I.KS (;HAM)ES GUKIUSONS de EOL’HDES
laisiiil venir au [)i'esl)ylèrc. Il s’occupa de la préparalioii de l’aine des cnranis à la première comniunion cl le lil accepter dans rcK livre de l’ahbé Uousscl, à Aulcuil. Aubert continuait cependant ses tournées dans les environs, chantant de porte en porte, mais surtout priant au porche des églises, dans les dillercnts pèlerinages on il aimait à aller. Cette assiduité à la prière l’avait l’ait surnommer le prieur par les autres mendiants.
jM. l’abbé Le Guillou est devenu depuis vicaire des Lilas, dans
le diocèse de Paris, et il a intéressé encore à ses protégés une
excellente chrétienne, iNl"‘= Marie Baudet, qui demeure actuellement
dans cette commune. Cette lille compatissante, possédant à Bor- /
deaux-les-Rouehes (Loiret) une maisonnette à deux compartiments avec un jardinet, les a prêtés à Aubert, pour que celui-ci pût avoir un abri plus confortable. « Aubert y est arrivé l’année dernière, nous écrit le vénérable curé de Bordeaux-les-Rouclies, avec femme et enfants, trainant à bras une vieille carriole, pousse-pousse, que sa femme a bridée pendant l’iiiver.
« L’aveugle ne résidait pas dans ma paroisse, obligé de quêter au loin pour nourrir sa femme et ses enfants. Dans ses excursions.
il était guidé à la main par un de ses fils, le troisième, âgé de six à sept ans, avec une adresse et une force vraiment providentielles. Je l’ai par là même vu rarement, mais je ne l’ai étudié que plus sérieusement et assez pour pouvoir me convaincre qu’il était vraiment aveugle avant le pèlerinage. Il est rentré dans ma paroisse une douzaine de jours avant son départ pour Lourdes, après avoir bivouaqué durant trois mois consécutifs dans les départements des Ardennes et de la Meuse, contrées où la charité survit encore. »
Les « bienfaiteurs » d’Aubcrl, c’est-à-dire M. l’abbé Le Guillou et M'>e Baudet, ont pensé cette année à implorer pour lui une intervention plus puissante (|ue toutes les ressources humaines: ils ont voulu (]u’il fit le pèlerinage de Lourdes, avec la ferme
MALADIE DES AEUX
conliancc cii la Irès sainic ^ icigc, disenl-ils, (jii’il en relourncM'ail exaucé par Noire-Dame de Lourdes el guéri. Ils lui proeiirèreiiL un billet pour le pèlerinage national au train d’Orléans, cl le lircnL hospitaliser.
Arrivé à Lourdes le vendredi uo août, Aubert fut logé à l’A/^/'i (les pèlerins Iranslbrmé en salle d’hùpilal. Un dcini-paralylhpie (pu avait été son compagnon de voyage et (|ui lui avait rendu alors tous les soins nécessaires, devait encore lui ser\ ir de guide pendant le séjour aui)rès de la droite. Ce même jour, an malin, il lut plongé dans la piscine, et il ressentit , dit-il, comme un cercle douloureux qui lui entoura la tête el une forte commotion.
Le lendemain, samedi, i2i aoid, entre huit et ncul' heures, Aubert avait entendu la messe à la droite et communié. Il voulut |>rolouger sou action de grâces, et il im ita son guide à repartir sans lui. « Je trouverai bien, lui dit-il, ([uehpi’un pour me ramener. » Le paralytique partit.
Alors Aubert se disant qu’il ne faut pas rechercher la douceur et que c'est pat' la douleur qu’on arrive, étend par terre le bâton noueux sur lequel il s’appuie, s’agenouille dessus, et persévère dans la prière et la souffrance le plus longtemps qu’il peut. Quand il est forcé de se relever, il lui semble qu’il aperçoit comme un nuage, dans lequel uuc forme, vague d’abord, parait se dessiner; il croit que la sainte Vierge lui apparaît vêtue de blanc et qu’elle lui touche presque le visage. Mais la vision devient plus nette, et il aperçoit bien l’image de INIarie dans le creux du rocher. Instinctivement il veut marcher vers elle. Une dame (jui le savait aveugle, l’arrête en lui disant : « Mais, prenez garde, vous allez tomber et vous faire mal à travers ces bancs. »
Il se tourne alors à droite, à gauche, marche en avant, étonné de voir tout ce qui est autour de lui, d’abord tout près, puis plus éloigné : « Je ne savais où j’étais, a-t-il dit; je voyais des personnes, des arbres, des prairies, des montagnes, des maisons, une rivière... Je n’y comprenais rien. » Enfin, il sort comme d’un rêve, et sur le bord du Gave, il verse des flots de larmes; il comprend qu’il n’est plus aveugle et qu’il voit réellement toutes ces personnes qui
LKS (iUANDlCS (iT’KlUSONS DE EOUKDES
rinloiTOgcnl, ([ui |)i‘icnt, (jui clianlcnl {uiloui* de lui. Il rcvieni à V Abri des pèler 'uii^; ses compagnons de salle, et en particulier le parai y li( pic ([ui l’avait quitté aveugle quelques moments auparavanl , éclaicnt en cris de surprise, et de nouvelles larmes d’émotion se mcltent à ruisseler sur le visage d’Aubert. Sa guérison dépassait ce <pie sa contiancc en la sainte Vierge lui avait lait espérer. « J’avais demandé à la sainic Vierge, a-t-il dit, de pouvoir me eouduire tout seul; j’y vois maintenant très bien; elle m’a donné bien plus ipie je ne lui avais demandé. »
Auliert lut conduit ensuite au Bureau des constaiations, où l’on a vérifié qu’il iiouvait lire les gros caractères, plus tard même les caractères moyens, et que l’œil gauche paraissait sain. Mais, comme le récit d’Auliert n’était encore appuyé que par son seul témoignage, et que le certificat médical qu’il produisait ne donnait aucun détail, on se tint d’abord dans la plus grande réserve. D’autres témoignages ont été demandés, et nous donnons, dans la note suivante, le résultat de nos dernières enquêtes.
Aubert au Bureau des constatations
Kn venant à Lourdes, Aubert nous apportait un certificat du D>' Collignon, de Maubert-Fontaine (Ardennes), dans lequel ce médecin déclarait « que ce malbeureux était complètement privé de la vue, depuis de nombreuses années. »
Ce certiticat est du 12 juillet 181)7.
Pour obtenir l’autorisation de chanteur ambulant, Aubert avait dù produire un autre certificat, rédigé dans le même sens, par le ])>■ Vinatier, de Liircy-Lévy (Allier). Son carnet de chanteur a été renouvelé, iiour la treizième Ibis, à la préfecture de l'Oise, le 17 avril 1897.
Aubert n’avait pas de domicile fixe, cependant, dans la dernière année, c’est à Bordeaux-lcs-RoucIies (Loiret) ([u’il résidait le plus souvent. C’est une petite localité de 280 habitants qui ne possède ]>as de médecin. Là, dans la semaine qui a précédé son départ pour
^rALADlK DES YEUX
Loimles, une en([uète d’uii genre parlieulier, 1res originale, a été l'aile sons la direclion de l’inslilnlenr la’ûpie.
Cet insliluleur nonnné Hnret, âgé de trente-deux ans, assisté de
Forlier, charron, Irente-six ans, Poidet, serrurier, vingl-six ans, a formé line commission avec scs deux amis, pour éUidier le cas de l’avengle. J)es Irois commissaires, deux au moins étaient incrédules. Ils ont engagé Auhert à prendre du café pendant ipi’il ferait le récit de sa maladie. Pendant ipic l’aveugle parlait, ils déplaçaient conslamment sa lasse; ce dernier ne la trouvant plus sous sa maiu, la chcrcliait tant ipie son enfant ne lui venait pas en aide.
— Vous êtes donc véritablement aveugle? lui dirent-ils.
— Mais regardez mes yeux, répond Aubert.
Les trois témoins constatent facilement que l’œil droit n’existe plus; ipiant à l’œil gauche, en partie recouvert par la paupière qui retombe, il leur parait brouillé, trouble, comme voilé par un nuage à travers lequel on aperçoit vaguement la pupille.
Cette constatation n’a aucune prétention scientitique, ne nous donne (pie l’aspect extérieur des yeux: elle a pourtant sa valeur pour établir, sinon la cause de la cécité, au moins son existence. Du reste, dans une localité de a3o habitants, tout le monde se connaît et les faux aveugles ne sauraient trouver place.
Les enquêteurs n’ont pas hésité à donner une déclaration dans laquelle ils nous disent « ([u’ayant examiné, par curiosité, les yeux de l’aveugle, ils ont trouvé l’œil droit anéanti et l’œil gauche absolument brouillé. »
Le maire, en légalisant leur signature, se porte garant de leur honorabilité.
Ainsi donc Aubert était complètement aveugle en venant à Lourdes.
Pouripioi et comment avait-il perdu la vue?
Il y a (piatorze ans, le 9 août 1881, une bonbonne d’acide nitriijue se brisa entre ses mains; le liipiide en rejaillissant, lui brûla profondément l’œil droit, l’œil gauche fut à peine touché. Aubert reçut d’abord les soins du médecin de la localité, mais cpiel-
que lemps aprôs, voyaiil (pie son élal ne s’anuîlioi'ail pas, il se i-eiidil à Bordeaux, allirc' parla irpulalioii d’im sp(:‘eialisle c(*lèbre, le J)*' (îiu'pin. Auberl resla longleiups en Irailenient à Bordeaux. Il se rendait aux eoiisultalions graluiles de jNI. Ouépiii. L inllaïuiualiou avait gagu(3 la parlie prolonde de l’œil droit (|ui Huit par suppurer et se vider eomplètement.
De ce c(jI(:', il n y eut plus désormais (pi’uue eicalrice rouge, enllamiuée, (|ue l’on aperçoit encore aujourd’hui. Celle cicatrice
sans cesse irritée par l’air, la poussière et tous les contacts, linil par entraîner la perte de l’œil gauche.
Il se produisit une ophtalmie sympathicpie, c’est-à-dire que l’inllammation partie de cette cicatrice (]ui suppurait, suivit la gaine du nerf optique pour atteindre sa racine et descendre par cette racine, commune aux deux yeux, jusqu’à l’o-ûl gauche. Il se produisit une irido-choroïditc <pii parcourut lentement ses phases et mit dix-huit mois pour supprimer toute vision du coté gauche.
A ce moment, Aubert Tut absolument aveugle. Depuis lors, il fut considéré par tous les médecins comme incurable. Après (pialorze ans, il ne pouvait venir à l’esprit de personne (fu'il fut possil)le de rendre une lueur à eet (cil, dont les tissus élaieni altérés et dont tous les milieux avaient perduleur transparence.
CejHuidant, pendant ([u’il priait à la Grotte, le -ji août dernier, une clarté, vague d’abord, mais bient(jt plus nette, est venue dissiper celte nuit profonde dans hupicllc il était plongé. Au Bureau des conslatatious, Aubert a pulirede gros caractèresd’abord. et le lendemain des caractères plus lins. Son œil gauche avait retrouvé toute sa limpidité; sa j)upillc était mobile, le jeu de sa
Louise Charlier, cl'Hiiy. Aveugle.
Atr ophiée du nei’f optique, guéi'ie en 1893.
MALADIE DES YEUX
physionomie, si lcrnc jusque-là, avait repris sou expression el sa vie. Ces résullats ne soûl pas du domaine médical, et toute cxplicaliou physiologique serait iei déplacée.
Mi Mi
Les maladies des yeux forment un des chapitres les plus iuléressauts des guérisons de Lourdes.
Louis Bourrietle qui avait perdu un reil depuis vingt ans, fut le premier malade guéri avec l’eau de la source.
Lasserre, menacé de perdre la vue, mouille ses yeux avee l’eau de la (irotle. et la guérison survient, soudaine, complète.
Le Père Hermann, atteint d’un double glaucome soigné sans résultat, par le D'' Guépin, de Bordeaux, guérit à la Grotte le jour de la Toussaint, pendant qu’il disait le dernier chapelet de sa neuvaine.
Nous pourrionsci ter encore INP'eMorean, de Pontbriant, iNP'e Charlier, etc. Nous pourrions résumer les cinq ou six observations (jue nous avions inscrites celte année dans nos bulletins.
Mais celte étude nous entraînerait trop loin. Il nous sutïît de rappeler les principales guérisons qui sont déjà connues de nos lecteurs. On nous dit souvent que le nombre des femmes guéries est de beaucoup supérieur à celui des bommes. Pour les maladies des yeux, il n’en serait pas ainsi. Les quatre premiers exemples (|ue nous avons cités ont été relevés chez des hommes et sont de beaucoup les plus importants.
LKS GUANDKS GUKIUSONS DK KOUHDKS
31° ÉMILE rÉVOT
La maladie
Pénol a toujours clé 1res myope, au poiul, lu'assure-l-ou , (le ne s’clre Jamais vue dans une glace (i). C’élailuue intirmilé Irc-s gènaulc : elle ne reconnaissait personne, ni dans lame, ni au salon, ni à table, à moins de regarder de très près. On s’habitue à tout : elle s’était habituée à cela.
Je ne suis pas en mesure de lixer par une date les origines de sa maladie; Je sais seulement (ju’en i88a sa vue était fort compromise, et (ju’en i88^ elle ne voyait plus de l’œil droit, même de
près.
En i8()o, à la suite d’un grand deuil causé par la mort de sa tille, — une charmante enfant très candide et très pieuse, — il lui sembla ({ue sa vue, ou du moins ce qui en restait, baissait de Jour en Jour. On s’en impiiéta beaucoup autour d’elle, et on l’ol)ligea de venir à Tours, afin de consulter un oculiste. Le médecin, après nn examen trop superficiel, déclara qu’elle avait la cataracte, mais <pie l’opération ne serait pas praticable avant trois ou quatre
ans.
Il fallut bien se soumettre, et Pénot, confiante dans ce diagnostic, attendit en effet quatre ans.
Au bout de celte longue et dure épreuve, en Juillet i8i)^, avant
d’abord à son médecin ordinaire, le 1)‘ jMourruau, de Preuilly, qui passe à bon droit pour fort habile. Celui-ci l’engagea, sans lui rien révéler, à voir au plus t()t le D‘’ Sauvineau, de Paris, ipii venait alors cha(]iic semaine à Tours.
Jus(pie-là, personne n’avait osé instruire 31‘'i<^ Pénot de la gravité de son étal: elle se croyait toujours atteinte de la cataracte. Le
(1) R6cit écrit par M. Verger, curé ite Saint-Julien, Tours.
La Vierge couronnée.
MALADIE DES A'EUX
D*' Saiivineau la lira bnisqucniciit de sou erreur eu lui disant tout, et peu de jours après, il écrivit à sou confrère la lettre suivante :
Mon dier ami.
Paris, le 2o juillet 1894.
... M"'®Pénot e.st atteinte d'une très forte myopie, avec d’énormes slapli)lomes postérieurs annulaires, entourant la papille (à chaque œil), et de larges plaques d'atrophie choroïdienne dans la région de la macula (à chaque œil également), d’où une diminution très considérable de la vision, malgré l'emploi des verres correcteurs (i). A droite, la macula est plus particulièrement touchée, d’où une dillérence de moitié entre la vision des deux j eux. Les nerfs optiques en revanche sont absolument sains.
Ces lésions, complication de la myopie, me paraissent stationnaires ; néanmoins, comme elles peuvent s’aggraver encore, et même s’accompagner de décollement rétinien, il me paraît prudent de faire suivre à la malade un traitement approprié, etc., etc.
Remarquez que cette lettre n’a pas été écrite pour les besoins de la cause, qu’elle date de plus de trois ans, et qu’elle était adressée, non pas à la malade, mais au médecin, et vous jugerez sans doute avec moi quelle sera d’une capitale importance devant le Bureau des constatations.
Le traitement du D^’ Sauvineau, quoique suivi de point en point, n’eut aucun résultat.
Cédant alors aux instances de sa famille et de ses amis, Mme Pénot tu le voyage de Paris et consulta un troisième oculiste, le plus célèbre de tous, Galezowski.
Galezowski confirma la diagnostic du D‘’ Sauvineau :
« Vous n’avez jamais eu la cataracte, lui dit-il. Votre œil droit est perdu, complètement perdu; il n’y arien à faire de ce côté. Tâchons de sauver l’œil gauche, si c’est possible. »
Mme Pénot s’inclina comme toujours, sans faire entendre une plainte, se eonforma très exactement à toutes les prescriptions, revit le docteur, changea de remèdes, essaya de tout sans jamais
(i) Les sla P luj là mes poslèriears sont des taches épaissies (pii s’étendent en forme de croissant de la choroïde à la rétine; la choroïde est une membrane très mince qui tapisse le fond de l’œil; la macula on lâche jaune est une partie essentielle et la plus sensible de la rétine.
GUÉniSONS DE LOURDES
l.KS GRANDES (UJERISONS DE LOURDES
Sli-i
épi ouvci’ le moindre soulagement, et, ünalemcnt s’abandonna tout entière à la volonté de Dieu.
En juillet iSj)^, date du dernier examen médical, les lésions s’étaient aggravées. De l’œil droit, elle distinguait à peine le jour de la nuit, comme nous faisons les yeux fermés; de l’œil gauche, elle ne percevait guère que des visions fantastiques : papillons, serpents, mouehes Aolantes, etc., et le médecin ne dissimulait plus qu’à bref délai sa cliente serait aveugle.
De son eôté, la pauvre infirme, acceptant le calice avec une générosité toute chrétienne, décidée à le boire jusqu’à la lie, faisait l’apprentissage du malheur ([ui la menaçait en s’exerçant à se passer de la vue. Elle vaquait assez souvent, dans son intérieur, à ses devoirs domestiques sans user de la petite lueur que son œil gauche pouvait encore lui fournir.
Voilà, mon cher ami, ce qu’était la maladie, au rapport des médecins, et ee que la science a pu faire pour essayer de la guérir. Il me reste à vous raconter très simplement ce qui s’est passé, le 8 septembre, à Lourdes.
La guérison
yime Pénot avait des raisons personnelles d’aimer Notre-Dame de Lourdes et d'avoir en elle une eonfiance filiale. Elle avait obtenu par son intercession |une grâce insigne que l’on vous dira peut-être bientôt; et je crois qu’il ne se passait pas de jour sans qu’elle allât prier devant son autel, et aussi, dans la eour du presbytère, ouverte à tout le monde, devant cette grotte réduite et très ressemblante qui a tant réjoui et fortifié la dévotion des habitants d’Yzeures envers la très sainte Vierge. Ne serait-ce pas là le point de départ et la cause déterminante de la nouvelle grâce qu’elle a reçue?
Quoi (pi’il en soit, le zélé pasteur ayant invité ses paroissiens à prendre part, une vingt-cimpiième fois, au pèlerinage de la Touraine à Lourdes, son appel fut entendu, et M™® Péuot se mit sur les rangs avec une jeune fille qui devait raeeompagner et la eonduirc.
MALADIK DKS YKCX
La pensée de deinandei' sa guérison ne lui élail pas venue. Habituée à s’oublier elle-mènic et à ne songer qu’aux autres, voyageant en troisième comme les moins fortunés, elle se proposait unicpiement d’aller cliercher la résignation et le courage, et de recommander à la sainte Vierge sa famille, scs amis, les malades en
general, et surtout deux petiti connaissait et qui l’intéressaient mère, elle avait promis de se baigner les yeux dans la fontaine miraculeuse.
Elle partit donc, et j’eus plusieurs fois l’occasion de la voir, soit en route, à l’arrêt du train, soit à Lourdes, mêlée aux pèlerins.
Je sais que le 8 septembre, dès le matin, elle a tenu la promesse qu’elle avait faite à sa mère en se lavant les yeux avec l’eau de la source. Je sais encore que le même jour, à neuf heures, elle voulut monter à la basilique afin d assister à la messe pontificale, et que, ne pouvant rien voir de cette magnifique cérémonie, elle se tint à l’écart, dans une petite chapelle, bien humblement, ré-
infirmes de la paroisse qu’elle Cependant pour faire plaisir à sa
M'u® Émile Pénot.
Citant des prières, et fondant en larmes. Mais il y avait à l’autel un invisible témoin de sa tristesse qui la regardait et qui lui préparait un dédommagement, le plus inattendu, le plus inespéré.
Dans l’après-midi, vers 3 heures, au milieu d’une foule énorme, elle était devant la Grotte, sur un des bancs les plus éloignés, préoccupée d’un petit paralytique de sa paroisse qui sortait de la piscine, et pour lequel elle venait de dire son chapelet les bras en croix, lorsqu on entendit la clochette annonçant l’arrivée du Saint-
SacrcMiiciil (iii’nn prèlie apportait de l’église du Rosaire à l’autel de la Grotte. Eu un clin d’œil, tout le monde s’agenouilla, et il se lit un grand silence.
A ce moment, profondément inclinée devant le divin Maître qui la touchait presque, Mme pénot sentit tout à coup une douleur intense, comme un déchirement de toutes les membranes de l’œil droit par une sorte de vrille, et d’instinct elle y porta la main. Puis, au bout de quelques instants, la douleur s’étant un peu calmée, elle ouvrit les yeux... O merveille! Elle voyait le prédicateur en chaire, l’archevcque d’Avignon, la couleur de son vêtement, sa croix pectorale et jusqu’aux traits de son visage!... Elle voyait enfin ce qu’elle n’avait jamais vu et ce qu’elle avait tant désiré de voir : la Grotte de Lourdes avec tous scs détails et la blanche statue de l’immaculée Conception !...
Était-ce un rêve? était-ce une réalité?
Sous le coup de l’émotion, elle devint si pâle que sa jeune compagne en fut alarmée.
— Est-ce que vous souffrez, madame? lui dit-elle vivement.
— Non, répondit Mme Pénot, en s’efforçant de cacher son trouble.
En même temps, elle prit des mains de la jeune fille un petit manuel, en feuilleta quelques pages, s’assura qu’elle pouvait lire, et le lui remit sans trahir son secret. Il n’y avait plus de doute possible. Elle était guérie!
Dès lors, son séjour à Lourdes ne fut plus qu’une longue et incessante action de grâces. Elle suivit la procession du Saint-Sacrement, fut témoin de la guérison de jNP'® Tulasne, se retrouva le soir à la procession aux flambeaux, supporta sans fatigue l’éclat des milliers de cierges que tenaient les pèlerins, — elle qui auparavant ne supportait pas la lumière d’une bougie, — et enfin elle put voir de ses yeux cette illumination merveilleuse, splendide, éblouissante, de la basilique et du Rosaire, chose unique au monde, qui ravit les plus indillérents et arrache à la foule des cris d’enthousiasme ou de naïves exclamations comme celle-ci que j’ai entendue cent fois : « Eh ! mon Dieu, que sera-ce donc dans le ciel? »
IVrALADIE DES YEUX
Le lendemain de celle inoubliable journée, 9 seplembrc, a [la demande de son pasleur, M’"® Pénol consenlil à se rendre au Bureau des constalalions. C’csl là que je l’ai revue el que j ai lonl appris. Elle élail visiblemenl émue el inlimidée; il lui en coùlail plus qu’à d’aulres de se mellre en évidence, d’aulanl plus qu’ayanl élé surprise par la bonlé de Nolre-Seigjieur el de la sainle Vierge, elle n’avail pas de cerlilical médical à présenler. Heureusement le curé d’Yzeures et moi, nous pouvions lui servir de témoins.
Elle fut accueillie avec bonté par les médecins; elle raconta son histoire simplement et en peu de mots; le D"’ Boissarie, lui ayant fermé tour à tour l’œil droit, puis l’œil gauche, constata qu’elle pouvait lire le titre en gros caractères d’une brochure qu’il avait sous la main, et ce fut à peu près tout. Mais il fut entendu qu’on étudierait le cas de plus près dès que Pénot serait en mesure de fournir la preuve authentique de la maladie qu’elle accusait.
Et à ce propos, mon cher ami, laissez-moi dire à vos lecteurs que les médecins de la Grotte de Lourdes sont d’une prudence extrême et ne doivent pas être rendus responsables de certains jugements précipités qui se glissent parfois dans les journaux; ils ne tiennent pas compte de l’impatience du public ; ils veulent attendre, et ils ont raison. Ce n’est qu’après une enquête sérieuse qu’ils se décident à formuler un jugement.
Vous avez lu la lettre de ]M. Sauvineau avant la guérison; en voici une de son correspondant, le Mourruau, qui la corrobore et qui donne la conclusion de tout ce que je viens d’écrire. Eu égard à l’importance et à la gravité de ce document, vos lecteurs excuseront les redites :
Yzoïires, le 13 seplemhre 1897.
11 résulte de plusieurs examens de l’état de la vision chez M""® Émile Pénot, examens pratiqués à des époques dillérentes par des spécialistes comme Galezowski et Sauvineau, de Paris, et par moi-même, que M"'® Pénot est atteinte depuis de longues années d’une myopie ])rogressive, qui a lini par amener des lésions caractéristiques allectant chaque œil à un degré inégal.
lÆS GRAMDES (;UKlUSONS DE LOURDES
Dans chaque œil, les lésions consistaient en gros staphylômes postérieurs entourant l.a paj)ille, et conii)liqués de plaques d'atrophies choroïdiennes intéressant à droite la région maculaire, de telle sorte qu’il existait une dilTércnce considérable entre la vision des deux yeux.
A la date du dernier examen, en juillet 1897, ces lésions étaient un peu aggravées ; il existait à gauche d’épais flocons du corps vitré rendant plus imparfaite encore la vision de l’œil gauche, à tel point que, les fondions de l’œil droit étant rédujtes à la seule distinction du jour et de la nuit, et l’œu'l
gauche étant affecté d’une myopie extrême, Pénot pouvait tout
juste se conduire elle-même, et devait être forcément accompagnée en voj’age.
Actuellement, à la date du i3 septembre, trois jours après son retour du pèlerinage de Notre-Dame de Lourdes, sans pouvoir constater d’améliorations évidentes des lésions proprement dites, on ne peut nier chez M"’® Pénot une augmentation considérable de l’acuité visuelle de l’œil droit, et on peut constater
CE FAIT ABSOLUMENT EXTRAORDI- NAIRE ET PARADOXAL de la visioiî
possible des objets éloignés, décrits avec une parfaite exactitude par la malade, chez laquelle il est impossible de supposer aucune influence nerveuse ou psychique capable d’amener ce résultat :
Vision d’objets éloignés par un Jeanne Jourdan, de Nantes. Aveugle, œil atteint des lésions ordinaires guérie le 28 août 1895. compliquant une myopie ancienne,
extrême et progressive.
Quant à la vision de près (œil droit) impossible depuis dix ans, elle permet à M'"'^ Pénot d’écrire et de lire facilement.
Je déclare avoir fait ces constatations d’une façon absolument indubitable et dans un état d’esprit éloigné également d'un enthousiasme irréfléchi et d’un scepticisme absolu.
Signé : D*" Mourruau.
Ainsi le 12 septembre, la cause du mal n’a pas encore disparu, les lésions subsistent, le médecin les constate, et néanmoins Mme Pénot voit! Elle voit de près et de loin, comme elle n’avait jamais vu! Et sa vue, m’écrit-on, se forlilie de jour en jour! (^n prétend même autour d’elle qu’elle n’cstplus myope!...
MALADIE DES YEUX
Qu’on nous explique ce lait « absolument extraordinaire et paradoxal ».
La science, parla bouche d’un honnête liomme, d’un médecin de valeur, qui ne recule pas devant la vérité, comme le font certains savants, quand la vérité les importune ou qu’elle dérange leurs théories, — la science, dis-je, reconnaît son impuissance à l’expliquer. Il y a devant elle une cause toujours existante qui ne produit plus son effet, « d’énormes staphylomcs » « et des plaques d’atrophie ehoroïdienne » qui laissent liltrer la lumière en abondance :
cela ne s’est jamais vu, et encore une fois je demande qu’on nous donne le mot d’énigme.
Mais je crois bien l’avoir trouvé.
Un jour, jn’cs de Jéricho, un aveugle, un pauvre mendiant, se mit à crier de toutes ses forces :
« Jésus, üls de David, ayez pitié de moi. » Le Sauveur le lit approcher :
— Que voulez- vous queje fasse pour vous? lui dit-il.
— Seigneur, répondit l’aveugle, faites que je voie.
— Voyez, lui dit Jésus; votre foi vous a sauvé.
Je me persuade que c’est la même voix très bonne et toute-puissante qu’a entendue à Lourdes Mme Émile Pénot. Si je ne me trompe pas, mon cher ami, si vraiment c’est Dieu qui a parlé, tout est clair, il n’y a plus d’énigme; et pour peu que les lésions continuent de subsister, après la guérison, comme des témoins authentiques du mal, il faudra bien reconnaître que nous sommes en présence, non seulement d’un fait miraculeux, mais d’un miracle permanent.
Juliette Delmotte, de Bailleul (Nord). Aveugle depuis deux ans, a retrouve la vue le 31 août 1898.
m;s grandes guérisons de lourdes
C’est à l’Église seule, je vous l’ai dit l’autre Jour et je le répète, qu’il aiipartieiit de traneher la question.
Veuillez agréer, ete.
P. Verger,
Curé de Saint-Julien.
Nous donnons ici la photographie de quatre malades de Tours guéries dans le pèlerinage de 1899.
1" l'hilomène Pontonnier avait à peu près perdu toute vision de l’œil gauche, a retrouvé la vue. — 2° Louise Cliupin, religieuse des Ursulines de Chavagnes, abcès de la fosse iliaque qui la retenait au lit depuis six ans, l’abcès se tarit et elle peut marcher. — 30 Juliette benieux a subi deux ovariotomies à Paris, est restée depuis quatorze mois paralysée, inlirme, elle se relève à Lourdes. — 4° Isabelle Bassereau, gastrite chronique depuis cinq ans, la malade après son premier bain, mange de tout et se sent bien.
SOURDS ET SOURDS-MUETS
Aurélie Bruneau, sourdc-muelte de naissance, guérie à Lourdes le ii octobre i8"2. — Rosa Evrard, sourde-muette de Wanlin (Belgique), guérie à Lourdes le 28 août 1897. — Enquête sur la guérison dirigée par deux médecins. — Enquête sur la guérison de Marie-Yvonne Person, sourdemuette de naissance. — Guérison de sœur Lazare, sourde depuis trentequatre ans.