations, nous avons les éléments d’un travail clinique très important; nous avons la preuve que ces guérisons se poursuivent et se répètent, depuis plus de trente ans, en conservant les mômes caractères. C’est un enseignement que l’on voudrait vainement méconnaître ; il s’impose à nous avec la logicpie inexorable des faits les mieux établis.

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