‹ Les grandes guérisons de LourdesChapitre 50 sur 88 · AURÉLIE BRUNEAU · texte numérisé non relu

AURÉLIE BRUNEAU

ous devons ranger les guérisons de sourds-muets de naissance parmi les fails les plus surprenants et aussi les plus concluants. Plusieurs ont été constatées à Lourdes.

L’observation d’Aurélie Bruneau (i), rapportée par le médecin de sa famille, le D>’ de la Mardelle, présente toutes les garanties rpie le critique le plus sévère pourrait exiger. Cette jeune lille, soumise aux soins du D^' de la Mardelle, offrit dès son bas âge les signes certains de la surdi-mutité de naissance. Le Delot, de Paris, auquel on conduisit l’enfant, déclara que l’infirmité était incurable. La jeune Aurélie fut confiée aux soins des Sœurs de

(1) Née à Chabris dndre), le 24 avril 1853, guérie le 11 octobre 1812.

Déols, (le Cliàleauroux, cluirg-(îes de rinslruclion dessourds-nuiels du département, puis envoyée à Orléans, dans une institution de sourdes-muettes.

Uentrée dans sa famille, Aurélie, dont la physionomie révèle une belle intelligence, présente tous les caractères de la surdimutité. Elle a vingt ans. La preuve de son infirmité n’est plus à faire; toute pensée d’opération, tout traitement sont depuis longtemps abandonnés. C’est dans ces conditions qu’elle recouvre instantanément l’ouïe, après avoir versé pendant trois jours, quelques gouttes d’eau de Lourdes dans son oreille. Le D‘’ de la Mardelle l’examine avec soin :

Elle entend, nous dit-il, les coups frappés derrière une i)orle, les accords du piano dans un appartement voisin, et non seulement elle entend, mais elle prononce quelques mots, et c’est parce qu’elle entend qu’elle parle.

De ce fait, dit le même docteur, nous sommes obligés de conclure que cette guérison, obtenue en dehors des procédés ordinaires et sans le secours d’aucun traitement, apparaît revêtue du caractère surnaturel.

SOURDS ET SOURDS-MUETS

ROSA EVRARD, de Wanlin

GUKUIE LE 28 AOUT 1897

« Lu enfiint né sourd ou devenu tel dans les premières années de sa vie n’apprend jamais à parler. La surdi-mutité dans ces conditions est considérée par tous les hommes sensés comme incurable. ■>

(l)ii Tiioellscii, — Trailé des maladies de L'oreille.)

Le pèlerinage de BiTixelles (lu a5 août 1 897 nous amenait une

sourde-mnetle de naissance, Rosa Evrard, âgée de sept ans. Rosa partait de Lourdes guérie de cette double inlirmité, elle entendait et elle parlait.

Si les guérisons des sourds-muets sont les plus intéressantes, elles sont aussi les plus difficiles à constater. Il faut des enc|uètes très précises pour établir c|ue le sujet n’avait pas auparavant un certain degré d’audition, pour cxpli(j[uer comment l’éducation du langage a pu se faire.

C’est par l’oreille c|ue la parole est transmise au cerveau, par l’oreille c{ue l’enfant apprend à parler. Il faut donc que l’enfant entende d’abord pour saisir peu à peu cette modulation, cette harmonie fj[ui caractérise la parole humaine. Un sourd-muet (|ui retrouve l’audition ne peut émettre d’abord qu’une sorte de cri ou de son guttural, c[ui n’a rien d’harmonieux.

Comment pouvait-il se faire c{ue l’enfant dont nous parlons eut retrouvé dans (|uelc[ues instants une parole nette et bien rythmée? Fallait-il admettre un double bouleversement des lois de la nature, une guérison instantanée delà surdité et du mutisme?

Nous allons voir cju’en réalité les lois dont nous parlons avaient été sauvegardées dans une certaine mesure.

Lorsejue, le 28 aoCit, Rosa Evrard se présenta devant nous, non seulement elle entendait, mais encore elle répondait distinctement à nos (questions, elle récitait couramment Je vous salue, Marie. Il nous parut impossible c{ue tous ces résultats eussent été obtenus pendant les trois Jours de pèlerinage.

lÆS GRANDES GUERISONS DE LOURDES

Le père de l’enfant nous dit qne jusipi’à l’àge de six ans sa lille était sourde et muette. Il promit alors de la conduire à Lourdes, mais n’ayant pas assez d’argent pour faire le voyage, il fut d’abord en pèlerinage aux grottes de Notre-Dame de Lourdes de Conjoux, en Belgicpie (i). En entrant dans la grotte, l’enfant s’écria : « Mon Dieu! » C’est le premier mot qui soit sorti de sa bouche; depuis ce moment, elle n’avait prononcé que quelques mots inintelligibles, mais elle entendait un peu et comprenait, Enün, à Lourdes, sa langue venait de se délier subitement.

Depuis dix-huit mois, elle apprenait sans doute, à son insu, par l’oreille, le langage articulé, et voilà que brusquement elle s’était mise à parler.

La guérison de Rosa Evrard était très intéressante, mais elle demandait une lumière complète. Malgré les affirmations du père, c[ui invoquait le témoignage de ses parents, de ses voisins, notre conviction n’était pas faite.

« Allez chercher vos témoins, dis-je au père; nous ne pouvons nous en rapportera votre seul témoignage. »

Il revint dans la journée avec son curé. Ce vénérable prêtre, depuis longtemps dans la commune, nous confirma tout ce que le père de l’enfant nous avait déjà dit. L’enfant était là devant nous: sa langue se déliait de plus en plus, presque trop vite à mon gré.

Un jeune médecin belge assistait à notre entretien; il était vivement intéressé par cette guérison. Quant à moi, mes doutes persistaient toujours.

« Si vous êtes certain, dis-je au curé, que cette enfant était sonrde-muette de naissance, faites une enquête sous la direction du D‘‘ Dclforge, (pai est ici présent; envoyez-moi les résultats de cette empiète; jusque-là je ne puis me prononcer. »

Le curé et le père de l’enfant se retirèrent surpris, mécontents peut-être, démon attitude; leur bonne foi était entière, leur cer-

(1) Conjoux est un petit village situé dans la province de Nainiir, à douze kilomètres de Uinant. line grotte, bâtie il y a environ dix ans par M. le curé Laloux, a transformé ce pays naguère inconnu. l*as nn jour ne s’écoule qui n'amène une foule d'étrangers venus pour faire leurs dévotions à N. -D. de Lourdes. 11 faut lire, dans \& liitlletiii nalionul belge, l’histoire détaillée de la fondation de ce pèlerinage. (1897, n"* 2 et 3.)

SOURDS ET SOURDS-MUETS

titiule absolue : ils ne comprenaient pas mes liésitations; cependant ils n’ont pas hésité à me fournir toutes les preuves que je leur demandais.

Je recevais d’abord la lettre suivante de M. le curé Haversin ;

Wanlin, par Yillcrs-siir-Lesse (Belgique), 13 septembre 1897.

Monsieur le Docteur,

Hier a eu lieu l’enquête publique et contradictoire, relative à la petite Rosa Evrard, de Wanlin, que nous avons eu l’honneur de vous présenter du 27 au 3o août dernier.

M. le D'' Delforge, que vous avez bien voulu députer ad hoc, a dirigé l’enquête, assisté de MM. le D‘’ Lurquin, médecin de la maison du roi, à Houyet, et Vincent, secrétaire du cercle de Dinant.

Vingt-cinq témoins ont librement allirmé sons serment que Rosa Evrard est née sourde et muette et que, jusqu’à l’Age de six ans, elle n’a absolument rien entendu, ni proféré aucun son. Ce n’est qu’à la suite du vœu que üt le père de conduire sa lille en pèlerinage à Lourdes, qu’elle a paru entendre et proféré quelques mots : Mon Dieu, papa, maman. C’est à Lourdes, à la sortie des bains de piscine, que cette double infirmité a disparu complètement. Depuis son départ de Lourdes, le 3o août dernier, elle parle et entend très distinctement.

Il n'y a en aiicnne protestation. — M. Delforge s’est chargé de vous transmettre le résultat de l’enquête. M. le D"' Delvaux, bourgmestre de la ville de Rochefort et député à la chambre des représentants, a remis un certilicat dans lequel il déclare que la petite, qu’il a minutieusement examinée, entend maintenant et parle très bien.

IIaveusix, curé de Wanlin.

De son côté, le Delforge, de Montigny-sur-Sambre (Belgique), nous écrivait le 29 septembre :

Je vous envoie le résultat de l’enquête que vous m’avez demandée. L’enfant est née le 18 mars 1890; elle a donc sept ans et demi.

Je me suis montré diflicile pour les témoignages. J’ai eu soin de demander aux témoins pourquoi ils disaient que Rosa Évrard était ‘ sourde, comment ils l’avaient remarqué. La séance était contradictoire, et personne n’est venu dire que l’enfant n’était pas sourde et muette.

Déposition des parents

Aujourd’hui, 12 septembre 1897, nous soussignés : Évrard Victor, son épouse Marie Delvaux, demeurant et domiciliés à Wanlin, province de

LES (;u ANDES (iUEHlSON’S DE LOUE DES

Naimir (Belgique), allcstons, sous la foi du serineiil, que notre lille, Rosa Evrard, n'a donné avant l’àge de six ans, aucun signe qui puisse traliir qu’elle ait pu entendre le moindre son. Elle était par conséquent, atteinte de mutisme.

Le père, Evuaud Victor, la mère, Marie Delvaux.

Nous soussignés, déclarons avoir reçu publiquement les serments donnés de leur plein gré par les parents de Rosa Evrard, qui ont signé ci-dessus.

D'’ Luuquix, D'’ Delforge, F. Vincent.

Histoire de l’enfant

Rosa Evrard est née à Wanlin, le i8 mars 1890, de parents non consanguins, n’ayant jamais eu aucune maladie mentale, ni aucune tare nerveuse. Jusqu’à l’àge de six ans, elle n’a donné aucun signe qui puisse trahir qu’elle ait entendu; elle était par le fait meme, muette.

Lorsque l’enfant avait de cinq et demi à six ans, le père promit d’aller à Lourdes ; n’ayant pas assez de ressources pour effectuer le voyage immédiatement après sa promesse, il partit pour Gon- Joux où se trouve une grotte de Notre-Dame de Lourdes, et, à son entrée dans la grotte, l’enfant s’écria : « Mon Dieu! »

A partir de ce moment, l’enfant ne balbutia que quelques sons inintelligibles « papa », que seuls les parents aimaient àcomprendre ainsi que le mot « Émile » ou « Mile », le nom de son petit frère, le tout très inintelligiblement.

En août dernier 1897, le père réalisa sa promesse. Dans le voyage, en quittant Brive, après avoir visité les grottes de saint Antoine, l’enfant appela une de ses amies : Marie! Mais à Lourdes, dès le premier bain de piscine, on pouvait constater une grande amélioration, et avant la fin du pèlerinage, l’enfant entendait distinctement et pouvait prononcer tous les mots qu’on lui faisait répéter.

SOURDS ET SOURDS-MUETS

Déclaration des Religieuses qui ont connu l’enfant

Je soussignée, déclare avoir connu Rosa Evrard depuis deux ans, avoir constaté alors cpie reniant ne i)arlait pas et ne donnait aucun signe qui pût indiquer qu’elle ait entendu.

Stasse Lamuertine, en religion sœur Alexise, de la Doctrine chrétienne.

Wanlin, le 1:2 seploinbre 1897.

Nous soussignées, attestons que, depuis un an, Rosa Evrard pouvait balbutier quelques mots, et que, depuis son retour de Lourdes, elle parle d’une façon intelligible.

Delois Maria, en religion sœur Aurélie,

Stasse Lamrertike, en religion sœur Alexise.

Nous soussignés, déclarons avoir reçu les serments des deux religieuses.

Ont signé : D*' Lurqulx, Delforge et Vincent.

Déclaration de 21 témoins

Aujourd'hui 12 septembre 1897, nous soussignés, attestons sous la foi du serment, que Rosa Evrard, fille de Evrard Victor et de Marie Delvaux, n’a donné, avant l’àge de six ans, aucun signe qui puisse traiiir qu’elle ait pu entendre le moindre son ; elle était, par suite, atteinte d’un mutisme absolu.

Ont signé : Le garde champêtre Montagne; Dupagne; Robert; Delvaux; Colot; Élise Delvaux; Marguerite Collin; Lebrun; Taton; Élise Colot; Marie Baron; Marguerite Gilson; Hubert Angiaux; Joseph Delvaux; Joseph Randelie; Marie Nauthier; Ilortense Gilson; Constantine Gilson; Eidlazy; Lebrun; Tato.n.

Déposition de Lebrun

Je soussigné, déclare que Rosa Évrard a souvent joué avec ma fille, Elmire Lebrun. Celle-ci m’a toujours dit que Rosa n’entendait pas jusqu’à l’âge de six ans.

Tous ces témoins ont prêté serment devant les deux docteurs et le secrétaire Vincent.

Les compagnons de voyage

Nous soussignés, attestons que l’enfant Rosa Évrard, de Wanlin (Namur), avec qui nous avons fait le voyage de Lourdes, a commencé à prononcer un mot distinct en montant au train en quittant Brive.

Zoé Marot, Marie Mazy, Éloïse Lamoureux.

Wanlin, le 12 septembre 1897.

LKS GRANDES GUERISONS DE LOTJRDES

Toutes les trois ont prête serment. Ce témoig-nage est très important; au milieu de toutes les émotions du voyage, si l’enfant avait pu parler, elle n’aurait pu attendre d’arriver à Brive pour prononcer un premier mot.

Les médecins

Je soussigné, J. Lurquin, docteur en médecine, à Ilouyet, certifie avoir vu et examiné l’enfant Rosa Evrard, de Wanlin, la veille de son départ pour Lourdes, et avoir constaté que l’enfant pouvait seulement balbutier quelques mots {papa, etc.). Je certifie avoir revu l’enfant après son retour de Lourdes, et avoir constaté ciu’une amélioration très sensible, même merveilleuse, s’était faite dans son état. Ainsi, elle parle très distinctement, prononce bien, articule bien. Elle ne parvient pas cependant à faire sortir quelques consonnes telles que le T et le R.

D'’ Luuquix.

Fait à Wanlin, le 12 septembre 1897.

Je soussigné, Paul Delvaux, docteur en médecine, à Roebefort, déclare avoir examiné la jeune Rosa Evrard, née et domiciliée à Wanlin, âgée de sept ans, et constaté que cette enfant, que l’on dit avoir été, depuis sa naissance, atteinte de surdi-mutité, entend aujourd’hui et comprend tout ce qu’on lui dit. Elle répond avec intelligence et d’une façon compréhensible aux questions qu’on lui adresse, et interroge elle-même spontanément.

Il existe chez elle certains vices de prononciation fréquents dans l’enfance. A moins que son attention ne soit appelée, elle néglige de prononcer les R, et remplace la consonne K par T.

Elle ne parle que le patois wallon de son village, mais comprend assez le français. Elle répète la prière « Je vous salue, Marie », en cette langue. En conséquence, je puis allirmer que Rosa Evrard n'est plus sourde ni muette.

D'' P. Delvaux.

Wanlin, le 10 septembre 1897.

Les opposants

Dans cette enquête, rien ne manque, pas même la note contradictoire. Le curé de Wanlin nous écrit : « La moitié de ma pauvre paroisse est formée de francs-maçons, libres-penseurs, impies. La guérison de la petite Rosa a jeté dans leur camp l’émoi, l’épouvante. Ils ont nié, ridiculisé, tout a été employé, promesses, menaces, argent, pour faire le videàl’enquête. Ils ne sont pas parvenus à former un seul faux témoin.

Un correspondant de Y Opinion libérale de Namur a tourné en

SOrUDS ET SOURDS-.MUETS

ridicule les pèlerinages de Lourdes et nié audacieusenieut que la petite llosa efit jamais été sourde et muette; les Iranslbrmations ol)servées chez elle u’étaieut, disait-il, (pie des phénomènes de croissanee.

L’assertion était par trop audacieuse ! Aussitôt le père de l’enfant rétablit l’exactitude des faits par une note appuyée sur le témoignage de trente témoins pris dans le pays. \ J Opinion libérale reconnut alors cpie l’enfant parlait mal, était indillercnte à ceux qui l’environnaient, mais que tout cela tenait à une violente inllammation des intestins. « Jamais, répond le père, ma ülle n’a été malade, jamais elle n’a soulfert d’inllammatiou d’intestins. »

C’est ainsi que les polémi([ues soulevées par la presse libérale (levaient faire une lumière plus éclatante autour de cette guérison.

Entin, depuis son retour de Lourdes, Rosa Evrard a été présentée à un spécialiste de Namur qui a délivré le certificat suivant :

Namur, ce 27 octobre 1897.

Je soussigné, Riitten Louis, docteur spécialiste pour les maladies des oreilles aux hôpitaux du Châtelet et de Namur, certifie avoir examiné pour la première fois aujourd'hui, 28 octobre 1897, la petite Rosa Evrard, née et domiciliée à Wanlin. Cette enfant, que l’on dit avoir été sourde-muette depuis sa naissance jusqu’à l’àge de s\x Ans, entend anjoar d’hui et comprend tout ce qu'on lui dit, et de plus elle parle maintenant comme une personne qui s'entend parler.

Les défauts de prononciation que l’on constate chez elle sont insignillants et se rencontrent souvent chez les enfants de cet âge. L’ouïe pour chaque oreille séparément est à peu près normale.

A 1 examen : 1° le pavillon et les conduits sont normau.x; 2'’ le tynqian peu mobile au raréfacteur, est opaque, épaissi, rétracté en dedans, le triangle lumineux a disparu, pas de perforation, ces symptômes sont les memes dans les deux oreilles.

Le diapason est entendu de la même facondes deux côtés, et si l’on bouche une oreille, le son est renforcé de ce côté.

Du côté du pharynx, rien d’irrégulier ; je puis affirmer avec mon confrère le D‘- Delvaux, bourgmestre à Rochefort, que Rosa Evrard n’est plus ni sourde, ni muette, que l’apprentissage de la parole est complet et qu’il a été tellement rapide qu’il a frisé V instantanéité.

D‘‘ Rüttex.

On remarquera dans ce certificat que tandis que l’oreille a retrouvé toute sou acuité, elle conserve la trace bien visible des

LKS GRANDES GUERISONS DE EOIIRDES

lésions qui avaient entravé ses Ibnclions. Même après la guérison, la maladie a laissé son empreinte.

Conclusion

La Belgi(jne avait déjà de grandes et nombreuses guérisons; sa liste va s’enrielnr d’un nom nouveau. Nous trouvons dans nos Annales plusieurs exemples de sourds-muets guéris à Lourdes: mais nous n’avions pas Jnsqu’iei d’enquête aussi complète, et ces exemples ne valent que par les preuves (pii les accompagnent. Nous avions publié le récit de la guérison d’Aurélie Bruneau, par le D‘’ de la Marzelle : de la guérison de trois sourds-mnets belges : Désiré et Clémentine ]\Iellain, Joséphine Demol, par les Tousset, Vanpéc et Arcliambaux. Mais tous ces faits sont résumés en quebpies lignes et les preuves qui ont paru suflîsantes au moment de la guérison, ne le sont plus à distance.

D’après tous les témoignages cpie nous venons de citer, il reste démontré que la jeune Rosa Evrard est née sourde et muette, qu’elle n’a jamais entendu ni parlé jusqu’à l’àge de six ans. A ce moment dans un premier pèlerinage, ses oreilles s’ouvrent tout à coup; elle entend, mais elle ne prononce, pendant dix-huit mois, que deux ou trois mots à peine intelligil)les. A Lourdes, le ‘2"] août 1897, elle se met à parler d’une façon distincte.

Les deux fonctions ne sont revenues qu’à un assez long intervalle l’une de l’autre, et l’enfant a pu faire, par l’oreille, l’apprentissage de la parole. C’est ainsi qne dans une certaine mesure les lois naturelles ont été sauvegardées, mais dans tout le reste elles ont été ouvertement violées. La guérison instantanée de la surdité et du mutisme dépasse les ellbrts de la nature.

La surdi-mutité de naissance ne guérit jamais. Si la guérison était possible, elle devrait se faire lentement par une éducation longtemps suivie ; elle resterait toujours incomplète. Ici, la guérison pour les deux fonctions a été deux fois instantanée; elle estrestée complète.

On apprend aux sourds-muets à parler, mais on ne leur donne

SOURDS ET SOURDS-:M(rETS

pas un sou de voix liarmonicux, onii’arrivc pas à ccrésiillal dans un jour, ilans une heure; jamais on u’efTace ces stigmates indéléhiles que laissent lonjours ces erucllcs infirmités. Ce fait est remarquable entre tous; Je le crois uuiqnc dans la science, ou plutôt il Il est pas du domaine de la science; il échappe à tonies les théories de la suggestion et des maladies nerveuses. Il peut subir le choc de toutes les coutroverses, il renferme des enseignements et soulève des [)rol)lèmcs que toutes les subtilités des savants incrédules ne parviendront jamais à obscurcir ou à résoudre.

Dans les dernières nouvelles que nous avons reçues de Rosa h.,vrard, le curé nous dit que cette enfant est placée chez les Sieurs de la Doctrine chrétienne de Nancy. — Elle parle bien, entend parlaitcment et suit les cours de l’école. Le curé ajoute : tous les journaux catholiques ont reproduit cette guérison, la presse impie ([ui avait cl abord lait grand bruit ne s’en est plus occupée Cjuand elle a vu qu’elle ne pouvait pas être mise en doute.

I,KS (;HAM)KS gukrisons de lourdes

iMARIE-YVONNE PERSON

ENQi:ÈTE SUR SA GUERISON

Déclarations attestant l’infirmité de Marie-Yvonne Person

Le Traon, 30 octobre 1898.

Je soussigné, Pierre Rohel, au Traon-cn-Ploudir}, voisin de la petite Yvonne Person, atteste et certifie cpie depuis sa naissance je vois cette petite tille et je ne l’ai jamais vue montrer le moindre indice d’onïe. Je l'ai vue chez moi, dans les champs, jouant avec les enfants de son âge, criant, gesticulant, appelant à sa manière, je l’appelais moi-même de tontes mes forces, mais jamais je n’ai pu saisir chez elle un mouvement ou un indice qui pût faire soupçonner qu’elle entendît le moindre son. Elle articulait bien quelques mots ou plutôt quelques syllabes, comme ; mam é’, mais sans en savoir la signification, car elle les adressait aussi bien aux enfants ou aux grandes personnes comme aux bêtes. Très intelligente, elle comprenait tout ce que ses parents voulaient lui dire au mouvement des lèvres et par gestes.

P. Rouel.

Monsieur,

Je suis heureuse de pouvoir joindre aux autres attestations la mienne, concernant une petite sourde-muette du nom de Marie-Yvonne Person, de Ploudiry.

Il y a environ trois ans, j’aidais à orner une grange pour une noce de campagne, cette petite sourde-muette accompagnait sa sœur qui travaillait aussi pour la même circonstance; c’est là que je fis sa connaissance; je la vojais faire des signes, ne pouvant s’expliquer autrement; je demandai si elle ne pouvait pas parler. — Non, me dit sa sœur, elle est sourde-muette, la pauvre enfant.

Cette année, Notre-Dame de Lourdes la choisit du nombre des pèlerins bretons; à sou retour, quel ne fut pas le bonheur des parents de pouvoir l’entendre balbutier quelques mots; maintenant elle cause plus librement et répète tout ce qu’on lui dit, je le certifie, je l’ai vue et entendue moi-même. Remercions donc Notre-Dame de Lourdes d’une telle guérison.

Honneur et reconnaissance à Notre-Dame de Lourdes.

Mme Pouliquen,

née le Rouge de Rusunan.

SOURDS ET SOURDS-MUETS

Attestations de Catherine Martin, du bourg de Piondiry, domestique chez

1/mc ^<euve Guiguen et de Marie-Anne Barcec, également domiciliée au bourg

de Ploudiry, lesquelles ont voyagé avec Marie-Yvonne Person et s'en sont

occupées pendant toute la durée du pèlerinage.

Ciillierine Martin et Marie-Anne Barvec font les déclarations que je transcris sons leur dictée (i) ;

Au départ pour Lourdes, nous avions avec nous, dans notre compartiment, la petite Marie-Yvonne Person, que nous considérions et avons toujours considérée comme sourde et muette de naissance. Dans toute la durée du trajet, cet état est resté le même; non loin de nous, dans le wagon, était un musicien qui jouait d’un instrument en cuivre; jamais à un seul moment elle n’a manifesté percevoir le moindre son. Elle ne portait attention qu’aux gestes que lui faisait sa sœur.

Au second jour du pèlerinage, le mercredi i4 septembre, nous avons cru remarquer quelle seml)lait entendre quelque chose, et, pressée par nous de dire : Notre-Dame de Lourdes, il nous semble qu’elle essay ait de balbutier quelque chose, mais c’étaient encore des sons pour ainsi dire inarticulés.

Le lendemain, jeudi lo septembre, nous nous sommes aperçues qu’elle entendait etessaj'ait de répéter les mots qu’on lui disait : entre autres les mots suivants : Dour Zo»/y/ (eau de Lourdes), papa, maman, et en breton, e« ««rf, va mdm. Nous avons réussi à lui faire dire ce jour, mot par mot : Notre-Dame de Lourdes.

11 nous semble qu’à ce moment la petite entendait parfaitement, puisqu’elle répétait ou tout au moins essayait de répéter après nous tous ces mots.

Lorsque nous avons repris nos places dans notre compartiment, le même musicien qu’à l’aller s’est mis encore à jouer de son instrument de cuivre ; mais la petite cette fois, se tournait brusquement, et se mettait même à genoux sur la banquette pour mieux voir la cause de ce bruit qui paraissait la charmer.

Dans cette position, elle nous tournait le dos, et aussitôt cpie nous l’appelions, elle répondait par ce mot : hao, locution bretonne qui équivaut au mot : « quoi? »

A Rosporden, où tout le monde s’était massé autour d’elle, après lui avoir fait l'épéter beaucoup de mots, nous lui fîmes dire à haute et intelligible voix : bonjour tout an dud. (Bonjour tout le monde.)

Depuis ce moment, nous l’avons revue plusieurs fois et nous avons eu la joie de constater qu’elle fait tous les jours de sensibles progrès.

Actuellement elle appelle son père pour rentrer au moment des repas, par ces mots : va zad duez tu fo! papatez. (Mon père, rentrez vite, pommes de terre.)

Nous certifions la parfaite exactitude de tous ces détails que M. du Rusquer a consignés sous notre dictée et dont il nous a donné lecture ce samedi 22 octobre 1898, au bourg de Ploudiry.

Marie-Anxe Bauvec.

(1) Ces déclarations sont transcrites par M. le vicomte du Rusquer.

Page 1