VINGT-QUATRE POITRINAIRES GUERIES A LOURDES
Yillepinle est un asile londé par la charité privée pour recueillir les jeunes ülles poitrinaires.
L’ancien château de Villepinte est situé à i8 kilomètres de Paris, au milieu d’un vaste parc, d’où les regards s’étendent au loin sur les coteaux boisés de Vaujours et de Livry.
C’est dans ce paisible et riant séjour que les Sœurs de Marie- Auxiliatrice s’elï'orcent, depuis une vingtaine d’années, d’arracher à la phtisie, non seulement les enfants qu’elle a commencé d’eflleurer, mais aussi les victimes qu’elle a déjà saisies et qu’elle n’a pas eu le temps d’emporter.
Commencée à Livry en 1878, avec 10 lits seulement pour les malades, bientôt après transportée à Villepinte, où l’acquisition du château donne le moyen d’installer /[o lits, l’œuvre a toujours grandi, et à l’heure actuelle, aSo lits permettent d’hospitaliser chaque année près de 5oo malades.
Les médecins habiles et dévoués qui dirigent le service médical, la sollicitude éclairée des Sœurs, avec cela le grand air, l’hygiène, la bonne nourriture, la conüance de la part des malades
et des médecins (ces quatre agents que les spécialistes les plus expérimentés proclament indispensables au traitement de la tuberculose), toutes ces causes réunies procurent des guérisons dans une proportion incomparablement supérieure, non seulement à celles des hôpitaux, mais même à celles obtenues par les soins les plus intelligents donnés à domicile aux malades des classes riches. Sur i)lusieurs milliers de malades entrées et soignées à l’asile pendant douze ans, disait le rapporteur de l'œuvre, M. le comte d’Haussonville, en i8()3, il y a eu seulement 334 décès.
Du ICI' mai 1897 au i^i’ mai i8i)8, il y a eu 67 décès, tous parmi les entrées au troisième degré, dans ce pavillon des grandes
LKS POlTniNAim'.S
inaliulcs dont on no penl IVancliir le seuil, sans ([ne tonies les émotions nous élroignent à la lois, sans penseï* à rnnivei-sclle proscription <[ni frappait celte classe de poitrinaires, à l’impuissance de la science. C’est là ([ne la charité chrétienne a trouvé le secret d’espérer contre tontes les vraiscmhlanccs humaines.
Pourtant, ce ([ue nous admirons le plus à Villepiutc, ce n’est pas la guérison, ce sont les consolations d’un ordre plus élevé (]ue CCS jeunes tilles trouvent dans eet asile. (( Pour ([ui a le sens des choses chrétiennes, » disait le rapporteur de 1890, M. Thurcau- Dangin, « un lu>pital n’est pas seulement un lieu où l’on tâche de guérir. C’est un lieu où l’on apprend et où l’on aide à mourir. » A Villepinte, la mort n’etfraie pas. Elle est pour ces jeunes âmes l’entrée (lu ciel.
Qui pourrait exprimer la grandeur du service rendu à ces pauvres enfants de Paris, élevées trop souvent comme des païennes, parfois sans baptême, souvent sans première communion, dont plusieurs n’ont jamais entendu parler de Dieu, ([ui allaient mourir dans leur pauvre demeure sans espérance comme sans soleil, et ([ui voient leurs derniers jours éclairés par le sourire du ciel? On ne saurait croire avec quelle ardeur, quelle promptitude ces âmes neuves qui ne connaissent de la vie que les soutTrances, s’ouvrent à la grâce. Elles comprennent tout, elles acceptent tout, et d’un coup d’aile, s’élèvent jusqu’à l’héroïsme sublime ! Et ces autres, déjà atteintes par tous les mauvais contacts, à l’àme aussi malade ([ue le corps, et ([ui trouvent à Villepinte, avec la foi, l’amour, la paix, la joie de mourir !
Mais laissons parler les faits ; ils parleront mieux que nous. Recueillons quek[ues-uns des traits ex([uis qui fourmillent dans les rapports annuels.
Voici une enfant de quinze ans, la petite Jeanne, qui parle de sa (in comme d’un petit voyage. Elle vient de recevoir le beau ruban bleu d’enfant de Marie, et veut le garder sur sa poitrine toute la nuit. « Je suis sûre de mourir, dit-elle, et je veux ([u’on me trouve avec tous mes insignes de fête. »
Une autre malade éprouve un mieux inespéré. « Allons ! lui dit
m:s (juanoks gukiusons de lourdes
rinürniiùic, dcinandons maintenant à la sainte Vierg'e la grâce de vous guérir tout à fait ! — Pour retourner dans le monde ! répond reniant. Oli ! non. J’aime mieux m’en aller vers le bon Dieu. »
« Ma mère, dit à la Supérieure une nouvelle venue, je veux savoir si je suis ici pour guérir ou pour mourir. — La Supérieure hésite. — Mais ma mère, c’est que cela fait une grande différence pour se préparer ! » La Supérieure eomprend le caractère énergi(iue de la malade, et sans détour, elle lui fait connaitre toute la vérité. « C’est bien, répond la courageuse phtisique, je me préparerai. » Elle ne songe plus qu’à la mort, et s’y achemine avec une héroïque sérénité.
Emilie K..., qui a vécu dans le plaisir, est arrivée à Yillepinte dans un état d’ineréclulité et d’exaspération. Elle s’isole de ses compagnes, pleurant son existence passée. Mais les autres veillent sur elle. Leurs prières sont exaueées ; Emilie se tourne vers Dieu et lui demande la paix. La paix revient, et même la joie cj[u’elle garde jusqu’à la fin. « Quand je suis arrivée, disait-elle, j’étais un démon. J’ai bien changé, grâce à Dieu ! Je ne vais pas mieux, mais mon àme va très bien. Je serai heureuse près de Dieu ; je ne demande plus qu’une ehose : mourir sans un murmure. »
Quand ees pauvres enfants sentent la mort venir, leurs stations à l’église deviennent plus longues. Les Mères le remarquent, et e’est pour elles un indiee du proehain appel de Dieu. « En voici une qui monte pénil)lement les marches de la chapelle. Elle vient haletante s’asseoir le plus près possible de Jésus. Ses yeux, cerclés d’azur sombre, se lèvent sur l’hostie et lui portent une prière dont l’inexprimable ardeur échappe à toute langue humaine. C’est que Jésus est sa seule espérance. Elle le lui dit dans sa longue prière où se mêlent les regrets du repentir, les joies du détachement, les élans de l’amour. Et Jésus répond par ces touches mystérieuses et profondes qui mettent le cœur en feu. et l’embrasent du désir de s’unir à la l)cauté infinie. Ces réponses de Jésus, la pauvre enfant les savoure longuement; et quand elle se relève, son àme est prête à toutes les douleurs. Elle arrête un
LES l>OITUI> AIHKS
(lcmiei‘ regard sur l’iioslic, cl rcloiirne à son lil ({u’ellc ne qnillcra plus. » {Villepinte, par l’abhé Théloz.)
Tel est cet asile de Villepinte que l’Iiéroïque dévouement des Sœnrs de Marie-Auxilialriee, secondé par les cUbrts de généreux hienlaiteurs, a ouvert aux pauvres vicliincs du lléau le plus impitoyable ([ui décime la population de nos grandes villes. Daus Paris seul meurent chacjue année pins de onze mille poitrinaires, plus
Sœurs blanches de la Bretagne.
que n’en frappent toutes ensemble les autres maladies contagieuses. Quelle œuvre magnifique que celle qui combat ce fléau, et combien digne d’être proposée aux âmes généreuses comme l’un des meilleurs emplois de leur charité!
Cependant, malgré tons les soins dont sont entourées ces jeunes filles, malgré la science des médecins et l’application des méthodes de traitement les plus modernes, les guérisons sont rares. Dans la salle des grandes malades, on ne les observe presque jamais. Aussi, comme le nom de Lourdes résonne merveilleusement aux oreilles de ces pauvres filles! Elles s’entretiennent du pèlerinage
GUlimsONS DE LOLHDES 4
TÆS GRANDKS GUKHISOA'S DE LOUHDKS
pendant tout le cours de l’année, pendant leurs longues nuits sans sommeil. Cette pensée les soutient lorsque la lièvre les consume, lorsque tout espoir humain semble perdu. Par une pieuse industrie, elles échangent leurs prières, leurs sacrilices, elles mettent tout en commun, afin que leurs mérites réunis soient plus agréables
à Dieu. C’est là sans doute le secret des grâces exceptionnelles que les pensionnaires de Villepinte obtiennent à Lourdes.
En outre n’est-il pas juste que ces pauvres enfants, qui sont toutes consacrées à Marie, qui ont commencé à soullrir presque en commençant à vivre, qui n’ont Jamais connu des joies terrestres que les joies poignantes du sacrifice, soient l’objet des regards de prédilection de la Mère des douleurs? Leur àme pleine de foi, pleine d’abandon, n’est-elle pas uu terrain admirablement préparé? Et puis, Fanny Pepper, de Villepinte, guérie en 1898 elles arrivent a Lourdes soutenues par les prières de toutes leurs compagnes, qui depuis leur départ ont prié sans interruption pour elles.
Aussi les guérisons sont-elles pour Villepinte plus nombreuses que pour toutes les autres catégories de malades...
Depuis longtemps, quelques jeunes filles de 'N’illepintc venaient avec le pèlerinage national, mais voilà trois ans que l’hospice nous envoie un groupe important de ses malades à Lourdes.
Nous en avons eu i4 au pèlerinage national de i8i)G; ao en iSpj ; 12.4 tMi 1898.
Les résultats acquis i^endant ces pèlerinages paraissent définitifs et peuvent prendre place dans nos statisti(jues.
LES POITUINAIRES
DI
Ils ne présenteront désormais que des oseillations peu importantes qui ne ehangeront guère la moyenne des guérisons.
Nous avons vu bien souvent ces malades à Lourdes d’abord, à Villepinte ensuite, à Paris dans nos réunions de novembre, en présence d'un grand nombre de médecins ; depuis trois ans nous les étudions sans cesse. Partout et sous toutes les formes nous avons repris nos enquêtes. Ce sont les chilfres qui résultent de ces encjuètes que nous allons consigner ici.
malades viennent de Villepinte
Sont guéries les 8 suivantes :