‹ Les grandes guérisons de LourdesChapitre 11 sur 88 · I.ICS (iHANDKS (IIJKUISONS DI'7 LOL'ltDES · texte numérisé non relu

I.ICS (iHANDKS (IIJKUISONS DI'7 LOL'ltDES

Remoiilins (Gard), 19 décembre 1891.

Ou ino doMiande de dire la vérité au sujet de la guérison de M‘'^ Jullian, de Mcynes.

A-t-elle été guérie à Lourdes? — Oui.

J’ai vu pour la première fois celle jeune lille à Meynes, le 20 juillet 1897. Je ne connaissais nullement la famille, Le père me présenta Madeleine. Notre ])rofession nons habitue à une certaine dureté de cœur, mais en voyant celte malade, je fus saisi d’horreur.

Figurez-vous un squelette articulé, se mouvant par saccades, une tigure cadavérique, avec des yeux enfoncés. Imaginez-vous un corps ayant atteint le dernier degré d’émaciation, n’ayant que la peau sur les os, pâle, ridé, ratatiné comme celui d’une vieille, où la vie semble prescpie éteinte, où les organes sont usés de cette usure qui conduit irrévocablement à la tombe : et vous aurez le sinistre modèle de la malade auprès de lacjuelle on demandait mes soins! Je serrai la main à celle enfant avec émotion, et, sur l’insistance des parents, j’examinai Madeleine.

L’examen fut d’autant plus délicat que je me sentais surveillé par la malade dont l’intelligence, seule, régnait dans ce cor|)s délabré, usé, épuisé, et pour lecjuel je ne pouvais rien, rien et rien dans mon domaine professionnel. Diagnostic : Cachexie tuberculeuse.

Madeleine souriait de mon embarras : «Je neveux pas mourir, docteur, me dit-elle. Oh! vous, vous ne pouvez pas grand’chose, mais rendez-moi le service de faire consentir mes parents à me transporter à Lourdes, où la Vierge me guérira. »

Je répondis à celte enfant que je réfléchirai et que, d’ailleurs, il fallait me laisser le temps de m’entendre avec la famille. Je promis de la voir le lendemain.

A ma quatrième visite, elle insista pour avoir mon opinion au sujet de son départ. « Vous le voulez? Eh bien! vous irez à Lourdes... »

Le père, la mère, le frère protestaient contre pareille demande... « Elle mourra en route! » disaient-ils.

M. le curé de Meynes s’opposait à .son tour à cet extraordinaire voyage, disant qu’il était impossible de conduire à Lourdes, et avec un train de pèlerinage, un tel squelette. « On se moquera de nous, et puis, comment amener une personne qui ne prend cpie fort pen de chose depuis de longs mois et qui, par malheur, au moment du voyage projeté, est atteinte de diarrhée ! »

« Écoulez, Monsieur le curé, lui dis-je, ne vous opposezpas à la volonté de cette jeune lille. Les parents cèdent à ses supplications. Notre responsabilité est à l’abri. En ca.s de décès, qu’on apporte un suaire. Mourir à Meynes ou ailleurs, il faut toujours mourir cpielque part! Accordez à Madeleine celte d(M uière consolation. »

El le voyage fut décidé.

Elle arriva à Lourdes. A ha piscine, les dames reculaient d’épouvante : « Nous ne pouvons pas, disaient-elles, immerger un s([uelelle. C’est horrible (hî nous amener une telle personne. Elle va rester dans l’eau... »

Madeleine Jullian insista en pleurant. Les larmes ont nue louchante séduc-

LES POmUNAlHKS

lion! l’onr la conlcntcr, on lit le lentloinain quelques lotions; niais sur le consentement de la famille, sur les plaintes pleines de foi de la malade, rimmersion fut faite tlans la piscine.

L'ell'et eut la rapidité de l’éclair, et Madeleine cria : « Je suis guérie. »

C’était le 2~ juillet 189;.

A partir de ce niomenl. l’appétit est revenu, l'état général est devenu bon, chaque jour les forces ont augmenté. J’ai surveillé M"® Jullian à Meynes, en août et septembre. La guérison est accomplie. Celle jeune lille est aujourd'hui pleine de santé.

Elle est venue me voir, hier, 18 décembre. Les couleurs sont revenues, et celle maigreur a totalement disparu. C’est une grande et belle lille, très intelliü'ente et très bumble.

Elle m’a remercié de toute la peine que j’avais prise pour elle et m’a prié de lui délivrer une attestation de sa guérison, ce que je fais avec plaisir, car je dois cet hommage à la vérité. D’ailleurs, dans Meynes, comme dans les environs, personne ne peut démentir ce fait d’ordre surnaturel. Aucune critique ne peut provoquer le moindre doute. Ma lettre est l’expression de la vérité.

D'’ Romant,

ancien interne (les hôpitaux.

Xola. — On peut objecter que la guérison n’a. pas été instantanée. Erreur.

A son retour de Lourdes, la malade a supporté toute espèce d’alimentation.

Je ne lui ai donné aucun remède. Tout s’est rétabli; mais on admettra bien (ju’il fallait laisser deux bons mois à la nature pour remplir ce corps amaigri jusqu’aux dernières limites, et le certilicat n’a été délivré que le jour où M“® Madeleine Jullian a repris toutes ses occupations habituelles, suspendues depuis le 2 août 1894, date du début de sa maladie.

D‘‘ Romant.

]M. le curé de INIeynes nous écri\ ait à nous-mème, le i5 courant :

J’ajoute qu’aujourd’hui M"® Madeleine jouit d’une santé parfaite et qu'il ne reste pas la moindre trace de cette maladie que le D"' Romant avait déclarée incurable.

Pleine de reconnaissance envers la très sainte Vierge, la jeune miraculée consacre son temps et ses soins à orner la chapelle que nous avons dédiée à Notre-Dame de Lourdes pour perpétuer le souvenir de cette guérison "

merveilleuse. Sa piété angélique est un sujet d’édilicalion pour la paroisse, qui rentoure d’une sorte de vénération.

Voilà doue les enseignements que nous réservent les guérisons des maladies de poitrine à Lourdes; nous observons non seulement des guérisons par groupes, en bloc, qui nous donnent des moyennes de soixante pour cent, mais encore des guérisons qui rendent à des agonisants, en quelques instants, une santé parfaite.

I,I-;S GHAM)F.S GUKKISONH DK KOUUDES

LOUISE GOFFETÏE

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